LREM, des candidats loin d'être exemplaires

Par Mathieu Magnaudeix (avec Antton Rouget Et Louise Fessard)

Le parti d'Emmanuel Macron, qui vise la majorité absolue aux législatives, souhaitait des candidats issus de la « société civile » et exemplaires. Mais certains mentent sur leur C.V., sont visés par des enquêtes judiciaires ou possèdent des sociétés dans les paradis fiscaux. Tour d'horizon des bras cassés de la Macronie, dont certains devraient devenir députés.

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« Nous sommes vous. » Le slogan de campagne de La République en marche (LREM) pour les législatives des 11 et 18 juin, dévoilé ce week-end, joue à fond sur le registre « société civile », la marque de fabrique du parti. Mais certains des candidats sélectionnés par la commission nationale d’investiture, censés incarner le « renouvellement », promesse numéro un d'Emmanuel Macron, affichent des profils particuliers. Il y a bien sûr le cas Richard Ferrand, ministre candidat aux législatives et proche du président de la République, dossier épineux pour l’exécutif dans lequel le parquet de Brest a fini par ouvrir une enquête préliminaire visant des « infractions pénales en matière d'atteinte aux biens, de manquement au devoir de probité et aux règles spécifiques du code de la mutualité ». Mediapart a révélé les pratiques du député Alain Tourret, qui a utilisé son indemnité de frais de mandat à des fins personnelles. Ou celles de Véronique Avril, candidate à Saint-Denis, qui a loué un appartement insalubre à un prix exorbitant – une enquête préliminaire a été ouverte.
Enquêtes préliminaires, conflit d’intérêts, sanctions de l’AMF, propos gênants effacés de leurs comptes Facebook : Mediapart a enquêté sur d'autres cas évoqués par la presse… et a déniché quelques nouveaux C.V. gênants. Dans l'écrasante majorité des cas, LREM, qui vise une majorité absolue aux législatives, ne leur a pas retiré l'investiture.

Bruno Bonnell (6e circonscription du Rhône) : une sanction de l’Autorité des marchés financiers, deux sociétés au Delaware

Bruno Bonnell en 2000, alors PDG d'Infogrames © Reuters Bruno Bonnell en 2000, alors PDG d'Infogrames © Reuters

Dans la campagne d’Emmanuel Macron, l’adversaire de Najat Vallaud-Belkacem à Villeurbanne (Rhône), proche du ministre de l’intérieur Gérard Collomb, a joué un rôle pivot. L’ex-patron d’Infogrames et Atari, apôtre médiatique de la « Robolution » – la révolution du travail et de l’économie par les robots, un concept déposé à l’Inpi qu’il décline à toutes les sauces – a été un soutien de la première heure du candidat d’En Marche! et le référent du parti dans le Rhône… mais aussi, de l’aveu même de l’entourage de Macron, un précieux rabatteur de dons privés : il a ainsi organisé deux événements privés à Lyon début février, un dîner et un cocktail, en marge du meeting d’Emmanuel Macron à Lyon.

Selon un jugement de divorce du tribunal de Lyon de 2011, ce patron souvent cité en modèle, interlocuteur de tous les ministres de l’économie, a pourtant « entièrement restructuré son patrimoine, y compris en utilisant judicieusement un endettement qui pourrait être qualifié de colossal, afin d'éluder l'impôt de solidarité sur la fortune d'abord et l'impôt sur le revenu ». Il a par ailleurs été sanctionné par l'Autorité des marchés financiers, le gendarme de la Bourse.

L'affaire remonte à quelques années. En 2007, Bonnell est « viré » avec fracas d’Infogrames, société aujourd’hui en liquidation judiciaire. Le 16 janvier 2008, Infogrames est condamné à verser 40 000 euros à l’Autorité des marchés financiers (AMF). Bonnell n’est plus patron, mais c’est bien sa gestion qui est visée. Selon la décision, toujours accessible en ligne, l’AMF estime qu’entre juin 2003 et juin 2004, Infogrames Entertainment, « représentée par son directeur général d’alors, M. Bruno Bonnell », a « artificiellement fait varier le cours de son titre » en achetant et revendant des paquets d’actions, sans que l’AMF n’en soit informée. Des écoutes ont prouvé que le trésorier d’Infogrames a demandé à l’intermédiaire financier Natexis Bleichroeder de « soutenir de manière artificielle les cours, afin de favoriser la réalisation par Infogrames de cessions d’actions hors marché, effectuées les mêmes journées ». Des agissements contraires à plusieurs règlements, juge l’AMF. Sollicité par Mediapart, Bonnell dénonce un « excès de zèle » du régulateur et assure que les opérations étaient destinées à « défendre le titre », alors attaqué sur les marchés.

