Penelope Fillon et son emploi fictif: Marc Ladreit de Lacharrière plaide coupable

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Les salaires versés à Penelope Fillon relevaient bien d’un emploi fictif, a admis le propriétaire de La Revue des Deux Mondes, Marc Ladreit de Lacharrière, qui a accepté ce mardi une condamnation légère dans une procédure de plaider-coupable.

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Ce n’est pas à proprement parler une bonne nouvelle pour François et Penelope Fillon. Alors que les investigations qui visaient l’ancien premier ministre et son épouse ont été déclarées closes par les juges d’instruction le 19 octobre dernier, un pan de leur défense vient littéralement de s’effondrer. Le financier Marc Ladreit de Lacharrière, propriétaire de La Revue des Deux Mondes, a en effet sollicité récemment une procédure de comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC), et vient d’accepter la sanction qui lui a été proposée.

Marc Ladreit de Lacharrière. © Reuters Marc Ladreit de Lacharrière. © Reuters
Ce mardi, lors d’une audience d’homologation conduite par le président du tribunal de grande instance de Paris, Jean-Michel Hayat, le financier a accepté sa condamnation pour « abus de biens sociaux » à une peine de huit mois de prison avec sursis (sur cinq ans encourus), et une amende de 375 000 € (le maximum encouru), sans inscription au casier judiciaire (B2). Ce qui lui évite un procès plus long, et potentiellement plus risqué.

Marc Ladreit de Lacharrière a admis avoir rémunéré Penelope Fillon à la demande de son mari, en tant que conseiller littéraire, pour un montant total de 135 000 € pour les années 2012 et 2013. Une rémunération qui ferait rêver tous les collaborateurs de La Revue des Deux Mondes. L’enquête n’a permis de retrouver que quelques notes de lecture rédigées par Penelope Fillon, dont les émoluments ont finalement été considérés comme surévalués en 2012, et injustifiés en 2013.

Selon Michel Crépu, qui dirigeait à l’époque la revue littéraire, l’épouse de François Fillon « a bien signé deux ou peut-être trois notes de lecture », mais « à aucun moment […] [il] n’[a] eu la moindre trace de ce qui pourrait ressembler à un travail de conseiller littéraire ».

Le sort des époux Fillon risque d’être moins enviable que celui de Marc Ladreit de Lacharrière. L’ancien premier ministre et candidat à l’élection présidentielle est mis en examen depuis le 14 mars 2017 pour « détournements de fonds publics, complicité et recel de détournements de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux, et manquement aux obligations déclaratives à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique ». L’enquête judiciaire avait été lancée peu après les révélations du Canard enchaîné.

Penelope Fillon est pour sa part mise en examen depuis le 28 mars 2017 pour « complicité et recel de détournements de fonds publics, complicité et recel d’abus de biens sociaux, et recel d’escroquerie aggravée ».

Si les époux Fillon sont prochainement renvoyés devant le tribunal correctionnel, ce qui semble probable, il leur sera très difficile de contester efficacement la position – désormais figée – de leur ami Marc Ladreit de Lacharrière sur le volet « abus de biens sociaux » du dossier.

Ils devront par ailleurs s’expliquer sur les salaires d’assistante parlementaire versés par François Fillon, puis par son suppléant, à son épouse, pour des prestations difficiles à établir, de 1986 à 2013. Les premiers salaires d’assistante parlementaire de Penelope Fillon, vraisemblablement prescrits, avaient en fait été versés dès l’année 1982, comme l’avait révélé Mediapart.

Questionnée par les enquêteurs sur l’emploi qu’elle occupait auprès de son mari, Penelope Fillon avait affirmé qu’elle s’occupait du « courrier arrivant à [leur] domicile », des « demandes d’administrés, problèmes personnels de gens en difficulté, sollicitations diverses ». Elle aurait également rédigé des « fiches et des mémos » pour son époux, concernant des manifestations locales.

Penelope et François Fillon pendant la campagne présidentielle de 2017. © Reuters Penelope et François Fillon pendant la campagne présidentielle de 2017. © Reuters

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