Houari Guermat, candidat à Saint-Denis et «marchand de sommeil» à Mantes-la-Jolie

Candidat de la droite et du centre à la mairie de Saint-Denis, Houari Guermat est aussi multipropriétaire à Mantes-la-Jolie, où il cumule une dette de plus de 66 000 euros vis-à-vis de sa copropriété. Il a été plusieurs fois condamné par la justice. Il promet de rembourser.

Nassira El Moaddem

10 mars 2020 à 12h57

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Une semaine avant le premier tour des élections municipales, Houari Guermat, prétendant de la droite et du centre à la mairie de Saint-Denis, a voulu frapper fort en matière d’habitat : arrêt de la préemption, lutte contre les marchands de sommeil et les logements insalubres. Mais ces déclarations, faites lors d’un débat organisé par le Journal de Saint-Denis, pourraient directement le concerner.

En effet, si Houari Guermat, qui avait recueilli 8,78 % des voix au premier tour en 2014 sous l’étiquette UMP/UDI, est connu pour être propriétaire d’une crêperie dans la plus grande ville du 93, il l’est également à l’autre bout de la région parisienne, à Mantes-la-Jolie, sous-préfecture des Yvelines. Mais dans un contexte bien plus polémique.

Au 7, rue Pierre-de-Ronsard, au pied de la dalle commerciale du Val-Fourré, le nom de Houari Guermat résonne dans la tête de beaucoup d’habitants. C’est ici, dans la tour Neptune de 17 étages et 72 logements, construite en 1971, qu'il possède quatre biens : 1 F3 et 3 F4. Ces lots dans une des copropriétés dégradées du quartier, il les détient via quatre sociétés civiles immobilières dont il est le gérant depuis 2003 et qui ont leur siège social à Saint-Denis.

Chaque trimestre, il doit s’acquitter de charges de copropriété. C’est la loi du 10 juillet 1965. Sauf que le candidat à la mairie de Saint-Denis ne paie pas, alors que les locataires de ses quatre logements lui versent leurs loyers. 

Ainsi, selon notre enquête, au 1er mars 2020, Houari Guermat cumule un total de 66 298,45 euros de dettes de charges non payées à la copropriété Neptune. Cette somme fait du candidat de la droite et du centre à la mairie de Saint-Denis le copropriétaire le plus endetté de la tour Neptune de Mantes-la-Jolie.

Au Val-Fourré, à gauche la tour Jupiter, à droite la tour Neptune. © Nassira El Moaddem

Rencontré lundi 9 mars 2020 à Saint-Denis, Houari Guermat a commencé par nier détenir un patrimoine immobilier avant de reconnaître posséder « deux F4, dans une autre ville, dans les Yvelines, pour de l’investissement locatif ». Et les deux autres ? « Ils seront bientôt vendus, dans une semaine, à 62 500 euros chacun, afin de purger ma dette, assure à Mediapart le candidat à la mairie de Saint-Denis. Si vous revenez dans une semaine, il n’y aura plus ces problèmes-là. »

Quant à sa dette de charges qui paralyse la copropriété Neptune, Houari Guermat plaide un « accident de la vie, un divorce qui coûte cher » sans en dire plus et accuse « un syndic qui ne lui envoyait pas les courriers des charges ». « Ce n’est qu’au bout de dix-huit mois que j’ai découvert que j’avais des dettes»

Impossible de poursuivre notre entretien, Houari Guermat étant parti soudainement au bout de dix minutes d’interview : « Vous faites les poubelles, je n’aime pas trop votre enquête à charge contre moi. »

Ces dernières années, le conseil syndical a lancé plusieurs procédures judiciaires à son encontre. D’après nos informations, le 21 juillet 2014, le tribunal de Mantes-la-Jolie a condamné le candidat à la mairie de Saint-Denis à payer ses arriérés de charges ainsi que des dommages et intérêts au syndicat de copropriétaires. En vain. 

Le 10 décembre 2015, le syndic de gestion Foncia Boucles de Seine a fait signer à Houari Guermat un accord sur un échéancier de 2 000 euros par mois, engagement là encore non respecté par Houari Guermat.

Trois ans plus tard, le 20 décembre 2018, c’est le tribunal de Versailles qui, à son tour, a condamné Houari Guermat. Selon le jugement que nous nous sommes procuré, « les manquements répétés […] à son obligation essentielle à l’égard du syndicat des copropriétaires de régler les charges de copropriété sont constitutifs d’une faute qui cause à la collectivité des copropriétaires […] un préjudice financier, direct et certain ». 

