L'Elysée gâte Fadela Amara

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Virée du gouvernement, Fadela Amara bénéficie cette semaine d'une double promotion de l'Elysée: nomination à l'inspection générale des affaires sociales et Légion d'honneur. Le but semble limpide: museler l'ancienne secrétaire d'Etat qui prépare un livre.

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«Je n'aime pas les petits arrangements entre corporations. Moi je suis libre parce que je sais que je ne prépare pas la suite de ma carrière. Demain, de toute façon, je pointerai au Pôle emploi.» Voilà ce que confiait la Fadela Amara de 2009 à Mediapart. L'ancienne secrétaire d'Etat à la ville n'a pourtant pas eu le temps de pointer au chômage. Virée du gouvernement à l'occasion du remaniement du 14 novembre, elle a été nommée, lors du conseil des ministres de ce 5 janvier, inspectrice générale des affaires sociales. Sa mission? Contrôler et évaluer la mise en œuvre des politiques publiques dans le domaine social. Une promotion qu'elle a acceptée après avoir décliné plusieurs postes proposés par Nicolas Sarkozy (ambassadrice de l'union pour la Méditerranée, notamment).
Reconversion éclair, donc. Comme son ancienne collègue Rama Yade, catapultée ambassadeur de France auprès de l'Unesco. Sauf que, plus que tout(e) autre, Fadela Amara avait besoin d'un point de chute. Sans parti politique (elle fut encartée au PS jusqu'en 2007), sans mandat électoral ni fief, elle a lâché la présidence de «Ni putes Ni soumises» en 2007 pour rejoindre le gouvernement.
«C'est la continuité du combat que je mène depuis très longtemps», se défend-elle aujourd'hui. «Ça me permet de continuer à regarder ce qui se passe politiquement, à évaluer les politiques publiques notamment sur les secteurs qui m'intéressent, la cohésion sociale, les questions de santé et d'accès aux droits.»
Mais en ce début d'année, Fadela Amara a été plus gâtée que les autres puisqu'elle se voit décorée de la Légion d'honneur (elle figure dans le cru du nouvel an de l'Ordre national de la Légion d'honneur, aux côtés de Christine Boutin, autre ministre évincée – celle-ci en juin 2009 – et bavarde). Bien sûr, cette double promotion n'a rien à voir avec le livre que Fadela Amara prépare sur son «expérience gouvernementale», un livre prévu pour le «premier semestre 2011», dans lequel elle compte raconter comment «on peut être freiné ici et là par des inerties et du sectarisme».
Rien à voir non plus avec son communiqué diffusé le soir de son éviction, dans lequel elle annonçait que le «temps ministériel est fini» et que «le temps militant commence». «À maintes reprises, je me suis exprimée avec force, et tout récemment de manière lapidaire, pour faire comprendre l'urgence de la justice sociale, tant attendue par les couches populaires», écrit-elle, se définissant comme «une femme libre».
Rien à voir, enfin, avec ses critiques virulentes, cet automne, à l'encontre de certains membres du gouvernement. François Fillon? Un «zozo»; un «notable bourgeois de la Sarthe». «Matignon était autiste. François Fillon n'a pas respecté les engagements qui ont été pris. La politique de la ville avait deux rendez-vous prévus par an, on ne les a jamais tenus. Le dernier, c'était en janvier 2009», dit-elle sur Europe-1 après son éviction (voir les images).