A Saint-Etienne-du-Rouvray, la solidarité comme remède

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Une semaine après l’attentat terroriste qui a coûté la vie au père Jacques Hamel, la ville de Seine-Maritime, durement touchée par la crise économique des années 1980, veut croire à un avenir meilleur. Reportage dans le bassin ouvrier de la rive gauche de la Seine.

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L’équipe n’est pas encore au complet, mais une quinzaine de joueurs sont déjà présents pour la reprise de l’entraînement. Les trophées alignés sur les étagères de la buvette et les photos jaunies racontent l’histoire des quatre dernières décennies. Mehdi Ben Zdira, le manager général de l’A.S.M. Château Blanc, regarde dans les yeux, parle de respect et d’esprit d’équipe. « La vie est parfois difficile, surtout ces derniers temps, mais quand vous pénétrez sur le terrain, je veux voir de la joie, je veux voir de l’envie. Laissez vos soucis chez vous, prenez conscience de la chance que vous avez, certains nont pas la santé pour pouvoir jouer. » L’équipe première monte cette année en division supérieure régionale (DSR), grâce à de jeunes joueurs formés au club. Quatre d’entre eux évoluent actuellement au centre de formation du Havre. À côté du terrain d’entraînement coincé au milieu des barres d’immeubles, le président Michel Bouckaert tire sur un cigarillo en observant d’un œil expert les redoublements de passes. « L’A.S.M. Château Blanc, ce n’est pas seulement du football, c’est l’un des poumons du quartier, explique-t-il. Nous organisons des fêtes, des sorties à la mer pour les gamins et des cours le mercredi pour les parents qui ne parlent pas bien français. » La structure compte 450 licenciés, dont cinq équipes de filles. « Vous savez, la situation s’est améliorée depuis une vingtaine d’années. Autrefois, je comptais les jeunes qui me disaient bonjour, aujourd’hui je compte ceux qui ne le font pas », rigole le retraité, qui a longtemps tenu un bar PMU. « Des voitures brûlaient régulièrement dans les années 1990. Grâce au travail de la municipalité, tout cela a changé. Mais après ce qui est arrivé, il faudra de nouveau du temps pour que les gens n’aient plus peur de venir ici. »