Face au séisme, Hollande applique un peu de son programme

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En une courte intervention enregistrée et diffusée à la mi-journée, le président a tenté de clore l'affaire, et a indiqué que, finalement, c'était à sa demande que Jérôme Cahuzac avait démissionné, tout en annonçant la mise en œuvre imminente de trois mesures contenues dans son programme.

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Juste une mise au point. À la mi-journée ce mercredi, François Hollande a tenté de circonscrire l'incendie de l'affaire Cahuzac, au lendemain de son aveu. Une courte intervention, enregistrée en fin de matinée, et diffusée sur les chaînes d'information dans la foulée. D'emblée, il lâche : « Jérôme Cahuzac a trompé les plus hautes autorités, le chef de l'État, le gouvernement, c'est une faute impardonnable, c'est un outrage fait à la République. » Désormais, il faut comprendre que c'est à sa demande que l'ex-ministre du budget a démissionné, et non plus à celle de Cahuzac lui-même, comme annoncé dans les communiqués ayant annoncé son départ du gouvernement.

Autre point clé de l'allocution : l'Élysée n'a jamais été au courant et a laissé faire la justice. Pourtant, Le Canard enchaîné annonçait la semaine dernière que Hollande avait été mis au courant à Noël dernier, par une note du ministre de l'intérieur, Manuel Valls, de la véracité des informations de Mediapart. « J’affirme, ici, que Jérôme Cahuzac n’a bénéficié d’aucune protection autre que celle de la présomption d'innocence », a-t-il dit. Puis : « La justice poursuivra son travail jusqu'au bout et en toute indépendance. »

 

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Sans s'étendre sur le sujet – c'est tout le charme des interventions enregistrées sans relances journalistiques –, le président a préféré annoncer la mise en œuvre de mesures susceptibles, pense-t-il, d'apaiser sa République annoncée comme exemplaire. Une réforme du Conseil supérieur de la magistrature, déjà annoncée il y a deux semaines et « votée dès cet été (...) pour donner aux magistrats les moyens d’agir ». Un texte sur le patrimoine des élus pour « lutter de manière impitoyable » contre les conflits d'intérêts, en exigeant « la publication des patrimoines des ministres et de tous les parlementaires ». Cette dernière mesure avait déjà été évoquée il y a deux semaines, lors du conseil des ministres. Toutefois, Cahuzac avait signé une déclaration sur l'honneur concernant son patrimoine lors de sa prise de fonctions, comme tous les autres ministres. Avec le recul, quelle valeur doit-on accorder à ces déclarations de patrimoine ?

Enfin, François Hollande a déclaré qu'il souhaitait une réforme visant à ce que les élus condamnés pour fraude fiscale ou corruption soient inéligibles à vie. Actuellement, cette peine est de 3 ans en ce qui concerne les comptes de campagne. La mesure risque d'ores et déjà de se heurter au Conseil constitutionnel. Dans la proposition n°49 de son programme présidentiel, il disait vouloir « porter la durée d'inéligibilité des élus condamnés pour faits de corruption à dix ans ».

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