Sur l’Europe, la droite cherche sa voie face à Macron

Par

Alors qu’Emmanuel Macron espère fracturer un peu plus la droite lors des élections européennes l’an prochain, une partie des Républicains affirme qu’il faut se lancer rapidement dans la définition du projet. Force républicaine, le courant souverainiste de LR, a dévoilé cette semaine ses propositions pour peser sur la ligne du parti.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

À un an des élections européennes, certains à droite pensent qu’il est grand temps de poser les bases de ce que devrait être le projet européen de LR. Un sujet hautement sensible dans une famille politique où la question fracture. « Les européennes sont une échéance majeure représentant aussi un risque pour notre famille politique puisque Macron veut utiliser ces élections pour disloquer un peu plus la droite », prévient le sénateur de Vendée Bruno Retailleau qui a présenté ce mercredi les propositions de Force républicaine, le micro-parti créé par François Fillon.

Alors qu’une partie de la droite centriste pro-européenne a déjà pris ses distances avec LR depuis l’élection de Laurent Wauquiez, le parti sait que le prochain scrutin pourrait, selon la ligne retenue, mener à une nouvelle hémorragie dans ses rangs.

Macron n’a en effet pas fait mystère de son ambition de débaucher à droite sur la question européenne. Fin janvier, Christophe Castaner avait affirmé que LREM souhaitait en vue du scrutin un rassemblement de « Cohn-Bendit à Juppé ». LR a donc choisi d’avancer avec une certaine prudence sur le sujet.

En nommant sa garde rapprochée fin décembre, Laurent Wauquiez qui défendait ces dernières années une ligne très eurosceptique, a encore pris soin de faire coexister des sensibilités diamétralement opposées. Les vice-présidents du parti, le très souverainiste Guillaume Peltier, ancien villiériste, et la très libérale adjointe Virginie Calmels ont en matière européenne bien peu de points communs. Et le parti est pour l’instant d’une grande discrétion sur l’Europe. « Le sujet sera à l’ordre du jour de plusieurs réunions prochainement », explique Virginie Calmels qui rappelle que le parti arrêtera son projet après une convention nationale prévue sur l’Europe le 30 juin.

« La droite ne doit pas être à la traîne dans la réflexion de fond sur l’Europe », estime pourtant Bruno Retailleau, sénateur de Vendée. Énumérant les récentes « insurrections électorales » qu’ont été le Brexit, mais aussi les élections en Autriche, Allemagne ou même en Italie, où des adversaires de l'UE ont obtenu des scores historiques, le patron de Force républicaine assure que le prochain scrutin sera « l’élection de la dernière chance. Soit l’Europe se disloque, soit elle se refonde ». Oubliant de dire qu'il s'agissait déjà du slogan du conservateur luxembourgeois Jean-Claude Juncker en 2014, l'actuel président de la commission européenne, qui parlait de « la commission de la dernière chance ».

Discours de Laurent Wauquiez lors de son élection à la tête de LR. © Reuters Discours de Laurent Wauquiez lors de son élection à la tête de LR. © Reuters

Sans trop s’appesantir sur ce qui distinguerait LR de la ligne du FN sur la question européenne, surtout depuis que le parti d’extrême droite a renoncé à revendiquer la sortie de l’euro, Force républicaine a surtout construit son projet européen en opposition à la ligne d’Emmanuel Macron. « On nous présente les européennes comme un risque de bérézina pour nous. Je ne le crois pas du tout, assure ainsi Bruno Retailleau. L’Europe de Macron, c’est celle du passé. Le fédéralisme est une vieille idée que l’ensemble des peuples européens ont rejetée : Macron défend une Europe sans les peuples avec toujours plus de normes, une Europe avec toujours plus de technocratie, plus de taxes et plus d’impôts. »

Reprenant les grandes propositions formulées lors de son discours sur l’Europe à la Sorbonne, le sénateur a pris un certain plaisir à rappeler les insuccès du président français jusqu’ici. « Il a échoué sur les Spitzenkandidaten [Macron s'opposait à ce mode de désignation, mais le parlement, à ce stade, tient bon – ndlr], sur le budget de la zone euro avec un ministre des finances de la zone euro, sur les listes transnationales [Macron en voulait, le parlement européen les a rejetées – ndlr]. Il voulait un parlement de la zone euro, l’Allemagne a dit nein », a-t-il avancé.

Pour autant, si l’Europe est en panne, pas question de simplement tourner le dos à l’idée européenne. Pour ce courant souverainiste de LR, le « besoin d’Europe » est aujourd’hui ravivé par de « nouvelles menaces » que sont principalement « le terrorisme islamiste » et « le retour des vieux empires chinois, perse, russe ou ottoman », argumente cet ancien proche de Philippe de Villiers. Macron, de son côté, avait fait campagne en 2017 sur l'idée d'une « Europe qui protège ».

Les propositions mises sur la table par Force républicaine commencent, de manière significative, sur les questions identitaires, alors que les nationalismes europhobes n’ont cessé de progresser sur le continent ces dernières années. « L’Europe n’est pas qu’un Meccano institutionnel, c’est un grand projet de civilisation », avance le parti qui juge que l’Union européenne doit proposer une « charte européenne », réaffirmant « l’identité et les racines judéo-chrétiennes de l’Europe ».

Pour renouer avec « l’Europe des peuples », selon les mots de l’ex-député du Loiret Serge Grouard, il convient de « redonner leur place aux parlements nationaux ». Le parti propose que les parlements disposent d’un droit de veto, « un carton rouge », vis-à-vis des propositions de la Commission européenne qui empiéteraient, aux yeux des députés, sur les compétences des États-nations. Une proposition déjà émise par David Cameron au Royaume-Uni, durant la campagne sur le Brexit, mais qui n’avait pas suffi à convaincre les Britanniques de rester dans l’UE. Alors que l’Europe est perçue comme très lointaine, FR défend aussi l’idée que les parlements nationaux aient un pouvoir d’initiatives en matière de législation européenne.

Faisant curieusement figurer cette proposition au chapitre du renforcement du « contrôle démocratique », Force républicaine précise que le budget européen ne pourra pas augmenter, pour ne pas entraîner de nouvelles hausses d’impôts, et qu’il conviendra de « supprimer les fonctions non nécessaires ou empiétant sur la politique des États comme le haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères ». Ce poste, aujourd’hui occupé par l’Italienne Federica Mogherini, et créé par le Traité de Lisbonne, visait à renforcer une diplomatie européenne dont la faiblesse est si souvent raillée. La proposition peut surprendre, alors que ce courant de LR souhaite par ailleurs fortifier l’Europe de la défense.

Face à des peuples européens « travaillés au cœur et au corps par une double insécurité, économique et culturelle », la droite doit défendre, estiment-ils, une Europe réellement protectrice. « Fini l’élargissement permanent. Notre capacité d’intégration est saturée », explique Bruno Retailleau. « Macron veut élargir Schengen à la Roumanie et la Bulgarie alors que cela ne fonctionne pas », assure-t-il en proposant un moratoire sur l’entrée des Balkans.

Au diapason des droites européennes les plus radicales, Force républicaine explique que l’Europe doit aussi « reprendre le contrôle de ses frontières » par une lutte sans merci contre l’immigration clandestine, qui passe par le triplement du budget de Frontex, la police des frontières, et une « coopération militaire » pour assurer l’interception de tous les bateaux transportant des migrants en Méditerranée.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale