France

Espionnage de Greenpeace: EDF nie toujours

Dans l'affaire d'espionnage informatique visant notamment Greenpeace, qui aurait été surveillé à la demande d'EDF, le juge de Nanterre, Thomas Cassuto, a procédé mardi 7 avril à une confrontation entre tous les mis en examen. Le numéro 2 de la sécurité d'EDF maintient n'avoir jamais demandé le piratage de l'ordinateur de l'ex-directeur de l'association. L'informaticien qui a réussi à infiltrer le système de Greenpeace assure avoir agi sur l'ordre de Kargus Consultants, une officine privée liée à EDF.

Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme

8 avril 2009 à 07h55

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L'affaire d'espionnage informatique visant notamment Greenpeace, qui aurait été espionné à la demande d'EDF, a connu un nouveau développement, mardi 7 avril. Le juge de Nanterre (Hauts-de-Seine), Thomas Cassuto, a procédé dans son cabinet à une confrontation entre tous les mis en examen – ils sont quatre au total. Chacun est resté sur ses positions, de sorte que, pour le moment, le magistrat ignore toujours la connaissance que pouvait avoir la direction d'EDF de la surveillance informatique destinée à infiltrer l'organisation écologiste.

Parmi les quatre personnes convoquées mardi après-midi par le juge Cassuto, trois sont directement liées au volet "Greenpeace" de cette affaire d'espionnage informatique, révélée par Mediapart le 31 mars, dont ont été également victimes Me Frédérik-Karel Canoy, défenseur de l'association des petits porteurs d'actifs (APPAC), et le Laboratoire nationale de dépistage du dopage (LNDD) de Châtenay-Malabry (Yvelines).

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Le numéro 2 de la sécurité d'EDF, l'ancien commandant de police Pierre François, mis en examen le 26 mars pour «complicité d'intrusion frauduleuse dans un système de traitement automatisé de données», a affirmé dans le bureau de M. Cassuto qu'à aucun moment il n'avait commandité le piratage de l'ordinateur de Yannick Jadot (photo), l'ancien directeur des programmes de Greenpeace, réputé pour ses prises de position anti-nucléaires. Ce dernier, qui va se constituer partie civile, a d'ores et déjà été interrogé (le 2 avril) par les policiers de l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC).

Pierre François – dont le supérieur, l'ex-contre-amiral Pascal Durieux bénéficie du statut de témoin assisté – a maintenu ce qu'il avait déclaré lors de son interrogatoire de première comparution, à savoir qu'il s'était contenté de missionner une officine privée de renseignement, Kargus Consultants, afin de "protéger" les installations d'EDF.

Les secrets du coffre-fort...

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Poursuivi du même chef, le patron de Kargus, Thierry Lorho, un ancien membre des services secrets français, a également nié avoir demandé d'infiltrer l'ordinateur de Yannick Jadot – grâce auquel il aurait été possible d'accéder à l'ensemble du système informatique de Greenpeace. M. Lorho a renvoyé la balle, ou plutôt la faute, vers l'informaticien qui est parvenu à pirater les données du responsable de Greenpeace, Alain Quiros. Interrogé le 31 mars par Mediapart, M. Lorho avait indiqué à propos de M. Quiros: «Il a été plus loin que ce qui avait été établi. Il est parti dans l'aventure en pensant nous rendre service

Mis en examen pour «intrusion frauduleuse dans un système de traitement automatisé de données», Alain Quiros a en revanche maintenu lors de la confrontation qu'il avait agi sur ordre. D'après l'informaticien, l'organisation écologiste aurait donc bien été espionnée à la demande de la société de M. Lorho, elle-même missionnée par le numéro 2 de la sécurité d'EDF, Pierre François. Une thèse que, pour le moment, le juge d'instruction semble privilégier.

D'autant que selon Le Canard enchaîné de ce 8 avril, les policiers en charge de l'enquête ont récemment découvert chez EDF, dans l'armoire forte de Pierre François, «un CD-Rom contenant des captures d'écran et des fichiers provenant de l'ordinateur de Yannick Jadot». L'hebdomadaire affirme aussi que EDF avait également missionné en 2006 une autre officine, la société suisse Securewyse, pour "surveiller" le porte-parole du réseau Sortir du nucléaire, Stéphane Lhomme.

Dans un entretien au Monde daté de jeudi, le pdg d'EDF, Pierre Gadonneix, assure par ailleurs à propos de l'espionnage informatique de Yannick Jadot qu'il n'a «jamais signé de contrat demandant ce type d'opération», ajoutant avoir mis fin au contrat avec la société Kargus «depuis plus d'un an». «Dès que nous avons connu cette affaire, ajoute-t-il, EDF s'est portée partie civile, car nous estimons subir un préjudice. La sécurité des centrales est assurée par la gendarmerie nationale, pas par des officines privées».

Fabrice Arfi et Fabrice Lhomme


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