Une juste colère sociale

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Au fait, c'est quoi la gauche? Sur Mediapart, c'est le feuilleton de l'été, impulsé par les lecteurs eux-mêmes, en réaction à l'appel au suicide collectif lancé par Bernard-Henri Lévy. Et voici qu'en écho à ces débats participatifs, la réalité apporte sa réponse à la question posée: le milliard des traders de BNP Paribas face au désespoir des salariés de Molex. Réponse qui tient en deux mots: la question sociale. Plaidoyer en défense de la juste colère des salariés victimes de la crise, cette analyse soutient que la gauche, ce devrait être d'abord la défense des intérêts sociaux du monde du travail. Autrement dit des intérêts du groupe social majoritaire dans ce pays.
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Au fait, c'est quoi la gauche? Sur Mediapart, c'est le feuilleton de l'été, impulsé par les lecteurs eux-mêmes, en réaction à l'appel au suicide collectif lancé par Bernard-Henri Lévy. Ici et , des intellectuels critiques s'étonnent que la gauche de gouvernement ne cherche guère à connaître leurs réponses à cette question, ne se souvenant de leur existence qu'au moment des périls électoraux. Ailleurs, sous l'impulsion d'un historien résolument jaurèsien, Vincent Duclert, divers abonnés débattent, hors-les-murs de la vieille maison endormie sise rue de Solférino à Paris, de ce qu'est, de ce que devrait être, de ce que pourrait être et de ce que sera peut-être le socialisme. Or, en écho à ces débats participatifs, voici que la réalité, ces derniers jours, apporte sa propre réponse à la question posée. Une réponse en deux temps, le milliard des traders de BNP Paribas face au désespoir des salariés de Molex, et qui tient en deux mots: la question sociale.

 

D'un côté, une banque, BNP Paribas, qui, sans gêne aucune, augmente ses provisions d'un milliard d'euros pour mieux récompenser, fin 2009, ses traders, ces employés dont la spéculation est le métier. Dans la foulée, on apprend que l'Autorité des marchés financiers soupçonne deux dirigeants de la Société générale d'avoir bénéficié d'informations privilégiées pour réaliser des gains stupéfiants. Comme l'a expliqué Martine Orange sur Mediapart, cette arrogance, alors même que le coût social de la crise économique provoquée par les errements d'une finance déréglementée ne cesse de s'alourdir, est une attitude largement partagée au sommet du monde bancaire, parmi cette nouvelle aristocratie financière issue du dévoiement du service de l'Etat – comme nombre de leurs pairs, Baudoin Prot et Frédéric Oudéa, les dirigeants de BNP Paribas et de la Société générale sont d'anciens inspecteurs des finances, formés à l'ENA. Mais l'indignation morale est ici de peu de secours. Car ces messieurs servent, avec autant d'avidité que d'opiniâtreté, leurs intérêts, ceux d'une classe sociale, ceux du monde qu'ils enrichissent et qui les a enrichis.

 

Au jour le jour, la crise que nous traversons, historique à en croire l'ample littérature qu'elle suscite déjà, ne cesse ainsi de donner raison à Karl Marx: fondé sur l'accumulation sans freins et, pour cette raison même, porté à exploiter le travail de l'homme et à détruire les richesses de la nature, le Capital est égoïste par essence. Quand, d'aventure, il lui arrive de céder à la générosité ou au partage, ce n'est que sur la base d'un rapport de forces défavorable, sous la contrainte et dans l'obligation. Ceux qui, pour l'heure, nous gouvernent le savent pertinemment. Et s'ils se sont bien gardés d'accompagner leurs aides faramineuses au secteur bancaire de la moindre disposition contraignante – après tout, la gamme est large, de la représentation de l'Etat dans les conseils d'administration jusqu'à la nationalisation de tout ou partie du crédit –, c'est simplement qu'ils servent les mêmes intérêts sociaux. Leurs cris d'orfraie d'aujourd'hui ne sont que larmes de crocodile: loin de pleurer leur propre imprévoyance, ils se contentent de dissimuler leur consentement à cette hypocrisie.

 

Pour les uns comme pour les autres, politiciens démagogiques ou financiers affairistes, la crise actuelle, tout à la fois économique, financière et écologique, ne saurait être systémique, sauf à penser non seulement contre eux-mêmes mais contre le capitalisme en tant que tel. Aussi feront-ils tout ce qui est en leur possible pour qu'elle ne soit qu'un moment darwinien d'adaptation où l'essentiel est de survivre selon les vieilles recettes de la privatisation des bénéfices et de la socialisation des pertes. Tout en profitant de tous les avantages et protections d'un modèle français qu'ils entendaient démolir systématiquement hier et dont les mécanismes de redistribution limitent aujourd'hui les dégâts, ils n'auront de cesse non seulement de se refaire, mais de retrouver des marges, en utilisant la crise comme levier d'action face à un monde du travail sur la défensive.

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Sous l'onglet "Prolonger", on trouvera plusieurs liens donnant un aperçu du traitement par Mediapart de la question sociale, telle qu'elle se pose et se vit dans la crise. Cette analyse fait suite à ma Lettre à ces socialistes qui nous désespèrent, suivie, sur Mediapart, d'un large débat animé par les contributions de nos abonnés. Sa place, de plus en plus indispensable, dans l'animation de cette réflexion fait que Mediapart a été invité à participer, en toute indépendance, liberté de propos et d'esprit, à diverses rencontres lors des universités d'été de la fin août.

Nous serons donc présents:

- à l'université d'été des Verts à Nîmes, le jeudi 20 août

- aux ateliers d'été de L'espoir à gauche à Marseille, le vendredi 21 août

- à l'université d'été du NPA à Port Leucate, le mardi 25 août

- aux rencontres de la C6R à Jarnac, le mercredi 26 août (et, bizarrement, cela ne plaît pas à tout le monde...)

- au séminaire organisé par le secrétariat à la rénovation du PS, à Jarnac encore, le jeudi 27 août

- à l'universirté d'été du Parti socialiste à La Rochelle, vendredi 28 août

- à l'université d'été du Parti communiste au Vieux-Boucau, le samedi 29 août.

Il va de soi, mais toujours mieux en le disant, que Mediapart répondra favorablement à d'autres invitations similaires, venues d'autres formations politiques nationales, dans le respect du pluralisme et du contradictoire.