Emmanuel Macron fragilisé par l’instabilité de son entourage

Par

Le responsable de la communication de l’Élysée a annoncé son départ jeudi 3 janvier. Proche du président, Sylvain Fort jure sa « totale fidélité » à Emmanuel Macron. Mais cette annonce affaiblit encore un peu plus un pouvoir embourbé dans l’affaire Benalla et le mouvement des « gilets jaunes ».

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Emmanuel Macron est affaibli. Jusqu’à quel point ? Impossible de le dire pour l’instant. Une chose est certaine : la fébrilité règne toujours dans son entourage. En ce début d’année, l’Élysée a confirmé une nouvelle série de départs au sein du cabinet présidentiel, à commencer par celui de Sylvain Fort, responsable de la communication.

Selon Le Parisien, qui a révélé l’information, le directeur du service presse et communication d’Emmanuel Macron partira d’ici à la fin janvier. Normalien, passionné d’opéra et de business (lire son portrait dans Le Monde), aussi lettré que brutal pour solder un désaccord, Sylvain Fort avait rejoint Macron dès la fin de l’été 2016. Il faisait partie du petit groupe qui l’a suivi durant toute la campagne, puis à l’Élysée.

Très proche du président, Sylvain Fort n’avait pas non plus tout à fait intégré le noyau de fidèles extrêmement soudés, souvent venus du Parti socialiste, dont font partie le conseiller spécial du président Ismaël Emelien, Sibeth Ndiaye, chargée de la presse, ou l’ancien conseiller politique Stéphane Séjourné, parti récemment de l’Élysée pour piloter la campagne des européennes.

Au Palais, il a d’abord été conseiller discours et mémoire, avant de reprendre en septembre l'ensemble de la communication, l’ancien journaliste Bruno Roger-Petit ayant été écarté de son poste de porte-parole après sa prestation très critiquée au début de l’affaire Benalla – il est aujourd'hui conseiller mémoire à l'Élysée.

De gauche à droite, Stéphane Séjourné, Sylvain Fort, Julien Denormandie, Benjamin Griveaux, Richard Ferrand. Au centre, Sibeth Ndiaye. Le 14 mai 2017 à l'Élysée. © Reuters De gauche à droite, Stéphane Séjourné, Sylvain Fort, Julien Denormandie, Benjamin Griveaux, Richard Ferrand. Au centre, Sibeth Ndiaye. Le 14 mai 2017 à l'Élysée. © Reuters

Interrogé jeudi 3 janvier, Sylvain Fort, qui avait des relations parfois exécrables avec les journalistes, a pris soin de ne donner aucun sens politique à son départ, alors que l’affaire Benalla a encore rebondi après les révélations sur l’usage de son passeport diplomatique et sa relation téléphonique avec le président.

« J’ai tout quitté pour rejoindre Emmanuel Macron en août 2016, en sachant que mon engagement serait total à condition d’être temporaire, explique-t-il à l’AFP. Après deux ans et demi de travail sans relâche au service du candidat puis de notre président, je souhaite m’orienter vers d’autres projets professionnels et personnels, et surtout consacrer du temps à ma famille. »

« Le sens de l’État d’Emmanuel Macron et son engagement absolu au service de la France sont ce dont le pays a besoin en ces temps de doute sur notre destin collectif. Je suis fier de l’avoir servi et l’ai assuré […] de ma totale fidélité », ajoute-t-il.

Si Sylvain Fort part, « c'est simplement pour retrouver sa famille », a minimisé de son côté le ministre de l'économie et des finances Bruno Le Maire sur France Inter. « Sylvain Fort est un garçon exceptionnel, je le connais bien, mais le choix qu'il fait est un choix personnel », a-t-il ajouté, évoquant une « tempête dans un verre d'eau ».

Il n’empêche : pour le président de la République, c’est une mauvaise nouvelle. Cela l’est d’autant plus que d’autres mouvements sont en cours. Le départ de la conseillère communication internationale Barbara Frugier a été officialisé au Journal officiel, le 3 janvier. Il était prévu, et il s’agit d’un départ voulu par l'Élysée. Mais il n’est pas le seul : selon le JO, la conseillère Afrique du Nord et Moyen-Orient va également changer à compter du 7 janvier.

Selon Europe 1, Ismaël Emelien a lui aussi demandé à s’en aller. Il pourrait de toute façon être contraint de se mettre en retrait : selon L’Obs, les enquêteurs le soupçonnent d'être partie prenante de la rétention et/ou de la diffusion de bandes de vidéosurveillance sur Twitter, quelques heures après la publication de l'enquête du Monde sur les agissements d'Alexandre Benalla le 1er mai 2018.

Le secrétaire général lui-même, Alexis Kohler, extrêmement proche d’Emmanuel Macron, est fragilisé par les procédures judiciaires visant le conflit d’intérêts révélé par Mediapart.

Les proches du président pourront toujours expliquer qu’il s’agit de mouvements normaux au sein d’une équipe souvent essorée par l’exercice du pouvoir. Ils se produisent en effet à chaque mandat. Mais ils se démultiplient par gros temps. Soit parce qu’ils sont, en partie, la cause des dysfonctionnements de l’Élysée (lire les articles d’Ellen Salvi ici et ), soit parce que les difficultés politiques suscitent des envies d’ailleurs, soit pour un mélange des deux.

Surtout, ils ne font que déstabiliser davantage un pouvoir embourbé dans l’affaire Benalla, très impopulaire et incapable de surmonter le mouvement des « gilets jaunes ».

Le gouvernement vient d’ailleurs de susciter une nouvelle polémique avec l’arrestation d’une des figures de la contestation, Éric Drouet, à Paris mercredi soir. Une traduction concrète, sans doute, des petites phrases contre les « porte-voix d’une foule haineuse » prononcées par Emmanuel Macron le 31 décembre.

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous