Zora et Fatima: deux identités insaisissables entre Paris, le Maroc et Montréal

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L’une est musulmane, mais pas voilée, pratiquante mais pas mariée, soigne les enfants à l’hôpital Necker à Paris. L’autre s’est expatriée au Canada pour fonder un magazine et se faire une place dans le journalisme. Filles d’un couple d’ouvriers marocains, Zora et Fatima ont grandi près Dijon, avec leurs sept frère et sœurs. Portraits de deux sœurs confrontées aux difficultés d’une société française à saisir leur rapport à la spiritualité et leurs attachements multiples.

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Ils sont dix, neuf filles et un garçon, enfants d'un couple marocain arrivé en France au début des années 1970. Le père d'abord, parti travailler dans une fonderie, puis la mère qui suit. Ensemble, trente années dans une usine de textile, dans un petit village près de Dijon, Brazey-en-Plaine. «Un petit village de France, une famille maghrébine, je ne sais pas si vous imaginez..., souffle Fatima Aït El Machkouri. Ce n'est pas facile, quand on est enfant, de voir ses parents se faire humilier constamment, quand on faisait les courses, quand ils nous conduisaient à l'école. De voir qu'on leur parlait souvent mal, comme s'ils ne comprenaient pas le Français. Mais bon, je ne veux pas me plaindre non plus. Dans la famille, on ne se laisse pas aller.» Le racisme, «c'était surtout jusqu'au collège, ou j'étais la seule “différente” de ma classe. Et puis, ça a recommencé quand j'ai fait mes stages en milieu hospitalier»