À ce jour, Houari Guermat a toujours ignoré toutes ces condamnations judiciaires. Le 20 janvier 2020, Foncia lui a adressé, en recommandé, une dernière mise en demeure de payer, restée aussi sans réponse.

« C’est une difficulté régulière pour les syndics de copropriétés de percevoir les versements des mauvais payeurs, même après une condamnation de justice », reconnaît Foncia Boucles de Seine. Selon le document de suivi du plan de sauvetage de Neptune, s’agissant de Houari Guermat, « une des problématiques majeures est la présence d’un multi copropriétaire bailleur organisé en SCI pour qui le recouvrement s’avère complexe malgré l’obtention de titres exécutoires ».

Les 66 298,45 euros d’arriérés de charges de Houari Guermat pèsent énormément sur l’ensemble de la copropriété : ils représentent à eux seuls 30 % de la dette totale des impayés de charge de Neptune qui s’élève au 2 mars 2020 à 217 901,54 euros. Face à cette situation financière, la copropriété a été placée en plan de sauvegarde en 2015.

« Le problème, c’est qu’en ne payant pas, Houari Guermat fait peser sur les autres copropriétaires la charge de sa dette, fait savoir un membre du conseil syndical de la tour Neptune, souhaitant rester anonyme. Pour compenser ses impayés et boucler notre budget, nos charges augmentent. Ce n’est pas à nous de payer pour les fautes des autres ! »

Pour faire face, plusieurs avances de trésorerie exceptionnelles ont été votées en assemblée générale. Quant aux travaux décidés, ils ne pourront commencer que lorsque les finances de la copropriété seront assainies. « C’est une spirale infernale qui nous met en danger », s’insurge un des copropriétaires. 

Mais les difficultés causées par Houari Guermat à la tour Neptune ne se sont pas arrêtées là. Selon notre enquête, trois de ses quatre logements ont été frappés d’insalubrité ces dernières années, avant que les travaux ne soient finalement engagés. 

Le 23 juin 2016, la ville de Mantes-la-Jolie a réalisé une enquête d’insalubrité dans l’appartement de Houari Guermat du 16e étage de la tour Neptune et loué par une famille nombreuse avec enfants. Selon le rapport de visite que nous nous sommes procuré, les services hygiène de la municipalité ont noté plusieurs infractions : dysfonctionnement du système de renouvellement d’air ; nécessité de réparer ou remplacer les menuiseries vétustes ; fuite au niveau du raccordement des W.-C. sur la colonne de chute exposant à une prolifération microbienne ; humidité importante dans la salle de bains.

« Ces locaux exposent les occupants à des risques pour leur santé auxquels il est indispensable de mettre fin », conclut le rapport qui juge le logement « insalubre remédiable ». Deux arrêtés préfectoraux sont pris les 19 décembre 2016 et 2 janvier 2017, enjoignant à Houari Guermat de faire les travaux nécessaires. Quatre autres arrêtés d’insalubrité ont été pris à la même période sur deux autres appartements de Houari Guermat de la tour Neptune.

Depuis, constatant que les travaux exigés avaient été réalisés, les autorités ont levé les six arrêtés d’insalubrité.

Des locataires de Houari Guermat qui nous ont reçus nous ont indiqué avoir été contraints de financer eux-mêmes plusieurs travaux depuis leur entrée dans les lieux, comme la réfection des murs et des sols dégradés, la remise en état d’une cuisine… « On ne parle pas bien le français, on ne connaît pas bien les droits ici, c’est difficile de trouver un logement », affirme l’un d’entre eux. Plusieurs étaient pétrifiés à l’idée de parler à la presse.

Les familles de locataires occupant les quatre appartements de Houari Guermat sont toutes des familles kurdes arrivées en France il y a quelques années.

« C’est un cas typique de marchand de sommeil de copropriété, qui ne paie pas ses charges, qui touche ses loyers sans aucun problème, mais qui ne répond strictement à aucun courrier, qu’on ne voit pas et que la copropriété n’arrive pas à coincer malgré les décisions de justice », réagit auprès de Mediapart Jean-Luc Santini, maire adjoint LR de Mantes-la-Jolie, en charge de l’immobilier foncier et aux côtés du conseil syndical dans ses démarches.

Le diagnostic est partagé par un des copropriétaires qui espère beaucoup du plan national d’aide aux copropriétés en difficulté signé par le ministre du logement Julien Denormandie à Mantes-la-Jolie en décembre 2019. En attendant, une nouvelle audience est prévue le 28 mai 2020, devant le tribunal de Versailles.

Nassira El Moaddem

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