La primaire du PS se précise, Montebourg sera de la partie

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Le Conseil national du PS a adopté dimanche, à l’unanimité, les règles d’organisation de la primaire, qui aura lieu en janvier 2017 et ressemblera beaucoup à celle de 2011. Longtemps hésitant, Arnaud Montebourg a annoncé qu’il y participerait.

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Du classique. Dimanche soir, Arnaud Montebourg a choisi le plateau du 20 heures de TF1, pour mettre fin au suspense entretenu depuis sa déclaration de candidature fin août : il participera bien à la primaire du PS. « Oui, j’ai décidé d’inscrire ma candidature dans le cadre des primaires de la gauche », a-t-il dit. L’ancien ministre de l’économie de François Hollande, débarqué du gouvernement pour cause de critiques de la politique économique suivie, a fait cette annonce quelques heures après que le Conseil national du PS eut adopté, à l’unanimité, les règles du jeu de sa primaire.

Jusqu’ici, Arnaud Montebourg avait refusé de dire s’il passerait par la case primaire, au motif notamment que celle-ci pourrait n’être qu’une manœuvre de la direction du PS pour assurer une légitimité au candidat François Hollande. Mais les règles adoptées dimanche sont finalement assez proches de la primaire organisée en 2011, et donnaient donc peu de prises aux craintes de Montebourg. Celui-ci est même allé plus loin, puisqu’il a accepté de dire, questionné par la présentatrice du 20 heures (sur une chaîne qu'il avait pourtant âprement critiquée en 2010), qu’il soutiendrait Hollande si le président sortant venait à remporter la primaire : « Dès lors qu’on accepte des primaires, on en accepte toutes les règles. » « Je ne serai pas un agent de division [mais] plutôt de rassemblement », a-t-il ajouté.

Arnaud Montebourg rejoint ainsi les candidats déjà déclarés au PS, Benoît Hamon (député et ancien ministre de François Hollande), Marie-Noëlle Lienemann (sénatrice) et Gérard Filoche. Jean-Luc Bennahmias, avec son petit parti Front démocrate, et François de Rugy, pour Écologistes!, veulent également concourir. Le flou demeure pour le Parti radical de gauche, qui a suspendu sa participation à la Belle alliance populaire (sous-marque du PS qui tente d'agréger les forces de gauche favorables à la politique de François Hollande et qui est présentée officiellement comme l'organisatrice des « primaires citoyennes ») au printemps dernier. 

Plus tôt dans la journée, le Conseil national du PS, réuni à la Mutualité à Paris, avait adopté à l’unanimité les règles de ce qu’il nomme « les primaires citoyennes » – dans les faits, une primaire, puisqu’il n’y a qu’un vote national, au contraire des États-Unis où il y a un vote dans chaque État.

Le nombre des bureaux de vote est pour l’instant évalué à 8 000, et « nous espérons avec les fédérations aller vers les 9 000 », a indiqué le premier secrétaire du parti, Jean-Christophe Cambadélis, à l’occasion d'une conférence de presse. Ce nombre de bureaux est très légèrement inférieur à celui de 2011. Les conditions de parrainages seront les mêmes qu’en 2011 (soit 5 % des membres titulaires du Conseil national, soit 5 % des parlementaires socialistes, soit 5 % des conseillers régionaux et départementaux socialistes représentant au moins 4 régions et 10 départements, soit 5 % des maires socialistes de plus de 10 000 habitants représentant au moins 4 régions et 10 départements).

Concernant le calendrier, les deux tours auront lieu les 22 et 29 janvier 2017. Le dépôt des candidatures devra avoir lieu avant le 15 décembre. La Haute autorité d’éthique du PS devient la Haute autorité de la primaire. Elle sera chargée d’examiner les parrainages et de veiller à la bonne tenue du scrutin. Et c’est elle qui devrait faire en sorte, à en croire Cambadélis, que la primaire se joue dans un débat « apaisé » et ne tourne pas à la « bataille de chiffonniers ».

Interrogé sur sa propre neutralité, mise en cause notamment par Christian Paul, chef de file de l’aile gauche du PS et député de la Nièvre, le premier secrétaire, qui soutient ouvertement François Hollande, a répondu d’un trait : « Je serais aussi neutre qu’il l’est lui-même dans le courant B [la motion de l'aile gauche lors du dernier congrès – ndlr] avec l’ensemble des candidats. » À l’entrée de la Mutu, François Kalfon, premier soutien d’Arnaud Montebourg, avait lui aussi mis en garde : « Cambadélis ne doit pas se comporter avec partialité en se comportant comme premier lieutenant d’un candidat virtuel. »

Le premier secrétaire s’est engagé à intervenir « chaque fois qu’il y aura des attaques qui porteront sur un candidat ». En revanche, la Haute autorité n’aura a priori aucun pouvoir de sanction ni d’arbitrage réel en cas de conflit. Elle pourra émettre des avis qui « pèseront sur l’opinion », selon Cambadélis, qui a rappelé que « ces primaires ne sont pas faites pour punir mais pour unir » et qu’elles seront « loyales, impartiales et transparentes ».

Chaque candidat aura 50 000 euros de dotation, et non 30 000 comme envisagé précédemment. Les proches de Montebourg plaidaient pour une somme supérieure, arguant du fait que Martine Aubry comme Ségolène Royal auraient obtenu un remboursement de 100 000 euros de leurs frais de campagne en 2011. Mais Cambadélis a tranché : les 50 000 euros, c’est « une enveloppe définitive ». Il y aura, d’après le premier secrétaire du PS, plusieurs débats organisés par les médias avant le premier tour. Mais le calendrier est serré, puisque les trois semaines de janvier avant le premier tour seront partiellement amoindries par la trêve des confiseurs.

Devant le Conseil national, Christian Paul s’était rangé à la proposition de la direction : « Cette primaire nous l’avons voulue, obtenue, et nous y participerons pleinement », a déclaré le responsable d’À gauche pour gagner. Autre représentant de l’aile gauche, l’eurodéputé Guillaume Balas a redit la volonté des « frondeurs » d’ouvrir cette primaire au maximum des forces de gauche : « Ce n’est pas une condition suffisante mais elle est nécessaire. »

Autre point à l’ordre du jour : la question de la répartition des circonscriptions (les fameuses « circos ») à l’occasion des élections législatives qui suivront la présidentielle. Le Conseil national de dimanche a entériné la parité pour ces élections. Mais cela ne va pas sans faire grincer des dents en interne. La question n’est pas anodine : le PS peut s’attendre à perdre un nombre important de députés (il en compte aujourd’hui 291 – socialistes et apparentés) à l’occasion de ces élections. S’il présente bien 577 candidats dont la moitié de femmes, il s’agit de savoir où se trouveront les socialistes finalement élus. La distribution finale sera connue le 17 décembre. En attendant, un certain nombre de circonscriptions (environ 70) ont été gelées, soit pour les partenaires du PS, soit pour discuter encore du candidat. 

Dans Le Monde, la députée Karine Berger, ni « frondeuse » ni pro-Hollande, a mis en garde : « À ce stade des discussions, nous en avons bien 50 % de réservées en quantité mais, en termes de qualité de circonscription, nous sommes plutôt à 60/40. Or, il n’y aura plus de Conseil national avant les investitures et donc pas non plus avant la primaire de la droite [les 20 et 27 novembre]. » « Nous avons fait un effort sur la qualité des circonscriptions », a répondu Jean-Christophe Cambadélis dimanche. 

Le premier secrétaire a également répondu à l’aile gauche du PS. Christian Paul a sorti l’artillerie lourde la semaine dernière dans Libération. « Nous sommes entrés dans un cycle de parachutes dorés pour les membres du gouvernement et des conseillers du roi », a déclaré le chef de file des « frondeurs ». Paul visait en particulier Vincent Feltesse, conseiller de Hollande chargé des élus, qui veut reprendre la circonscription laissée par Noël Mamère. Mais Naïma Charaï, suppléante de Mamère, ne l’entend pas de cette oreille. Le cas des ministres Emmanuelle Cosse et Audrey Azoulay, qui comptent atterrir en Île-de-France, fait tout autant tiquer. « Nous n’avons pas eu droit [durant le CN – ndlr] au débat médiatique sur les parachutages », a balayé Cambadélis.

Ne reste à François Hollande qu’à entrer pleinement dans la course. Ce que le président ne compte pas faire avant décembre. Dimanche dans le JDD, le chef de l'État déclare une fois encore : « Si j'y vais, c'est pour gagner. » L'ambiance de ces derniers mois au PS suggère que beaucoup doutent de la possibilité d'une victoire. Cambadélis lui-même s'est trahi par un joli lapsus dimanche devant la presse : « Beaucoup de gens de gauche disent qu’ils vont venir à la prière. » Pas certain que celle-ci soit finalement exaucée. 

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