« Navya Inc. » a été déposée au Delaware par une société dont Bonnell préside le conseil de surveillance © DR « Navya Inc. » a été déposée au Delaware par une société dont Bonnell préside le conseil de surveillance © DR

Bonnell, qui incarna le patron intraitable dans l’éphémère version française de The Apprentice, le show télé qui fit connaître Donald Trump aux États-Unis, est par ailleurs propriétaire de deux sociétés, BB26 et Navya, basées dans le paradis fiscal du Delaware, petit État de la côte est des États-Unis qui compte plus d'entreprises que d’habitants. Et pour cause : les taxes y sont inexistantes, aucune activité réelle n’est exigée et le nom des propriétaires des sociétés n’est pas demandé. Le Delaware est donc impliqué dans toutes sortes de montages financiers permettant aux sociétés du monde entier d’éluder fiscalement des milliards de capitaux. Bonnell prie pourtant de croire que dans son cas, « tout est transparent ».

Comme le confirme un document financier de l’époque, BB26 LLC (une SARL) a été créée en 2007 par Atari quand il a été débarqué. Un prêt d’un million d’euros lui a même été accordé par son ancienne entreprise pour lancer une activité dans la robotique et les jeux online. Mais Bonnell a dû rentrer précipitamment des États-Unis à cause d’un drame familial et n’a jamais lancé son activité. Il admet ne s’être ensuite « jamais occupé » de fermer la société. L’autre entité que nous avons découverte, Navya Inc., a été créée par la société du même nom, un fabricant de véhicules sans chauffeurs dont il préside le conseil de surveillance. « Il s'agissait de protéger la marque. Le Delaware n’est pas qu’un paradis fiscal, c’est aussi un lieu où l’on peut monter des sociétés rapidement. » Et surtout, dans la plus grande discrétion.

Au Benelux (4e circonscription des Français de l’étranger), le fantôme de l’affaire Pechiney

Dans la quatrième circonscription des Français de l’étranger (Benelux), le premier tour a déjà eu lieu. Pieyre-Alexandre Anglade, le candidat LREM, est largement en tête avec 52,27 % des voix, devant la candidate « insoumise » Sophie Rauszer. Il devient le grand favori. Surprise : sa suppléante, Dorothée Gruman, est l’épouse d’un célèbre courtier en titres condamné dans le cadre de la retentissante « affaire Pechiney-Triangle ». Annoncé en 1988, le rachat par la société publique Pechiney de la société américaine Triangle, cotée à New York, avait permis à plusieurs financiers proches de l'Élysée, du ministère des finances et du Parti socialiste de spéculer.

À l’époque courtier de la Compagnie parisienne de placements (CPP), Patrick Gruman a été reconnu coupable de délit d’initié et condamné en appel à six mois de prison avec sursis et 80 000 francs d'amende (contre 200 000 francs en première instance) en 1994. Patrick Gruman a aussi négocié un accord avec la justice américaine. La SEC, le gendarme des marchés financiers outre-Atlantique, a accepté que la pénalité du courtier soit confondue avec celle – estimée à un peu plus de 240 000 dollars – de l’ami qu’il avait initié.

« Ces faits sont aujourd’hui prescrits et ne figurent plus sur mon casier judiciaire », rétorque M. Gruman, associé d'un cabinet de conseil financier, qui se définit comme « simple militant d’En Marche! » et dit ne pas participer à la campagne de sa conjointe. Même son de cloche du côté du candidat, Pieyre-Alexandre Anglade : « Je ne ferai pas de commentaire sur cette affaire qui s’est produite il y a trente ans. Il ne faut pas réduire ma suppléante à ce qu’a fait son mari. » Le lien de Dorothée Gruman avec son époux n’est pourtant pas que matrimonial. Avant de s’installer à Bruxelles, la candidate a dirigé en France une société spécialisée dans l’organisation de mariages, « Mon plus beau jour », dont son époux fut administrateur. Introduite en Bourse en 2007, l’entreprise, ultra-performante à ses débuts, a été placée en liquidation judiciaire à peine trois ans plus tard.

Romain Grau (1re circonscription des Pyrénées-Orientales)

Romain Grau © France 3 Romain Grau © France 3

Premier adjoint LR du maire de Perpignan, Romain Grau assure que c’est Emmanuel Macron lui-même, son camarade de promotion à l’ENA dont il dit être resté « proche », qui l’a « poussé » à se présenter aux législatives. Avocat d’affaires, Grau est l’actuel directeur général de New EAS, société de maintenance aéronautique installée à l’aéroport de Perpignan-Rivesaltes (une des seules industries de la ville), qu’il a reprise en 2014 alors qu’elle était en liquidation. France Bleu Roussillon a révélé qu’une enquête préliminaire avait été ouverte pour « harcèlement moral » par le parquet de Perpignan à l’encontre des « dirigeants » (Romain Grau, mais aussi le PDG et des membres de la direction des ressources humaines) de New EAS, qui emploie 240 salariés. L’enquête, ouverte en mars, fait suite au témoignage anonyme d’un salarié, jugé assez inquiétant pour justifier cette ouverture. « Quand on vous parle de pression permanente du management, de salariés mal dans leur peau à cause de pressions de la direction, on ne peut pas faire l’économie d’une telle procédure », explique à Mediapart une source judiciaire.

Selon nos informations, Romain Grau devrait être bientôt entendu par les enquêteurs. Car c’est bien lui qui est en première ligne. « Chez EAS, il s’occupe de tout de A à Z », explique un salarié, qui réclame l’anonymat par peur de représailles. Certains collègues apeurés évoquent « une ambiance malsaine », une « pression permanente », un « patron qui dit des horreurs » et « envoie des SMS à 23 heures ou la nuit ». Un syndicaliste parle de collaborateurs « traqués », de « conditions de travail déplorables », d’un « dialogue social nauséabond ». Selon plusieurs sources, « entre 20 et 22 salariés », commerciaux, magasiniers, techniciens, au total près de 10 % de l’effectif, seraient en arrêt maladie de longue durée. Ces chiffres datent de « mars ou avril », assure Romain Grau, qui parle plutôt de 12 arrêts. De récentes difficultés économiques et de gros problèmes de trésorerie semblent à l’origine d’une intensification des cadences qui, selon des salariés, pèse sur la qualité du contrôle effectué sur les avions. En février, les élus du personnel ont officiellement informé l'aviation civile de « faits graves ». Dans un courrier, ils évoquent « la trop forte pression de la direction » qui « nuit à la sécurité des vols », des salariés menacés de licenciement « s'ils respectaient les procédures », de « nombreux défauts […] délibérément masqués » pour ne pas retarder les chantiers.

« L’agrément de l’aviation civile ne m’a pas été retiré », rétorque Grau. Il admet que « tout n’est pas rose » dans l’entreprise. « Il y a eu beaucoup de mal-être ces derniers temps. La conduite du changement peut générer du stress », dit-il en novlangue managériale. La médecine du travail et l’inspection du travail ont été alertées. Un plan de prévention des risques psychosociaux va d’ailleurs être présenté au CHSCT. Grau se défend pourtant de toute « menace » ou « pression ». « Il fallait relancer cette société, j’ai fait venir des compagnies prestigieuses. Oui, il y a parfois des moments plus tendus que d’autres, mais je suis un humaniste », plaide-t-il, tout en soulignant qu’il n’est « pas mis en examen » . Il invoque aussi la petite musique du complot. « Je suis honnête, je n’ai pas l’esprit de mafia comme beaucoup d’élus à Perpignan, cela dérange. » Aux électeurs de dire s’ils sont sensibles à ses arguments. Selon le parquet, il n’est pas exclu que l’enquête soit dépaysée, l’épouse de Romain Grau étant elle-même magistrate à Perpignan.

Frédéric Petit (7e des Français de l'étranger), le maire… qui ne l'a jamais été

Candidat LREM des Français de l'étranger en Allemagne et en Europe centrale, le MoDem Frédéric Petit est arrivé en tête du premier tour, loin devant le député sortant, le socialiste Pierre-Yves Le Borgn'. Petit, qui vit à Varsovie, se targue d'avoir travaillé dans de nombreuses sociétés « à l'international ». Dans une lettre publiée le 16 mai sur son compte Facebook, il fait aussi valoir son expérience associative et sa connaissance de la gestion locale : « J'ai eu la chance, écrit-il, de m'impliquer au service de mes concitoyens en devenant maire de Maizery (Moselle) à la fin des années 1990. » Affirmation réitérée une semaine plus tard lors d'une réunion publique à Berlin, toujours visionnable sur son site Facebook.

Message de Frédéric Petit sur Facebook, le 16 mai 2017 © DR Message de Frédéric Petit sur Facebook, le 16 mai 2017 © DR

Frédéric Petit n'a pourtant jamais été maire de ce village de 127 habitants, aujourd'hui fusionné avec sa voisine, Colligny. « Monsieur Petit a été élu conseiller municipal lors des élections de 1995 », affirme le maire actuel, Hervé Messin. Selon l'édile, qui s'est plongé dans les délibérations du conseil municipal, Petit s'est bien présenté à l'élection du maire cette année-là, mais il a été battu par six voix contre trois. Il est alors « élu deuxième adjoint », poursuit Messin. En juillet 2000, le maire décède. Trois mois plus tard, il n'a pas candidaté à l'élection municipale et a quitté la commune peu après. À ce jour, il reste d'ailleurs inscrit sur les listes électorales.

Claire O'Petit (5e de l'Eure), la « Grande Gueule » interdite de gérer une entreprise

Quand Claire O'Petit critiquait Emmanuel Macron dans les "Grandes Gueules"

À Vernon (Eure), elle mène une campagne solitaire : peu de militants locaux la soutiennent. À la surprise générale, Claire O'Petit, connue pour sa participation aux Grandes Gueules de la radio RMC, a été désignée candidate dans la cinquième circonscription de ce département où le ministre Bruno Le Maire se présente lui aussi. Stupeur des « marcheurs » locaux, qui ont rappelé dans une lettre adressée à la commission d’investiture du mouvement les « contradictions » de cette candidature « polémique et discréditée ».

Plusieurs fois candidate aux législatives sous l’étiquette MoDem, elle est décrite par eux comme une « multirécidiviste de l’échec électoral ». Ils rappellent ses propos « très dérangeants » contre Macron (« il prend les femmes pour des connes »), le Parti socialiste « raciste », ou encore les Roms et leur « culture qui n’est pas la nôtre ». Le Parisien assure qu’elle aurait sollicité il y a deux ans une investiture du Front national aux régionales, ce qu'elle dément. « Collard, avec qui j’ai travaillé aux Grandes Gueules pendant six ans, m’a dit “tu devrais nous rejoindre”. Si j’avais demandé une investiture FN, je l’aurais eue, mais je ne l’ai pas demandé et ce ne sont pas mes idées. »

Le jugement du tribunal de commerce de Bobigny, novembre 2016 Le jugement du tribunal de commerce de Bobigny, novembre 2016

La candidate, qui dit « être très souvent au téléphone » avec Brigitte Macron (« elle adore les Grandes Gueules, je lui ai même fait avoir un tee-shirt »), se présente comme présidente d’un « Collectif des commerçants et artisans » qui n’a pas d’activité connue. Sa société, l'Agence de développement du commerce de proximité (ADPD), accuse un passif de 130 000 euros et a été mise en liquidation le 31 juillet 2014. Devant le tribunal de Bobigny, le liquidateur a évoqué en novembre 2016 une « comptabilité irrégulière », une « opacité financière complète » et s’est étonné d’une curieuse prise de participation dans une société civile immobilière, dénommée Magali.

D’après le jugement (ci-dessus), le tribunal a reconnu la « faute de gestion », l’a condamnée à verser 110 000 euros au liquidateur et a interdit à Claire O'Petit de « diriger, gérer, administrer ou contrôler directement toute entreprise commerciale ou artisanale, toute exploitation agricole ou toute personne morale (…) pour une durée de cinq ans ». Le comble, pour une personne qui prétend devenir élue de la nation, qui, si elle est élue, va contrôler l’action de l’exécutif et va, comme députée, devoir gérer une petite PME parlementaire avec une permanence et des collaborateurs.

Contactée par Mediapart, Claire O'Petit assure avoir été lésée par des « mauvais payeurs », trois associations de commerçants pour lesquelles elle a travaillé. « Monsieur Macron dit partout qu’il faut donner une deuxième chance, c’est exactement mon cas », dit-elle sans rire, en rappelant qu’elle a fait appel. Comme l’ex-LR Alexandre Huau-Armani, maire adjoint de Vernon, certains macronistes locaux, atterrés, lui demandent d’en « tirer les conséquences » et de se retirer. « On ne peut pas plaire à tout le monde, et alors ? », répond crânement O'Petit, qui dit garder le soutien total du parti.

André Dupont (Ardèche), le MoDem anti-mariage homo qui a effacé ses posts Facebook

Quand Mediapart lui pose la question, André Dupont l'admet : oui, il a bel et bien toiletté son profil Facebook quand il est devenu candidat LREM dans la deuxième circonscription de l’Ardèche. « Mon Facebook était trop ouvert, j’ai rendu les posts inaccessibles. » Formule pudique : André Dupont a en réalité littéralement expurgé son compte, longtemps ouvert aux quatre vents, qui ne compte plus désormais que quelques posts, dont le plus récent date… du 27 mai.

Ces dernières années, cet adhérent du MoDem ardéchois, déjà candidat du parti de François Bayrou aux législatives de 2012, a pourtant été très actif sur le réseau social. Pour déplorer le sort des chrétiens d’Orient, relayer une pétition en faveur du contesté professeur anti-vaccins Henri Joyeux… et dénoncer le mariage des couples de même sexe, en contradiction totale avec la plate-forme législative de LREM.

Le 4 février 2013, en plein examen de la loi à l’Assemblée nationale, Dupont poste sur Facebook une « lettre ouverte » à Pascal Terrasse, le député PS de la circonscription, signée de son nom. « Avoir un enfant n’est pas un droit (…) argumenter autour du principe d’égalité sur ce sujet est fallacieux », écrit-il, enjoignant à son député, s’il veut « rester proche de l’Ardèche », de « refuser ce texte tant qu’il n’y aura pas de vraies réponses aux questions des droits de la femme et des enfants ».

Certains des posts effacés par André Dupont de son compte Facebook © DR Certains des posts effacés par André Dupont de son compte Facebook © DR

Trois jours plus tard, il partage deux liens de la Manif pour tous : le « témoignage poignant d’un jeune adopté » et une invitation à saisir le Conseil économique et social pour contester la loi. Le 4 juin, il partage une pétition contre la supposée « théorie du genre » relayée par l’UNI, organisation étudiante conservatrice. Le 2 juillet, il relaie un entretien sur RMC de la présidente de la Manif pour tous, Ludovine de La Rochère, isolée par le site d’extrême droite Le Salon beige, où celle-ci dénonce les « intimidations » contre les militants anti-mariage pour tous. « À écouter si vous avez un peu de temps », conseille André Dupont à ses amis Facebook. Le 5 août, il relaie un article de la fondation Jérôme-Lejeune, proche des catholiques intégristes anti-avortement, qui dénonce une action d’Act Up. « Inadmissible de voir cela, est-ce que l’État va réagir face à cette violence ?», s’indigne Dupont.

