A gauche, à droite, on salue la «lucidité» de Hollande

Par

Une « décision courageuse » pour Emmanuel Macron, un « énorme aveu d’échec » pour Mélenchon, un « échec patent [qui] lui interdit d’aller plus loin » pour François Fillon.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Dix petites minutes pour un paysage qui soudain s’éclaircit. La décision de François Hollande, de ne pas se présenter pour un second mandat à la présidence de la République, a donné un nouveau visage à la campagne à venir. 

Déjà candidat, Emmanuel Macron, sur RTL, a salué une « décision que [François Hollande] a prise en conscience, qu’il a mûrie ». Pour le candidat de En marche!, c’est aussi une « décision courageuse à prendre, et il l’a prise ». « À titre personnel, je suis extrêmement sensible au message de François Hollande. Quand on a passé sa vie dans le combat politique, prendre la décision qu’il a prise n’est pas neutre, quelle que soit son impopularité actuelle », a encore estimé Macron. 

Autre candidat déjà déclaré, Jean-Luc Mélenchon, de la France insoumise, a qualifié la sortie présidentielle d’« énorme aveu d’échec ». « Il ne faudrait pas que la déclaration de François Hollande fonctionne comme une amnistie pour tous les autres », a cependant mis en garde Jean-Luc Mélenchon. Pour le candidat de la France insoumise, l’actuel président s’est retrouvé dans cette position parce qu’il n’a pas « appliqué son programme », et « ceux qui ont élu François Hollande pour combattre la finance ont été roulés et trahis ». « Maintenant, il y a le choix entre François Fillon qui dit “chacun pour soi et Dieu pour tous” et moi qui dis “Un pour tous, tous pour un” », a conclu Jean-Luc Mélenchon, poursuivant sa tactique esquissée mardi soir à Bordeaux, consistant à se présenter comme seul rempart à gauche face à la droite conservatrice. 

capture-d-ecran-2016-12-01-a-21-43-44

Candidat à la primaire de la gauche, l’ancien ministre de François Hollande, Arnaud Montebourg a souligné le « bilan controversé et contrasté » du président, tout en saluant une « décision courageuse qui lui vaudra la reconnaissance du peuple de gauche ». Cette décision, selon Montebourg, « permet à la gauche de préparer son avenir ». Ancienne ministre de François Hollande elle aussi, Aurélie Filippetti, soutien et compagne d’Arnaud Montebourg, a quant à elle parlé d’une « décision très responsable, difficile sans doute pour lui ». « Il y aura un affrontement sur des idées », s’est-elle félicitée, alors que tous les yeux se tournent ce soir vers Manuel Valls, dont la candidature fait peu de doute. Le député socialiste Laurent Baumel, autre soutien de Montebourg, a poursuivi en estimant que François Hollande « a mené une politique qui l’a éloigné de la gauche, de ses électeurs ». 

Autre candidat à la primaire de la gauche, et également ancien ministre, Benoît Hamon a rappelé qu’il est « rare dans la Ve République de faire un tel choix », alors qu’aucun président n’avait jusqu’ici renoncer à briguer un second mandat. « Il nous revient face à la droite totale de François Fillon d'incarner une gauche totale, (...) sans quoi nous ne serons pas au second tour de l'élection présidentielle et nous aurons à choisir entre Marine Le Pen et François Fillon », a ajouté Benoît Hamon au micro de BFM. À propos de Manuel Valls, le candidat Hamon a rappelé que le premier ministre « théorise les gauches irréconciliables », et s’est dit « heureux de débattre avec lui lors des débats de la primaire à gauche ».

Le premier secrétaire du PS s’est pour l’instant contenté du service minimum, avec un tweet au langage abscons dont il a le secret : « Le président de la République avec élégance, hauteur de vue, sens de la France et non sans émotion, a décidé de protéger son bon bilan », a dit Jean-Christophe Cambadélis. Les Jeunes socialistes ont été plus prolixes. Ils estiment dans un communiqué que ce « quinquennat aura été marqué par des progrès et des mesures de justice mais aussi par des renoncements qui ont éloigné les Français des socialistes et conduit à une profonde fracturation de la gauche »« Il n'est pas trop tard pour gagner l'élection présidentielle et retrouver la confiance des Français. Les primaires citoyennes de janvier doivent permettre de débattre de notre orientation politique et engager une dynamique de rassemblement de la gauche », ajoutent les JS. 

Pour Philippe Poutou, candidat du Nouveau parti anticapitaliste (NPA) à la présidentielle, « cette décision ne nous fait ni rire ni pleurer. Ce sera sans doute Valls qui va prendre la relève pour assumer le bilan de ces cinq ans d’attaques antisociales et sécuritaires ». « Avec ou sans Hollande, comme avec ou sans Sarkozy, les classes populaires n’ont rien de bon à attendre des candidats de droite, d’extrême droite et de la gauche libérale », ajoute Poutou.

À droite, François Fillon, tout juste désigné pour représenter Les Républicains lors du scrutin de 2017, a jugé que François Hollande « admet, avec lucidité, que son échec patent lui interdit d'aller plus loin ». « Ce quinquennat s'achève dans la pagaille politique et la déliquescence du pouvoir », a ajouté François Fillon dans un communiqué. « Plus que jamais, l'alternance et le redressement de la France doivent être bâtis sur des bases solides : celle de la vérité sans laquelle il n'y a pas de confiance des Français et celle de l'action courageuse seule en mesure d'obtenir des résultats », conclut le candidat de la droite. Tout juste nommé secrétaire général des Républicains en remplacement de Laurent Wauquiez, Bernard Accoyer, estime que ce « retrait (…) résonne comme un terrible aveu d’échec ». « Cette décision intervient après des semaines d’un inconvenant psychodrame au plus haut sommet de l’État alors même que la France est confrontée à des menaces et à une situation particulièrement difficile après cinq ans d’un pouvoir socialiste qui aura manqué à tous ses devoirs », ajoute Accoyer.

Florian Philippot, vice-président du Front national, estime pour sa part que le président a pris une « sage » décision, « après un quinquennat catastrophique ». « C’est une bonne chose pour la France et les Français », a ajouté Philippot. Pour le vice-président du parti d’extrême droite, « ça en dit long sur la fatigue de ce quinquennat et la vie politique française en général. En deux semaines, deux anciens présidents hors course, il faut continuer avec un bon coup de balai. »

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale