Sarkozy-Hollande, l’anormale continuité

Par

Du cap que devait fixer une présidence redevenue normale ne reste, quatre mois après l’élection de François Hollande, qu’un horizon brouillé. Crise, déficit, contrainte : les refrains dominants sont ceux du pouvoir précédent, paralysant toute audace. Pis, de la question rom à l’oligarchie financière, une anormale continuité blesse les citoyens qui espéraient encore qu’une gauche au pouvoir ne serait pas semblable à la droite. Parti pris.

Cet article est en accès libre. L’information nous protège ! Je m’abonne

Du cap que devait fixer une présidence redevenue normale ne reste, quatre mois après l’élection de François Hollande, qu’un horizon brouillé. Crise, déficit, contrainte : les refrains dominants sont ceux du pouvoir précédent, étouffant toute imagination, paralysant toute audace. Pis, de la question rom à l’oligarchie financière, une anormale continuité blesse les citoyens qui espéraient encore qu’une gauche au pouvoir ne serait pas semblable à la droite. Parti pris, entre tristesse et colère.

Aux toutes dernières lignes de Rien ne se passe comme prévu, le récit par Laurent Binet de la campagne présidentielle hollandaise, ce témoin complice pose à chaud cette question au candidat victorieux, au soir même de sa victoire : « Je lui demande ce que ça fait de sentir que des millions de gens sont heureux grâce à lui. » Réponse lucide de François Hollande : « On se dit : est-ce que ça va durer ? Est-ce qu’ils seront toujours là dans trois mois ? Et qu’est-ce qu’ils penseront de moi, alors ? On sait que c’est très fragile. Ce soir, j’ai senti la foule très contre Sarkozy. » Oui, fragile, immensément. Et plutôt contre que pour, en effet.

Or, malgré cette apparente lucidité, c’est peu dire que, depuis son installation, le nouveau pouvoir n’a guère fait d’effort pour transformer ce rejet du sortant en adhésion pour l’entrant. Illisible, contradictoire, frileux, conformiste, désolant, désespérant, insipide, évanescent, etc. : les adjectifs ne manquent pas pour décrire cette situation où le désarroi et la déception sont semés d’en haut, par ceux-là mêmes qui, élus sur la promesse du « changement, c’est maintenant » après avoir eu dix ans d’opposition pour s’y préparer, ont pour mission de mobiliser le peuple, de le rassembler et de l’entraîner.

Au lieu de quoi, ils lui serinent maintenant qu’ils ont besoin de temps, qu’il faut les laisser travailler en paix, qu’ils sont tranquillement installés là pour cinq années pleines… Comme si notre époque de défis historiques était un long fleuve tranquille ; comme si, une fois son pouvoir délégué, le peuple n’avait plus qu’à attendre sagement ; comme si, par le miracle d’un vote que maximise l’exception présidentielle française, les ministres socialistes et leurs cabinets étaient devenus soudain propriétaires de la volonté générale ; comme si une démocratie vivante n’était pas un suffrage permanent.

Alors que la politique est affaire d’agenda, c’est-à-dire de choix et de priorités, on cherche vainement la cohérence et la dynamique par lesquelles le nouveau pouvoir aurait signifié à l’opinion que l’ordre du jour a nettement changé, de Nicolas Sarkozy à François Hollande. On aurait pu croire, au souvenir des discours de campagne, que justice sociale et rénovation démocratique seraient au cœur des premiers mois, des premiers symboles, des premières initiatives, des premiers déplacements, des premières réformes, des premières pédagogies, des premières surprises, des premiers combats…

Pas de mobilisation sans confiance
Pas de confiance sans vérité
Soutenez-nous