Financement de campagnes: le Front national mis en examen

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Le Front national a été mis en examen mercredi pour « recel d'abus de biens sociaux » et « complicité d'escroqueries », dans l'enquête sur le financement de ses campagnes législatives de 2012. Marine Le Pen dénonce à nouveau une « volonté politique de nuire au FN ».

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« Je persiste à vous dire que nous n’avons strictement rien à nous reprocher dans le processus de financement des élections », avait redit Marine Le Pen au mois de mai, lors de la mise en examen de son micro-parti, Jeanne. Le Front national va désormais devoir le démontrer : mercredi, le parti d’extrême droite a été mis en examen comme personne morale pour « recel d’abus de biens sociaux » et « complicité d’escroqueries ».

Au cœur de cette enquête judiciaire, ouverte en avril 2014, le financement des campagnes du Front national, et notamment des élections législatives de 2012. Les juges soupçonnent les responsables de Jeanne et son prestataire, la société de communication Riwal, d’avoir mis sur pied un système d’enrichissement illégal, avec de l’argent public. Ils estiment à 10 millions d'euros les sommes détournées par Jeanne et Riwal. Deux personnes morales (Jeanne et Riwal) et six personnes ont déjà été mises en examen dans cette affaire, dont Jean-François Jalkh, vice-président du FN, Frédéric Chatillon, patron de Riwal et proche de Marine Le Pen, et les trésoriers de Jeanne.

Les magistrats soupçonnent un financement illégal du Front national par Riwal, via des services consentis au FN et à Jeanne : surfacturation, mise à disposition de locaux et d’auto-entrepreneurs, crédits fournisseurs, etc. Le but, selon les juges : majorer les dépenses électorales que l'État remboursera au FN et ses candidats (lire les détails en page 2).

Cette mise en examen est embarrassante pour Marine Le Pen, qui a fondé une partie de son succès sur la dénonciation des affaires et ennuis judiciaires des autres partis. À trois mois des régionales, ce nouvel épisode judiciaire est une mauvaise publicité pour le FN, déjà enlisé dans le conflit avec Jean-Marie Le Pen. Les dirigeants du Front national ont aussitôt annoncé qu'ils comptaient faire appel de cette décision, et dénoncé le « vide » du dossier.

Jusqu’à présent, ils s’étaient contentés d’expliquer qu’ils n’avaient « rien à se reprocher », tout en répondant à la presse vouloir « réserver [leurs] explications détaillées aux magistrats ». Désormais directement mis en cause, le parti a décidé de « mettre le paquet », explique à Mediapart son trésorier, Wallerand de Saint-Just. Mais pas au point d'envoyer sa présidente au pôle financier, mercredi matin. Pour représenter le parti devant les juges, Marine Le Pen a mandaté le trésorier du FN, qui sera lui-même entendu le 21 septembre.

Redoutant une mise en examen, le parti a organisé une contre-attaque médiatique. Mercredi matin, Marine Le Pen a dénoncé une « volonté politique de nuire au FN », « notamment par le parquet de Christiane Taubira ». La commission nationale des comptes de campagne a déjà vérifié les comptes du parti « à cinq reprises, cinq élections différentes », a-t-elle redit.

Marine Le Pen et le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, au congrès du FN, en novembre 2014. © Reuters Marine Le Pen et le trésorier du FN, Wallerand de Saint-Just, au congrès du FN, en novembre 2014. © Reuters

La veille, elle avait missionné son trésorier pour organiser une conférence de presse afin de dénoncer un « acharnement » judiciaire et de marteler que « le dossier [était] vide ». À ce point presse était présent le sulfureux Axel Loustau, trésorier de Jeanne et ancien militant du GUD, d’habitude cantonné aux coulisses. « Il y a une volonté de tous de se réunir pour se défendre ensemble, explique à Mediapart Wallerand de Saint-Just. On en a ras-le-bol de se faire accuser de choses mensongères, surtout par Mediapart ! Là on s’organise. »

Le trésorier du FN a également annoncé qu’il avait assigné l’État en justice le 28 août pour avoir été poursuivi pour un délit qui n'est plus puni depuis la loi dite “Cahuzac” de 2013. Il dénonce une « faute lourde » et réclame, pour ce « grand préjudice », 200 000 euros de dommages et intérêts.

En mars, le parquet avait élargi l’enquête aux délits de « financement illégal de parti politique ou de campagne électorale », et d'« acceptation par un parti d'un financement provenant d'une personne morale ». Sauf que depuis 2013, ce dernier délit n’est plus puni par la loi. Une bourde législative qui avait complètement échappé aux magistrats, et que Wallerand de Saint-Just a sortie de son chapeau lors de son audition, en juin. L'erreur profite grandement au Front national.

Mais l’affaire a rebondi mi-juin : le parquet a requis de nouvelles poursuites, suggérant aux juges de mettre en examen le Front national pour « recel d’abus de biens sociaux » et « complicité d’escroqueries ». Cette décision a mis les dirigeants du parti dans une colère noire. « Je trouve scandaleux qu’après l’énorme erreur qu’il a commise, le procureur demande la mise en examen du Front national », s’indigne Wallerand de Saint-Just.

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