Grande manœuvre sarkozyenne: Rocard en ouverture

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En acceptant de co-présider avec Alain Juppé une commission qui devra conseiller Nicolas Sarkozy sur le grand emprunt, Michel Rocard fait franchir une étape au présidentialisme en humilitant un peu plus la gauche. L'ouverture façon Sarkozy modifie la structure du pouvoir et les hiérarchies administratives. Déjà, un autre remaniement se prépare.

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Michel Rocard ne s'est pas démonté, mardi 7 juillet, quand le journaliste de RMC l'interroge sur les conditions de sa nomination à la tête du groupe de réflexion sur l'emprunt qui sera lancé en 2010: «Nicolas Sarkozy m'a appelé mercredi dernier [1er juillet]. Non, je n'ai pas beaucoup hésité. La France est un pays bizarre. Le fait que majorité et opposition travaillent ensemble est une constante de toutes les démocraties. Partout, tous les gouvernements ont besoin de faire passer des choses sur lesquelles la façon de penser, la sensibilité et les informations connues de l'opposition ont besoin d'être intégrées à la machine. Tout le monde le fait partout. Mais en France nous avons un tel goût de la dramatisation et de la bagarre – pour le principe, nous aimons nous engueuler – que ça surprend et que ça devient presque inhabituel. Je trouve ça dommage.»

 

Rien de rien, il ne regrette rien. Missionné par un homme de droite, au côté d'un autre homme de droite (Alain Juppé) pour remettre avant le 1er novembre la liste des priorités d'avenir pour la France et le montant de l'argent nécessaire, l'ancien du PSU, trublion de l'Union de la gauche, ne voit pas pourquoi, on lui cherche des noises: «Je suis là, parce que je suis un homme de gauche, je le suis toujours.»

 

Pour tous ceux que ce ralliement intrigue ou blesse – parce qu'ils ont été de cette deuxième gauche ou parce qu'ils ont apprécié ou apprécient encore la densité intellectuelle du punching-ball préféré de François Mitterrand –, il faut citer la suite du propos. Michel Rocard a refait cinquante ans de son parcours: «Quel a été le discours, depuis un demi-siècle: faites attention les amis, le capitalisme n'est pas auto-équilibrant. Les marchés ne sont pas auto-équilibrants. Et donc il faut réguler. Si on laisse s'accumuler les inégalités, on crée un manque de pouvoir d'achat qui vous met dans la crise. Voilà ce que nous disions, personne n'écoutait... ça n'a pas empêché les facteurs de crise d'être là. Les Européens, aux dernières élections, ont voté pour la continuation de ce modèle parce que c'est le droit de faire fortune pour tout le monde. Mais ce droit n'est pas compatible avec le système lui-même. La social-démocratie, c'est l'outil intellectuel qui a eu raison dans toute cette affaire. Je ne vais pas quitter ma crémerie. Mais il faut expliquer qu'on a besoin d'un système mieux piloté, besoin de lutter contre les inégalités. Parce que la vitesse de la croissance dépend beaucoup de la consommation du petit peuple.»

 

Il n'est pas certain que «le petit peuple» – qui a appris à reconnaître sa droite de sa gauche et qui a pu, par le passé, prendre pour argent comptant certains des propos du héraut de l'autogestion – goûte cette manière de revisiter l'histoire.

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