Le PCF tente de réduire ses fractures à la fête de l’Humanité

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Après un printemps de luttes sociales et avant l’échéance de la présidentielle, le Parti communiste compte ses forces à la fête de l’Humanité. En espérant oublier pour quelques heures l’ombre menaçante du candidat Mélenchon décidé à faire cavalier seul à la présidentielle. Les militants se raccrochent aux mobilisations sociales qui approchent.

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Il reste bien quelques planches à clouter pour achever les stands, des toilettes mobiles à poser aux intersections des avenues qui sectionnent le parc Georges-Valbon et de menus réglages sonores à effectuer sur la grande scène. Mais depuis des jours déjà, les militants communistes sont arrivés de tout l’Hexagone pour leur grand barnum annuel. Véronique s’accorde un peu de repos à la buvette de la section de Rouen. « Le peuple va devoir prendre de bonnes décisions aux prochaines élections, sinon on va droit dans le mur », souffle-t-elle. « Je suis élue d’opposition dans la ville cheminote de Sotteville-lès-Rouen, contrôlée par le Parti socialiste. Le climat y est très difficile avec ce gouvernement qui se dit de gauche mais qui mène une politique de droite. Quant à Mélenchon, il utilise le PCF quand il en a besoin, avant de lui tourner le dos. Mais qu’importe au fond la question de la personnalité des candidats à la présidentielle, ce qu’il faut, c’est débattre des idées. »

Montage de la fête de l'Humanité, le 7 septembre © Laurent Geslin Montage de la fête de l'Humanité, le 7 septembre © Laurent Geslin

Depuis des mois, la direction du Parti communiste français (PCF) navigue à vue, prônant une union de toutes les forces à gauche du Parti socialiste, sans rencontrer la source tant espérée dans le désert politique français. « J’alerte sur les dangers de la division de la gauche et sur le besoin de s’unir pour offrir une alternative au pays », écrivait le secrétaire général Pierre Laurent, dans une tribune publiée le 7 septembre dans Le Monde. « Si chacun croit pouvoir capter à lui seul l’affaiblissement du président sortant sans dynamique unitaire, tous se trompent. » En attendant un éventuel rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon, décidé à faire cavalier seul à la présidentielle et qui a promis de présenter 577 candidats aux législatives qui suivront, après des appels du pied en direction d’Arnaud Montebourg, de Benoît Hamon ou des Verts, la direction du mouvement répète à l’envi que l’essentiel est de tirer les conclusions de la grande consultation citoyenne qui entend recueillir cet automne l’avis de 500 000 personnes pour « reconstruire un projet de gauche ». Avant d’annoncer le 5 novembre prochain la stratégie électorale choisie.

« Marie-George Buffet est bien gentille, mais si le parti décide de rouler pour Mélenchon, je voterai blanc au premier et au second tour », estime Bruno, venu lui aussi de Rouen. « Malgré ses positions de principe, il est resté socialiste. On ne peut pas avoir confiance en ces gens-là. Mélenchon continue l’œuvre de François Mitterrand pour nous enterrer. » Une position tranchée loin de faire l’unanimité au sein du mouvement, certains cadres militant pour un rapprochement avec le candidat de « la France insoumise ». Outre l’ancienne secrétaire générale, tête de liste du PCF à la présidentielle de 2007, plusieurs élu(e)s et maires ont publié le 7 septembre une tribune pour faire « front commun », en appelant à « l’esprit de responsabilité et d’audace ». De quoi ajouter à la confusion ambiante dans les travées de la Fête. « On ne sait plus faire de la politique, il n’y a plus d’idées directrices, on présente des têtes censées devenir nos sauveurs, mais le fond est absent », se désole Annick, militante historique de Nanterre. « Les télévisions ont aussi un rôle dans l’appauvrissement du débat. Lors des universités d’été du Parti, fin août à Angers, plus de 700 personnes ont réfléchi ensemble et il n’y avait rien dans les médias ! »

Camille Lainé © Laurent Geslin Camille Lainé © Laurent Geslin
Faute d’un candidat adoubé par le parti, les militants se raccrochent aux mobilisations sociales qui approchent, en premier lieu la prochaine manifestation contre la loi sur le travail« Le 15 septembre prochain, on passe à l’offensive », prévient Camille Lainé, secrétaire général des Jeunes Communistes. « Leffervescence de l’automne a libéré une énergie formidable, nous avons eu 2 000 nouvelles adhésions entre mars et juillet 2016, dont beaucoup de jeunes de 17 ou 18 ans. La période de discussions qui s’ouvre avant la présidentielle doit permettre de remettre au centre des débats les préoccupations de la jeunesse. » Sur le stand du mouvement, situé traditionnellement en face de la grande scène, devant l’allée rebaptisée avenue Marwan-Barghouti en l’honneur du militant palestinien emprisonné depuis 2004, on achève de peindre le bar et de mettre en place les derniers fûts de bière. « Nous voulons nous appuyer sur les nouvelles formes de mobilisation comme Nuit debout, qui ont émergé ces derniers mois et dont l’action n’est pas en contradiction avec l’organisation politique. »

La tente des Jeunes communistes de Marseille © Laurent Geslin La tente des Jeunes communistes de Marseille © Laurent Geslin

Un peu plus loin, la tente des JC de Marseille bourdonne d’activité. Arrivés dans la nuit, après une journée passée sur la route, Marius et les autres tendent les toiles des banderoles. « Hier, c’était l’enfer pour se sortir des embouteillages », glisse le jeune homme de 20 ans, étudiant en licence trois de mathématique et ouvrier du livre pour payer son loyer. « Je ne soutiendrai pas Mélenchon, trop populiste. Je ne veux pas voter pour le “moins pire” et je suis opposé sur le principe à ces élections, où les candidats ne font qu’œuvrer à la reproduction de la démocratie bourgeoise. Personne ne propose de récupérer les moyens de production pour le peuple. » Depuis quelques mois, les inscriptions aux JC sont également en hausse à Marseille, où l’organisation compte 60 membres, et 200 dans les Bouches-du-Rhône. « Quand on va tracter dans les quartiers populaires, on voit bien que notre combat intéresse. Il faut maintenant trouver un moyen de mobiliser les foules et de montrer que le FN essaie de diviser les travailleurs. Je ne jette pas la pierre à ceux qui sont tentés par l’extrême droite, j’essaie au maximum de discuter avec eux pour déconstruire leurs arguments. »

Ancienne professeur d’anglais à la retraite, Jacqueline a rendu sa carte il y a quelques années, lassée de constater que le parti n’a pas su anticiper l’évolution de la société ces trois dernières décennies. « L’appel à voter Mélenchon, c’est un appel au secours face à l’agressivité de la droite et face aux trahisons des socialistes », regrette-t-elle. « Est-il vraiment nécessaire de se vendre pour un plat de lentilles, afin de sauver nos derniers bastions ? Ne vaudrait-il pas mieux reconstruire quelque chose à partir de la base, pour proposer un programme clair qui puisse fonder un nouveau mouvement d’avenir ? » Les temps sont durs donc, mais la fête de l’Humanité continue de rassurer, comme un foyer où se tenir en cercle quand la nuit vient. « Après l’été pourri que nous avons traversé, après la polémique du burkini, après le cirque de Macron, se rassembler entre militants de gauche, cela redonne tout de même une bouffée d’oxygène. »

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