Des gitans «français depuis 600 ans» solidaires des Roms expulsés

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Les démantèlements de campements roms ont réveillé de vieilles craintes chez les gitans français. A Perpignan où ils se sont sédentarisés au Moyen Age, ils ont constitué un collectif informel en «solidarité avec les Roms». Témoignage de deux patriarches.

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Dans le concert de protestations dénonçant l'amalgame effectué par le gouvernement entre gens du voyage et Roms, un collectif gitan de Perpignan, formé début août par des gitans «français depuis six cents ans» (selon Jean-Paul Caragol, leur président), a préféré mettre l'accent sur leur solidarité avec les Roms venus de Roumanie et de Bulgarie. Ils défileront à Perpignan le 4 septembre avec le MRAP et la Ligue des droits de l'homme (LDH), «pour protester contre les propos de Brice Hortefeux».

Arrivés en France au XVe siècle, venant d'Espagne, ils se sont sédentarisés d'abord dans les faubourgs de Perpignan puis au cœur de la ville, dans le quartier Saint-Jacques. A partir des années 1950, ils ont profité des subsides et faveurs de la mairie, dans un «clientélisme municipal, fondé sur le contrôle des positions de pouvoir local et un encadrement fort de la population selon un registre “ethnique” en faveur de deux groupes clairement identifiés à des territoires urbains: gitans (Saint-Jacques, centre-ville) et pieds-noirs (Moulin à Vent, sud de la ville)», décrit David Giband, maître de conférences à l'université de Perpignan. Sans oublier que les émeutes urbaines de mai 2005, à la suite du meurtre d'un Maghrébin par un petit groupe de gitans, ont laissé des traces dans les esprits. Deux patriarches de cette communauté gitane, Jean-Paul Caragol et Jean Gimenez, expliquent pourquoi, malgré leur nationalité française, ils se sentent proches des Roms actuellement expulsés.

Jean Gimenez, 63 ans, retraité, «agent communautaire»

«En entendant l'annonce, le 28 juillet, par le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, de nouvelles mesures répressives concernant les gens du voyage et les Roms, nous avons tout de suite pensé à l'époque de nos parents et grands-parents, à l'époque des Allemands qui mettaient les femmes et les enfants d'un côté et les hommes de l'autre. Tout ça nous a choqués. Aujourd'hui mes parents et grands-parents sont décédés. On n'a pas d'écrits, c'est une culture orale. Ils nous racontaient des histoires autour du feu mais ce n'étaient pas des histoires, c'était la réalité: la souffrance qu'ils ont vécue, comment ils allaient se cacher dans les villages, les montagnes, ils parlaient de Vichy... Alors quand j'ai vu à la télévision ces images de campements évacués, ça m'a fait mal. J'ai travaillé pendant quarante ans à la mairie de Perpignan. Nous sommes français depuis des générations, mais nous avons connu ça aussi. Ce sont des Roms, venus d'Inde comme nous. On ne va pas dire: “Nous sommes français et pas eux!” Je suis en train de préparer un livre sur l'histoire gitane. Nous avons toujours été rejetés, où que nous allions.
«On sait que c'est une politique de Nicolas Sarkozy, préparée pour contrer l'affaire Bettencourt, mais ça fait quand même mal. Il ne faut pas jeter la pierre uniquement à Nicolas Sarkozy. L'Union européenne et la Roumanie sont aussi coupables. Les gitans n'ont jamais manifesté, nous ne sommes pas des gens à manifester, mais là nous sommes obligés, c'est aussi pour nos enfants.»

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
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J'ai rencontré Jean-Paul Caragol et Jean Gimenez, à l'université d'été du NPA à Port-Leucate le 27 août, alors qu'ils effectuaient la tournée des partis politiques et associations pour faire connaître leur message. Ils avaient tenu une conférence de presse le 5 août avec la LDH à Perpignan (communiqué). Les photos ont été prises à Port-Leucate (ce qui explique les arrière-plans!). Je les ai rappelés cette semaine pour ces témoignages.