Relance: et si la gauche ouvrait le vrai débat?

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Alors que l'Assemblée nationale a engagé, mercredi 7 janvier, l'examen du plan de relance, la gauche fait grief à Nicolas Sarkozy de privilégier les entreprises et de se désintéresser du pouvoir d'achat. La critique est pertinente mais elle peut aussi manquer de souffle si elle ne sert qu'à justifier quelques propositions complémentaires. Car l'enjeu du débat est beaucoup plus lourd: ce sont les règles mêmes du capitalisme d'actionnaires, très favorable au capital et défavorable au travail, qui devraient être réfléchies. Parti pris. Lire aussi les deuxièmes plans de relance en Allemagne, aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne.
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De prime abord, on pourrait penser que c'est un débat économique d'un parfait classicisme, mille fois rebattu, qui va se mener à l'Assemblée nationale, à partir de mercredi 7 janvier, à l'occasion de l'examen du projet de loi de finances rectificative et du plan de relance. La droite y défendra une politique de l'offre, estimant que le combat contre la récession passe par des mesures massives de soutien aux entreprises; tandis que la gauche donnera la priorité à une politique de la demande, faisant valoir que le recul de la consommation nourrit celui de l'activité. Par sa profondeur, par sa gravité, la crise économique est donc inédite, mais cette controverse, elle, ne semble pas l'être.

 

Et pourtant si! Le débat en jeu est beaucoup plus lourd qu'il n'y paraît. Car, en réalité, les mutations du capitalisme qui se sont opérées au cours de ces deux dernières décennies bouleversent radicalement les problématiques anciennes et invitent à réfléchir à des questions beaucoup plus larges que celle du seul pouvoir d'achat, à laquelle la gauche s'accroche; à des questions qui ont trait au fonctionnement même de ce capitalisme patrimonial, qui, parti des pays anglo-saxons, a submergé toute la planète.

 

Qu'il n'y ait pas de quiproquo. La gauche a, certes, de bonnes raisons de reprocher à Nicolas Sarkozy de faire la part bien belle aux entreprises dans le plan de relance, et d'avoir fait l'impasse, ou presque, sur la question décisive de la demande et du pouvoir d'achat.

 

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Dans le flot des mesures prises par le chef de l'Etat, qui portent sur le montant considérable de 26 milliards d'euros sur deux ans – mais déjà partiellement engagé –, la grande majorité des dispositions concernent effectivement les entreprises ou l'investissement: 11,5 milliards d'euros d'avances de trésoreries; 10,5 milliards d'euros pour accélérer les investissements publics; ou encore 0,7 milliard pour alléger les charges patronales pour les petites entreprises. Et les salariés qui souffrent de la crise, tout particulièrement les salariés modestes, sont les parents pauvres du plan de relance. Tout juste une petite mesure, de portée d'abord symbolique, a-t-elle été concoctée, prévoyant d'accorder une prime de 200 euros aux futurs allocataires du Revenu de solidarité active (3,8 millions de foyers).

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