François Hollande à Rennes : opération « réenchantement »

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Lors d'un meeting à Rennes, le candidat socialiste a déroulé les grandes mesures qu'il prendrait durant la première année de son quinquennat, s'il est élu le 6 mai.


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De notre envoyée spéciale à Rennes

 « Nous sommes prêts. Prêts à agir, à décider, à changer. » C'est ce qu'est venu dire, mercredi à Rennes, François Hollande devant plus de 15 000 personnes rassemblées au parc des expositions. Dans ce bastion de gauche, le candidat du PS s'est employé à détailler ce que serait sa première année au pouvoir. « Si les Français m'en donnent mandat », selon l'expression du député de la Corrèze.

Pour son équipe, l'objectif est double : contrer le plan communication de Nicolas Sarkozy, qui a prévu de dévoiler son programme à 17 jours du premier tour, et convaincre l'électorat de gauche, parfois tenté par Jean-Luc Mélenchon, qu'il n'est pas seulement un pis-aller face au « président sortant » – autre expression consacrée de François Hollande. « Le changement commencera tout de suite. Pas seulement dans les mots, mais dans les actes », a promis le candidat qui s'est redit animé par trois principes, « la cohérence, la clarté et la stabilité ». « Je ne ferai aucune promesse que je ne pourrai tenir. Je ne veux pas abîmer la politique, la parole publique », a répété Hollande. Avant de dérouler le détail de son calendrier, préparé depuis de longues semaines par ses équipes et chapeauté par l'ancien premier ministre, Laurent Fabius (lire ici le détail des mesures). 

Meeting de François Hollande à Rennes. © L.B. Meeting de François Hollande à Rennes. © L.B.

Comme il s'y était déjà engagé lors de la présentation de son programme, le candidat socialiste veut d'abord « redresser la France », et donc ses comptes publics et la croissance. Ce n'est que dans la seconde moitié du quinquennat que ses électeurs peuvent espérer un partage des « gains de la croissance ». « Ce sera le fruit des efforts réalisés dans la justice », a expliqué Hollande, devant un parterre de figures socialistes, au premier rang desquelles la candidate de 2007, Ségolène Royal.

Le meeting de Rennes, fixé fin mars mais repoussé après la tuerie de Toulouse, était aussi celui des retrouvailles très médiatisées entre les deux anciens compagnons. Des retrouvailles très sobres, et qui ont surtout permis à la présidente de Poitou-Charentes de lancer « un vibrant appel » à ses électeurs de 2007. A l'époque, la participation au scrutin avait dépassé 80 % et les quartiers populaires s'étaient mobilisés pour soutenir la candidate socialiste. Hollande sait qu'il ne suscite pas le même engouement et qu'une forte abstention, prédite dans un sondage récent, peut rebattre toutes les cartes et démentir toutes les prédictions. 

Avec son ton habituel, reprenant les mots-clés de sa campagne de la primaire, Ségolène Royal a fait entendre sa musique propre, évoquant « la force citoyenne », la « France métissée » ou « ceux qui se sentent écrasés, étouffés, résignés, indignés, découragés ». « Du fond du cœur, je dis aux 17 millions d'électeurs de 2007, je leur dis : revenez aux urnes le 6 mai prochain », a lancé la grande perdante de la primaire citoyenne d'octobre dernier (7 % des voix).

Dans un discours à la tonalité très sociale – Royal a parlé de l'ouvrier moins bien traité que la machine ou des femmes précaires frappées par la réforme des retraites –, l'ancienne candidate a aussi choisi presque les mêmes mots que Jean-Luc Mélenchon dimanche à la Grande Borne pour convaincre les abstentionnistes. « Le moment du vote, c'est un moment exceptionnel où la voix de la caissière vaut celle d'un patron du CAC 40 », a rappelé Ségolène Royal. Avant de lancer : « François est notre candidat. Nous n'avons pas un instant à perdre et toutes les voix comptent dès le premier tour car c'est lui le seul qui peut l'emporter à gauche. » 

 © L.B. © L.B.
Quelques instants plus tard, c'est le candidat qui s'est employé à convaincre les hésitants. « J'appelle les Français aux urnes, à venir voter massivement dès le premier tour pour le changement », a-t-il lancé à la foule, répartie dans deux halls du parc des expositions. Avant de faire allusion au 21 avril 2002, de jurer que « la démocratie est plus forte que les marchés » et de s'en remettre aux exemples du passé, celui du Front populaire, de l'effort d'après-guerre ou de François Mitterrand, dans la lignée du « rêve français » défini par Hollande depuis de longs mois.

Car le député l'a redit : « Il ne suffira pas de susciter le rejet. Il nous faut faire bien mieux que cela, lever une espérance. » Mais, a prévenu Hollande, en une allusion à Mélenchon, « je vous appelle au combat, pas à l’indignation, je vous appelle à la victoire ». Et le candidat de conclure : « J’entends tous les vacarmes. Je mesure toutes les colères, les urgences, les fracas. (...) Mais moi, je suis le candidat qui doit permettre le changement en France. Et ce candidat-là a besoin d’avoir la force nécessaire dès le premier tour ! » En novembre, son ancien camarade, désormais représentant du Front de gauche, avait lancé cette formule : « Je suis le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas. »  Preuve, s'il en fallait, que Mélenchon est bien dans toutes les têtes socialistes. 

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Toutes les personnes citées ont été interrogées avant le meeting de François Hollande à Rennes.