PSA, Fralib, Doux : trois dossiers lourds pour Montebourg

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Le rapport commandé par le gouvernement sur PSA a été rendu. Certes, le plan de suppression de 8 000 postes et la fermeture du site d'Aulnay sont jugés aujourd'hui inévitables, mais la faute en revient principalement à la stratégie du groupe. Lundi, le couperet tombait sur le pôle frais de Doux : plus de 800 emplois sacrifiés. Quant à Fralib, l'intransigeance d'Unilever complique la donne pour le projet de Scop des salariés.

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Trois dossiers emblématiques se télescopent dans les agendas médiatique et politique ces derniers jours : PSA, avec la publication ce mardi du rapport Sartorius demandé par le ministre du redressement productif Arnaud Montebourg ; Doux, dont la décision lundi du tribunal de commerce a mis de fait un millier de salariés sur le carreau ; Fralib enfin, l'usine occupée depuis plus d'un an par les salariés.

Sur le papier, trois dossiers sur mesure pour permettre à Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, de montrer ce qu'il peut faire. Dans les faits, les trois conflits sont jugés suffisamment importants pour qu'une cogestion informelle s'organise entre Montebourg et l'Élysée.

Ainsi, en déplacement à Rennes ce mardi, François Hollande doit rencontrer des salariés de PSA et de Doux. Le 31 août dernier, ce sont trois conseillers, deux pour l'Élysée et un pour Montebourg, qui recevaient une délégation de Fralib.

Quoi qu'il en soit, l'accélération ces derniers jours de ces trois dossiers met la pression sur le ministre, chantre de la réindustrialisation de la France. Passage en revue.

PSA, un plan rendu inévitable

Le rapport Sartorius est tombé. Certes, la direction de PSA peut souffler : son plan massif de réduction de 8 000 postes est présenté comme inévitable : « Dans l'immédiat, PSA doit d'urgence redresser la situation. C'est l'ambition du plan que le groupe vient de présenter. Il doit aussi convaincre que son plan de restauration de son équilibre financier est le gage d'un redressement durable. En ce sens, la nécessité, dans son principe, d'un plan de réorganisation des activités industrielles et de réduction des effectifs n'est malheureusement pas contestable. »

Mais la direction ne ressort pas indemne du rapport, loin de là. En fait, l'ingénieur des Mines chargé par Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif, d'établir un diagnostic du massif plan social – qui prévoit la fermeture du site d'Aulnay-sous-Bois – annoncé au printemps, ne se prive pas de cogner, et fort, sur la gestion du groupe.

Le manque d'internationalisation du groupe est ainsi pointé : PSA n'est que huitième constructeur mondial. « La direction de PSA semble aussi avoir manqué d'ambition dans l'internationalisation du groupe », relève Emmanuel Sartorius. Qui explique : le marché européen pèse pour la moitié des ventes du groupe, alors même que, dans sa volonté de rester un constructeur généraliste, il se retrouve « pris en tenailles entre les voitures produites à bas coût en Europe centrale et orientale, d'un côté, et les constructeurs allemands premium ». En outre PSA a trop tardé à former des alliances. Il a ainsi attendu le début d'année pour s'allier avec General Motors. Le groupe est du coup très faible sur les marchés chinois ou d'Amérique latine, et quasiment absent en Amérique du Nord.

Ce qui fait dire au rapport que les 200 millions d'euros de liquidités consommés chaque mois ne suffisent pas à expliquer les difficultés du groupe.

Côté financier, le rapport est d'ailleurs très critique. Six milliards d'euros ont été consacrés, entre 1999 et 2011, au versement de dividendes et en rachats d'actions : « Le groupe PSA a distribué des dividendes pour un montant total de 2,8 milliards d'euros, tout en menant simultanément un programme de rachat d'actions pour 3 milliards d'euros qui a permis aux actionnaires historiques de remonter au capital du groupe », écrit Sartorius. Alors même que les concurrents de PSA, Renault et Volkswagen, investissaient, eux, les nouveaux marchés. En 2011, le groupe a ainsi consacré 450 millions d'euros au versement de dividendes, une décision « inopportune » qui a « privé le groupe de ressources financières ».

Pour l'expert, cette décision montre « un manque d'anticipation du retournement du marché qui était alors en train de se produire. Ensuite, elle a privé le groupe de ressources financières commensurables aux plans d'économie qu'il a dû mettre en œuvre fin 2011 et début 2012 ». Ce plan se montait à 1 milliard d'euros.

Revenant plus particulièrement sur le choix de fermer le site d'Aulnay-sous-Bois, Emmanuel Sartorius n'est pas plus compréhensif. D'abord, il estime que PSA a commis une erreur en équipant ses usines pour construire 4 millions de véhicules par an, alors qu'il n'en a jamais vendu plus de 3,6 millions. Ce qui rend « nécessaire » aujourd'hui « la réduction de la capacité actuelle de montage automobile (...) pour préserver (sa) compétitivité ».

Ensuite, Sartorius s'interroge. Pourquoi PSA a-t-il choisi Aulnay plutôt que son usine madrilène ? Le constructeur se voit ainsi reprocher de ne pas avoir « préalablement mené, sur l'avenir de ses sites industriels, une réflexion d'ensemble qui laisserait aujourd'hui davantage d'options pour faire face à sa situation actuelle de surcapacité ».

L'usine de Madrid est « une usine ancienne, de petite capacité, située en ville, ce qui pose des problèmes logistiques. Elle n'emploie plus que 2700 personnes, contre 3100 en 2007, et ne produit que des 207. Pourtant, PSA a décidé il y a plusieurs années d'y assembler un nouveau véhicule, le E cube. Les investissements correspondants ont été entrepris dès 2009. PSA peut donc affirmer aujourd'hui qu'arrêter l'usine de Madrid induirait 250 millions d'euros de dépenses de lancement et retarderait le lancement de l'E cube de deux ans.(...) on peut regretter qu'avant d'engager ces investissements à Madrid, PSA n'ait pas mené, sur l'avenir de ses sites industriels, une réflexion d'ensemble qui laisserait davantage d'options pour faire face à sa situation actuelle de surcapacité et à un marché automobile européen très inférieur aux prévisions. Le dialogue social doit permettre d'apporter des précisions sur ces points. »

Sur le plan lui-même, Sartorius liste une série de réserves, dont celles-ci : « les mesures du plan doivent être limitées strictement à ce qui est nécessaire au redressement de l'entreprise » et « l'affectation d'un nouveau modèle à Rennes et les investissements qui y sont liés doivent être garantis ».

Conclusion de l'expert : « L'histoire aurait pu être écrite de façon différente si la direction de PSA avait entamé en amont un dialogue transparent avec les partenaires sociaux et les pouvoirs publics. »


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