Willy Sagnol ravive les préjugés racistes du football français

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Willy Sagnol, l'entraîneur des Girondins de Bordeaux, loue la « puissance » des footballeurs africains, mais regrette leur manque d'« intelligence » et de « discipline » ? Les instances du football français se taisent ou plaident la maladresse. Comme d'habitude.  

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Les propos sont lourds, les condamnations rares. Willy Sagnol, actuel entraîneur des Girondins de Bordeaux et ancien entraîneur de l’équipe de France Espoirs, n’a provoqué que quelques réactions embarrassées dans le milieu du football français à la suite de l’entretien avec les lecteurs de Sud-Ouest, publié mardi, dans lequel il déclarait : « L’avantage du joueur typique africain, c’est qu’il n’est pas cher quand on le prend, c’est un joueur qui est prêt au combat, qui est qualifié de puissant sur un terrain… Mais le foot ce n’est pas que ça, c’est aussi de la technique, de l’intelligence, c’est de la discipline, donc il faut de tout. »

Des propos qui rappellent ceux prononcés par Laurent Blanc, à l’époque sélectionneur de l’équipe de France, révélés par Mediapart en mai 2011. À l’époque, Laurent Blanc avait dû présenter ses excuses après des propos tenus lors d’une réunion officielle de la Direction technique nationale, comme : « Les Espagnols, ils disent : "Nous, on n'a pas de problème. Des Blacks, on n'en a pas." » Au-delà des préjugés sur les qualités et les défauts supposés des Noirs, la Direction technique nationale avait envisagé la mise en place de quotas pour limiter le nombre de joueurs noirs et arabes dans les centres de formation de la fédération, au motif qu’ils risquaient de choisir une autre nationalité après avoir été formés.

Aujourd’hui, dans le milieu du foot, Pape Diouf et Lilian Thuram, qui s’étaient déjà offusqués de tels propos à l’époque, ont dû se sentir bien seuls en exprimant leur désarroi. Le premier a appelé dans Le Monde à un boycott d’une journée de championnat par les joueurs africains qui évoluent en France. Le second, dans L’Équipe, en estimant que « nous sommes dans la même logique que l’affaire des quotas ». « Il est dommageable de le voir tenir un discours qui laisse entendre que “les joueurs africains” manquent de telle ou telle qualité. On enferme les gens dans des cases en fonction de leur origine. »

Claude Le Roy, sélectionneur de la République démocratique du Congo, n'a pas non plus été tendre avec l'ancien joueur du Bayern Munich sur France Info« Ça me paraît incroyable qu'on puisse entendre ça. On a l'impression qu'il a pris Éric Zemmour et Patrick Buisson en conseiller en communication. On a l'impression qu'il est encore à l'époque d'avant la Françafrique ou des tirailleurs sénégalais qui étaient de la chair à canon. C'est du racisme sous-jacent. Ça fait peur. »

SOS Racisme et la Licra, qui a mis fin à son partenariat avec les Girondins de Bordeaux, ont également dénoncé les propos de l’ancien latéral (très) à droite de l’équipe de France.

Au nom du PS, Carlos Da Silva a demandé une sanction : « Le Parti socialiste condamne avec la plus grande fermeté les propos tenus par M. Sagnol. (…). Il doit être sanctionné par la Fédération française de football et, s’il s’agit là d’une "maladresse" comme l’a déclaré M. Le Graët, Président de la FFF, s’expliquer et présenter des excuses publiques », a indiqué le porte-parole du parti socialiste.

Mais le secrétaire d'État aux sports, Thierry Braillard, sur i>télé, s’est contenté lui aussi de qualifier les propos de l'entraîneur girondin de « maladresse ».

Quant aux instances du football, comme d’habitude, elles font le dos rond comme un ballon. Pendant que Noël Le Graët plaide donc la fameuse « maladresse », la Ligue de Football se tait, comme elle s’était tue lorsque Jean-Pierre Louvel, président de l’Union des clubs professionnels de football (UCPF), avait déclaré à Mediapart en juin 2013 : « Si vous avez 60 %, voire 80 %, de joueurs d'origine africaine dans un club, ce n'est pas un mal en soi, mais cela signifie mettre à l'écart des gens qui ne sont pas de leur culture. La vie sociale du club n'est plus la même. »

Invité à préciser sa pensée, Louvel avait à l’époque avancé un mystérieux problème lié à des « chants » et « aux rapports humains africains » : « Il y a par exemple des joueurs qui viennent de tribus dominantes et, du coup, ce sont toujours eux qui décident et pas les autres. » 

Les instances du football n’avaient pas plus réagi quand Pierre Ferracci, président du PFC (Paris football Club), nous déclarait en juin 2012 : « Tout le monde vous dira que les Blacks, certains Blacks, sont doués techniquement, très forts physiquement, parfois un peu décontractés, un peu indolents, et que ça peut être préjudiciable en terme de concentration. » Ou que son alter ego de l’époque, Guy Cotret, aujourd’hui président de l’AJ Auxerre, nous expliquait : « Quand on a une composition d'équipe avec seulement des joueurs africains, en termes de mobilisation, d'esprit de révolte, ce n'est pas toujours facile à animer. Ils ont un caractère qui engendre un certain laxisme. (…) À chaque fois qu'on a été mené au score, on n'est jamais revenu, on ne l'a jamais emporté. C'est la race, pas la race, je n'en sais rien. »

Les Girondins de Bordeaux, de leur côté, ont à l’inverse cherché à éteindre l’incendie en expliquant dans un communiqué que « l’interprétation de l’interview accordée à Sud Ouest semble plus tenir de réactions épidermiques et malveillantes que d’une analyse objective des mots prononcés par Willy Sagnol ». Fermez le ban. Il reste sur le banc. 

Retrouvez l'intégralité de notre dossier Foot et discriminations

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