Ce catholique convaincu, qui partage sur son compte les vidéos du groupe d’électro-pop « Glorious », créateur d’une école de « louange » de Dieu, admet qu’il était alors très opposé à la loi Taubira. « J’étais très opposé à la gestation pour autrui et sur ce point la loi était ambiguë », plaide-t-il aujourd’hui. Il reconnaît avoir manifesté « une fois à Paris » contre la loi Taubira, « entraîné par des amis », mais ne pas avoir renouvelé l’expérience « parce qu’il y avait dans ces manifestations des gens qui étaient là pour détruire et pas construire ». Il assure que la loi ne lui pose aujourd’hui « aucune difficulté » et plaide le droit à « changer d’avis ». Mais tout de même pas au point d’assumer ses engagements passés…

Dupont n’est pas le seul candidat macroniste opposé au mariage des couples de même sexe. D’après Streetpress, le vice-président du conseil régional de Guadeloupe Olivier Serva (1re circonscription) jugeait en 2012 que le mariage des couples de même sexe était « intolérable », un « péché », et qualifiait, comme Christine Boutin, l’homosexualité d’« abomination ». Le président de la commission d’investiture d’En Marche!, Jean-Paul Delevoye, a jugé ces propos « pas compatibles avec la charte des candidats La République en marche », mais son investiture a été maintenue.

Selon Buzzfeed, Vincent Bru, maire UDI de Cambo-les-Bains (Pyrénées-Atlantiques), investi LREM, avait signé le manifeste des « maires pour l'enfance » demandant l’abrogation de la loi Taubira. Dans la 1re circonscription de l'Aisne, Aude Bono (ex-UDI) a « assisté » en novembre 2012 à une manifestation d’opposants à la loi Taubira. Les deux affirment aujourd’hui ne pas vouloir revenir sur la loi. Le parti ne juge pas utile de leur retirer les investitures. Il faut dire que des opposants au mariage des couples de même sexe, il y en a jusqu’au gouvernement : en 2013, le ministre de l’action et des comptes publics, Gérald Darmanin, qui n'est pas candidat aux législatives, avait affirmé qu’il refuserait comme maire de célébrer des mariages « entre deux hommes et deux femmes ».

Houmria Berrada (2e du Nord) et ses faux diplômes

Candidate LREM dans la deuxième circonscription du Nord, Houmria Berrada, 34 ans, a été condamnée en 2011 pour avoir présenté un faux diplôme de l'Institut d'études judiciaires (IEJ) de Strasbourg à l'école d'avocats de Lille. Une falsification qui, selon La Voix du Nord, lui avait valu un renvoi de l’école d’avocats de Lille l’année précédente. Certains soutiens locaux l’ont lâchée. Mais le parti a maintenu sa candidature.

Stéphanie Jannin (2e de l’Hérault), visée par une enquête

D’après le quotidien Midi-Libre, l’adjointe à l’urbanisme du maire de Montpellier, Philippe Saurel, un de ces grands élus locaux ayant soutenu Emmanuel Macron, a été entendue le 23 avril par la police judiciaire dans une affaire de construction de logements sociaux. « Je ne suis pas ressortie avec une mise en examen et j'ai pu m'expliquer », se défend la candidate. Comme l'a révélé Montpellier Journal, Stéphanie Jannin défend depuis des mois avec beaucoup de détermination la construction dans un espace vert menacé. Problème : l'architecte pressenti est son ancien employeur. D'où des soupçons de conflits d'intérêts. Jannin a porté plainte en diffamation contre un autre candidat aux législatives, Thierry Teulade, qu’elle estime à l’origine de l’affaire.

Didier Martin (1re de Côte-d'Or), entendu dans une affaire de faux témoignage

Selon L'Accent bourguignon, relayé par France Bleu Bourgogne, le parquet de Dijon a ouvert une enquête préliminaire à la suite de plaintes pour faux témoignages contre l'ancien patron de l'office de tourisme de Dijon, candidat LREM dans la ville dirigée par l'ancien ministre socialiste François Rebsamen. Martin est d'ailleurs entendu par la police dans ce dossier, ce mercredi 7 juin. Selon le mensuel, l'ancienne directrice de l'office de tourisme aurait effectué un signalement car elle le soupçonne d'avoir confondu sa carte bleue personnelle et celle de l'organisme. Elle a ensuite été licenciée, licenciement invalidé en première instance par les prud'hommes. Le candidat crie au « complot politique » en pleine période électorale.

Saïd Ousmane Diallo (4e des Bouches-du-Rhône)

Candidate à Marseille face à Jean-Luc Mélenchon et au socialiste sortant Patrick Mennucci, la cheffe d’entreprise et référente départementale d’En Marche! Corinne Versini est rattrapée par une affaire de menaces de mort proférées par son suppléant, Saïd Ousmane Diallo. L’affaire s’est passée lors des précédentes législatives, en 2012. Agent commercial dans une entreprise de nettoyage marseillaise, Saïd Ousmane Diallo faisait alors campagne pour Patrick Mennucci face à Lisette Narducci, à l’époque proche du sénateur Jean-Noël Guérini, l’ancien patron tout-puissant du département mis en examen dans plusieurs affaires. En décembre 2012, Mennucci a déposé plainte contre Diallo pour faux témoignage et menaces de mort auprès du procureur de la République de Marseille. Le député livre alors aux enquêteurs l’enregistrement d’une conversation privée d’une heure et demie entre Saïd Ousmane et un militant socialiste. Selon le rapport de synthèse de la sûreté départementale des Bouches-du-Rhône, chargée de l’enquête, l’enregistrement montre « une grande rancœur d’Ousmane Saïd envers Monsieur Mennucci ainsi que plusieurs menaces directes et indirectes à son encontre ». Saïd Ousmane explique notamment que s’il n’était pas « député, il lui serait arrivé comme à Piat ». Autrement dit Yann Piat, députée UDF tuée le 25 février 1994 par deux motards, près d'Hyères dans le Var, après avoir dénoncé les liens entre des élus de droite et la mafia varoise. Saïd Ousmane Diallo explique, toujours selon cette retranscription, « pourquoi ils veulent détruire Patrick, parce qu’il a des trucs avec Guérini, il a mis les projecteurs sur Guérini. Ce gros bâtard, c’est lui qui a envoyé les lettres à la financière, lettres anonymes ». Ces menaces avaient valu au député PS d’être placé pendant quelques mois, début 2013, sous protection du Service de protection des hautes personnalités (SPHP). Saïd Ousmane a également déposé plainte le 7 décembre 2012 auprès du procureur de la République contre Patrick Mennucci pour « diffamations, dénonciations mensongères et calomnieuses », dénonçant « un enregistrement sauvage ». Il n’a pas été inquiété par la suite. « J’ai pris Yann Piat en exemple, mais en aucun cas je n’ai attenté à la vie de Mennucci », se défend Saïd Ousmane, qui refuse de revenir sur les raisons de son différend avec le candidat, à l’issue de la campagne de 2012. « J’attends le fin mot de la justice, je n’ai rien à me reprocher, c’est sa façon de faire de la politique que je refuse. » Interrogée par téléphone, la candidate Corinne Versini élude quand on évoque Yann Piat : « Je ne sais pas ce qui lui est arrivé, je ne me souviens plus de cette affaire. » La candidate convient que la formule était « malheureuse », mais estime que tant qu’il n’y a pas de menaces répétées, « cela ne relève pas du pénal ». « Les instructions sont claires, on n'insulte pas, on ne veut surtout pas rentrer dans ce genre de pagnolades », affirme la candidate, qui dit subir elle-même une campagne d'intimidation.

Pierre Cabaré (1re de Haute-Garonne), le candidat inéligible

Ce prothésiste dentaire de 59 ans, au parcours politique riche (il est passé par France Écologie, UDI, Cap21), avait été investi dans la 1re circonscription de Haute-Garonne. Comme l’a raconté La Dépêche du Midi, il avait juste oublié de signaler à la commission d’investiture sa condamnation en 2003 à un an d’inéligibilité par le Conseil constitutionnel. Candidat en 2002 aux élections législatives, il n’avait ni mandataire financier ni compte de campagne en bonne et due forme. Son compte de campagne avait donc été rejeté et il avait écopé de la peine d’inéligibilité. « Une histoire sans intérêt », a plaidé Cabaré. LREM a suspendu son investiture, mais sans présenter d'adversaire contre lui. Élu, il pourrait donc faire partie d'une future majorité présidentielle.

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