A Marseille, l'UMP peine à se trouver un projet pour 2012

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Au-delà des coups de sang de Patrick Devedjian et Jean-Pierre Raffarin, l'UMP, réunie à Marseille pour son Campus d'été, se cherche un projet pour 2012. En charge du programme, Bruno Le Maire a déjà dû rétropédaler sur certaines propositions, présentées samedi 3 septembre. Cadres, militants et élus sont dans le flou au sein d'un parti scindé en deux ailes irréconciliables. Reportage.
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«On n'a aucune lisibilité sur le projet. On n'a pas de lignes directrices, de drapeaux rouges à côté de certains thèmes. Quand on parle trop de l'adversaire, ça cache un vide...» Jacques, conseiller national de l'UMP dans le Val-de-Marne, cherche encore la direction du parti présidentiel pour 2012. Entrepreneur de 57 ans, il reconnaît, «on est à la bourre», mais relativise, «regardez la gauche aussi!». Dans Le Monde, vendredi 2 septembre, Patrick Devedjian ne disait pas autre chose. Le patron des Hauts-de-Seine ne voit «encore nulle part» le «grand projet de société» qu'exige selon lui la situation actuelle.

Dans la salle plénière du Campus UMP. © M. Turchi Dans la salle plénière du Campus UMP. © M. Turchi

Ce week-end, au Campus UMP, à Marseille, les ténors de la majorité se sont efforcés de dédramatiser ce grand flou. «Il faut compléter le projet? Ça tombe bien, il ne sera bouclé qu'à la fin de l'année!», a répliqué Jean-François Copé devant les journalistes. «Il ne faut pas confondre projet et programme. Il est normal que ce soit le président qui présente le détail du projet», explique le secrétaire d'Etat Patrick Ollier.

«Bruno Le Maire a fait un gros travail. Il y a un premier jet, on va avoir des discussions», justifie sa compagne, l'ancienne ministre Michèle Alliot-Marie. «C'est en mai qu'il faudra être prêt. C'est comme une compétition d'athlétisme, c'est le jour de la finale qu'il faut être au top niveau», relativise le député et secrétaire national de l'UMP, Damien Meslot. Pour ce proche de Bertrand, «la crise» impose «du pragmatisme». «C'est normal qu'on tâtonne davantage.»

Certes, Bruno Le Maire a planché sur le projet de l'UMP, dont il a présenté samedi 3 septembre les grandes lignes à Marseille, devant le conseil national du parti. Deux propositions phare avaient été annoncées: fiscaliser les allocations familiales, pour, en contrepartie, les verser dès le premier enfant; réduire les allocations chômage chez les cadres. Le ministre de l'agriculture avait surtout assuré que le coût de ce projet serait de «zéro euro». «Toute nouvelle dépense devra être compensée par la réduction d'une autre», a-t-il assuré à L'Express.

Jean-François Copé. © M. Turchi Jean-François Copé. © M. Turchi
Avant même d'être présentée, cette contribution était déjà contestée au sein de la majorité. L'idée de fiscaliser les allocations familiales a fait réagir 26 membres du collectif la Droite populaire, qui y voient une atteinte à la politique familiale de la France. Roselyne Bachelot s'est dite «réservée» dans Le Monde, et Nadine Morano s'est permis de souligner, sur Canal Plus jeudi, que la politique familiale était maintenue malgré la crise. Quant à l'idée de toucher à l'indemnisation du chômage des cadres, elle a suscité une levée de boucliers de la part du patronat, de la gauche et de certaines voix de la majorité. «Une ineptie économique» et «une grosse bévue politique», a estimé le député de la Droite populaire Jacques Myard.

A la tribune, samedi, le ministre de l'agriculture a donc fait marche arrière, renonçant à demander des allocations chômage des cadres et ne parlant plus de fiscaliser les allocations familiales. «Ce sont mes convictions politiques, si ma famille politique estime que certaines mesures ne sont pas judicieuses, je l'écouterais, s'est-il justifié après son discours, précisant: «Si dans trois mois on doit prendre des décisions drastiques, peut-être que ce que je propose aujourd'hui et qui apparaît révolutionnaire apparaîtra nécessaire».

Le projet – qui sera validé à la fin de l'année, à l'occasion de trois conventions –, peine surtout à trouver sa légitimité. Jean-François Copé l'a rappelé, vendredi soir, lors d'un point presse informel, «le futur candidat n'(y) est absolument pas lié». «Nous ne sommes pas le PS, ce n'est pas le projet du candidat. Le projet de l'UMP est destiné à l'UMP», a tranché Henri Guaino, le conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, dans les allées du Campus, après le discours de Bruno Le Maire.

Du coup, cadres et militants du parti avancent dans le brouillard. «Autant le thème de campagne de 2007 était clair, était en rupture avec la valeur travail, autant, dans le contexte actuel, international et économique, il est difficile de le dire», reconnaît François Kinget, 29 ans, délégué UMP à la Fédération du Nord, et candidat malheureux à Lille aux dernières cantonales. Lui aimerait qu'en 2012, on parle d'«éducation» et de «morale».

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Mise à jour: cet article a été actualisé samedi après-midi après la présentation de Bruno Le Maire. Le conseiller national du Val-de-Marne, Jacques, a préféré ne pas s'exposer en apparaissant avec son nom de famille.