Violences sexistes: Mahéas dispense le PS de l'exclure

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Le sénateur-maire de Neuilly-sur-Marne, condamné en 2009 pour agression sexuelle, a préféré démissionner du PS que d'être banni de ses rangs par la commission des conflits, se ménageant ainsi une porte de sortie acceptable par tous les protagonistes.

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Il est arrivé, puis reparti par une porte dérobée. Il ne sera pas sanctionné par son parti. Jacques Mahéas, le sénateur-maire socialiste de Neuilly-sur-Marne, condamné pour agression sexuelle, a préféré démissionner du PS vendredi plutôt que d'en être exclu par la commission des conflits. Une porte de sortie qui satisfait (presque) tous les protagonistes.

«Il n'y a pas de sang sur les murs. Et tout le monde est satisfait», se félicite Bernard Pignerol, président de la commission et rapporteur sur ce dossier. «Au moins, Jacques Mahéas n'est plus membre du parti socialiste», a estimé Gaëlle Lenfant, secrétaire nationale aux droits des femmes et à l'origine de la plainte avec Benoît Hamon, le porte-parole du PS.

Eux avaient alerté Martine Aubry au mois d'avril après une réunion avec plusieurs organisations féministes, dont l'AVFT, l'Association contre les violences faites aux femmes, qui avait interpellé les dirigeants socialistes sur la présence en leur sein d'un élu condamné pour violences sexistes. L'arrestation de Dominique Strauss-Kahn, accusé de viol aux États-Unis, avait ensuite considérablement médiatisé l'affaire.

Celle-ci remonte à plusieurs années, mais le PS avait jusque-là fait la sourde oreille. Mahéas a été condamné en 2009 en appel à une peine réduite de 10.000 euros d'amende pour avoir sexuellement agressé la gardienne de la mairie de Neuilly-sur-Marne. La condamnation était devenue définitive l'an passé, après le rejet de son pourvoi en cassation.

Vendredi, accompagné de trois adjoints de sa ville − dont sa propre épouse −, Mahéas a une nouvelle fois clamé son innocence devant les membres de la commission des conflits. Lui est persuadé d'être la victime d'un complot, et même de plusieurs. Selon ses proches, la gardienne de la mairie de Neuilly-sur-Marne qui avait porté plainte contre lui était en réalité «manipulée» (notamment par ses adversaires politiques).

Et pour la procédure interne au PS, Mahéas avait estimé récemment qu'il était cette fois la cible d'un «complot politique» en raison de son soutien à son «ami» François Hollande. Pour mémoire, le sénateur-maire était signataire de la motion de Bertrand Delanoë au congrès de Reims, également soutenue par le désormais candidat à la primaire. Lundi dernier, Mahéas a d'ailleurs participé à une réunion de soutien à Hollande, comme l'a révélé L'Express.

Or Hamon et Lenfant, à l'origine de la procédure, soutiennent tous les deux la candidature de Martine Aubry. «Mais quand on a écrit à Martine Aubry, on ne le savait même pas!», jure cette dernière. Pour elle, comme pour Hamon, Mahéas, condamné, portait «préjudice au parti». «On ne peut pas avoir des valeurs, se dire féministe, porter un projet où les droits des femmes font partie de nos priorités, et être au parti socialiste sans même respecter ces valeurs», explique Lenfant.

Par ailleurs, le président de la commission des conflits, Bernard Pignerol, qui travaille à la mairie de Paris, a, à l'inverse, été soupçonné de vouloir protéger Mahéas: il a en effet été son collaborateur à Neuilly-sur-Marne... «Mais c'était il y a plus de 20 ans», expliquait-il le mois dernier à Mediapart.

La menace des sénatoriales

Au bout du compte, vendredi, après l'audition des deux parties, la commission a refusé de reporter sa décision, comme Mahéas le demandait. Il a alors sorti une lettre toute prête de démission pour s'éviter l'humiliation d'une exclusion du parti dont il était membre depuis près de 40 ans. Et éviter au PS le risque d'un conflit ouvert avec une personnalité peu connue du grand public, mais influente en Seine-Saint-Denis.

Mahéas est en effet élu sans discontinuer depuis 1976. Il a testé tous les fauteuils, de conseiller général et régional à député, en passant par la mairie de Neuilly-sur-Marne où il règne depuis 1977 et le Sénat où il siège depuis seize ans. Il est aussi vice-président du Syndicat des eaux d'Ile-de-France (SEDIF) et président de l'Association des collectivités territoriales de l'Est parisien (ACTEP).

Mais le PS a décidé de ne pas le reconduire lors des prochaines sénatoriales. «Mahéas était furieux, il a menacé de faire une liste dissidente», explique un responsable socialiste. «Il sait aussi plein de choses sur plein de monde. L'exclure, c'était prendre le risque qu'il ne lâche quelques dossiers», estime un autre membre du PS.

La démission du sénateur-maire laisse en tout cas un goût amer à la directrice générale de l'AVFT, Marilyn Baldeck: «Mahéas a toujours eu la maîtrise de tout. Du temps, de l'espace. La victime a perdu son travail à la mairie, elle a dû déménager. Cette fois, il dispense aussi opportunément la commission des conflits de se positionner.»

En cas d'exclusion, cela aurait été une première dans l'histoire récente du PS, qui n'a jamais, de mémoire de dirigeant, banni un de ses membres condamné par la justice pour des violences faites aux femmes. Rien n'est d'ailleurs à ce jour expressément prévu dans les statuts du parti (comme pour de nombreuses autres formations politiques). Preuve que la question n'avait jamais été abordée aussi frontalement que ces derniers mois.

Le sénateur Jacques Mahéas, condamné pour harcèlement sexuel © rikiai

 

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Toutes les personnes citées dans l'article ont été interrogées vendredi.

L'avocat de Jacques Mahéas, Jean-Pierre Mignard, (également avocat de Mediapart) n'a pas répondu à nos sollicitations. Tout comme l'attachée parlementaire du sénateur, qui est également sa fille.