Primaire du PS: Benoît Hamon emprunte la voie de gauche

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Au lendemain d'une prestation plutôt réussie, selon ses proches, sur France 2, le candidat de l’aile gauche du PS pour la primaire était à Rennes vendredi. Un déplacement sur le thème de la santé et un meeting lors duquel il a répété son credo : incarner un PS de gauche.

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« Pour moi, aujourd’hui, c’est le lancement officiel de la campagne. » Benoît Hamon, de l’aile gauche du PS, ne boudait pas son plaisir vendredi matin. À l’occasion d’une conférence de presse convoquée à son QG de campagne, au 11e étage de la tour Montparnasse dans le XIVe arrondissement de Paris, le candidat de l’aile gauche du PS annonçait officiellement le dépôt de sa candidature. « J’ai coché toutes les cases » des parrainages, a déclaré crânement Benoît Hamon : à savoir le nombre requis de parlementaires, mais aussi de membres titulaires du conseil national du PS, de maires des villes de plus de 10 000 habitants et, last but not least, de conseillers régionaux ou départementaux. La veille, invité de France 2 pour son émission politique un peu à la dernière minute – François Hollande était d’abord prévu, puis Manuel Valls qui a décliné –, le député avait pu développer sur plus de deux heures les grands axes de son programme, sans fausse note, au vu des réactions. « Je sens que ça monte », lance-t-il aux journalistes présents en nombre vendredi matin. 

De fait, à six jours de la clôture officielle des candidatures à la primaire du PS, baptisée « primaire de la Belle Alliance populaire », les choses commencent à s’éclaircir. Marie-Noëlle Lienemann, la sénatrice de Paris, a finalement annoncé qu’elle renonçait dans Le Monde ; il n’est pas évident que Gérard Filoche ait ses signatures ; à quoi s’ajoute la volonté d’Arnaud Montebourg de se recentrer. Tout ceci dégage une voie pour incarner le candidat de la gauche du PS. Hamon a par ailleurs trouvé la parade à l’éventuelle candidature, largement improvisée, de l’eurodéputé Vincent Peillon. « Il devra répondre à la double question : pour quoi dire et pour quoi faire », a-t-il expliqué vendredi matin à son QG. Quant au duel annoncé par les médias, celui de Montebourg contre Valls, il « n’agace pas du tout » le député : « J’ai même envie de dire “continuez”. »

Benoît Hamon lors de sa conférence de presse vendredi matin à son QG © CG Benoît Hamon lors de sa conférence de presse vendredi matin à son QG © CG

La petite musique qui monte le présente comme le potentiel François Fillon de la primaire du PS. Mais ses proches n’apprécient pas forcément la comparaison. Certes, ils verraient bien leur champion créer la surprise au soir du premier tour de la primaire. Mais la comparaison avec le candidat de la droite le plus dogmatique de ces dernières années freine leurs ardeurs métaphoriques. Dès lors, dans cette campagne, Benoît Hamon fait du Benoît Hamon.

Ce fut le cas vendredi soir, à la réunion publique qu’il animait à Rennes, au Café des champs libres. Devant une salle remplie, notamment de jeunes – étudiants et actifs –, le candidat Hamon a déroulé les grandes lignes de son programme : le revenu universel d’existence (lire notre article ici), la mise en place d’une cotisation sur les robots qui remplacent des humains, la lutte contre le réchauffement climatique et notamment contre les perturbateurs endocriniens. Ceux qui l’avaient vu la veille sur France 2 n’ont pas appris énormément. 

Benoît Hamon lors de sa réunion publique à Rennes vendredi 9 décembre © CG Benoît Hamon lors de sa réunion publique à Rennes vendredi 9 décembre © CG

« Des gens m’ont conseillé de faire président, sinon ça ne marche pas », a-t-il lancé au public. Avant de développer : « Tous les cinq ans, on retombe dans le piège de l’homme providentiel. On a eu à chaque fois des candidats providentiels, et jamais de président providentiel. » Puis de citer Victor Hugo : « Un lion qui imite un lion est un singe » (la citation exacte est : « N’imitez rien ni personne. Un lion qui copie un lion devient un singe »). 

Il n’empêche, dans cette campagne de la primaire, Benoît Hamon est à deux doigts de passer pour le candidat normal, si le terme n’avait pas déjà qualifié François Hollande en 2012. Ainsi lors de son meeting, lorsqu’il admet : « Je fus croyant, mais je ne le suis plus, dans ce mythe de la croissance », ou lorsqu’il lance : « Je ne prétends pas que j’ai la vérité, je ne dis pas que les autres mentent, mais voilà ce que je propose. » La salle l’écoute attentivement, mais sans jamais non plus se laisser embarquer par l’emphase. Peut-être le format choisi – dans un café, sans estrade, avec un jeu de questions-réponses à la fin – joue-t-il. Peut-être Benoît Hamon se réserve-t-il pour son grand meeting au gymnase Japy, à Paris dans le 11e, le 14 décembre. Peut-être, enfin, Benoît Hamon et ses équipes ont-ils anticipé le fait que les électeurs de gauche attendent plus de fond que de forme – le parallèle avec François Fillon à droite revient ici plus fort que jamais – et ont-ils décidé de jouer la primaire de cette façon : un candidat ancré dans son parti et qui porte ses attentes. 

Benoît Hamon lors de sa réunion publique à Rennes vendredi 9 décembre © CG Benoît Hamon lors de sa réunion publique à Rennes vendredi 9 décembre © CG

Le programme de son déplacement à Rennes conforte cette idée. Sur le thème de la santé, Benoît Hamon a d’abord rencontré les membres de l’association L’Antre 2 Café, un groupe d’entraide mutuelle (GEM) destiné aux handicapés psychiques. Le candidat n’y était pas pour donner des solutions, mais pour écouter et tenter de comprendre : ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas. Direction ensuite une maison pour personnes âgées, pour une visite éclair. L’association Siel bleu y vient une fois par semaine, faire faire du sport aux pensionnaires. Benoît Hamon assiste à un bout de séance, discute avec la directrice, visite une partie des bâtiments et repart bien vite en scooter. Troisième étape à la maison de quartier de Villejean, cette fois-ci en compagnie de médecins qui ont créé une maison de santé commune avec l’objectif de fournir un lieu unique pour tous les soins du quotidien. Ces rencontres devraient nourrir le programme du candidat. Dont la partie « santé et sécurité sociale » sera justement rendue publique lundi.

Ce chapitre viendra s’ajouter au deux chapitres précédents : les institutions et l’écologie. Autant de marqueurs de gauche dont les résultats de la primaire diront s’ils sont pertinents.

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