Le mouvement de Clémentine Autain rejoint le Front de gauche

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La Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase) a choisi de rejoindre le Front de gauche et de soutenir la candidature de Jean-Luc Mélenchon. Sa figure emblématique, Clémentine Autain, s'en explique.

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Clémentine Autain © Reuteurs Clémentine Autain © Reuteurs
C'est la première fois de sa jeune histoire que le Front de gauche s'agrandit, composé depuis les européennes de 2009 du Parti de gauche de Jean-Luc Mélenchon, du PCF et de Gauche unitaire, petite composante issue de l'ancienne LCR. Samedi, la Fédération pour une alternative sociale et écologique (Fase), qui comprend notamment d'anciens communistes, a voté à environ 60% pour rejoindre ce rassemblement, au terme d'une consultation interne à laquelle environ 900 personnes auraient participé.

D'autres groupes de la gauche radicale pourraient suivre le même chemin, en particulier des déçus du NPA, à l'instar du courant “Convergences et alternative”, qui a quitté l'organisation anti-capitaliste en février. Entretien avec Clémentine Autain, co-directrice du mensuel Regards et figure de la Fase.

Votre mouvement, la Fase, vient de choisir de rejoindre le Front de gauche et de soutenir Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle. Pourquoi?

Nous mesurons l'urgence à sortir de l'alternative, qui n'en est pas une, entre une droite dure et une gauche molle. Les plans de rigueur, ce n'est pas notre horizon. Que faire? Le NPA, dans sa majorité actuelle, a tourné le dos au rassemblement et choisi de faire cavalier seul. Quant à Europe Ecologie-Les Verts, même s'il reste en son sein une tendance de gauche antilibérale, il contribue à polariser la gauche au centre. Aujourd'hui, le Front de gauche est le cadre le plus unitaire pour une transformation sociale et écologique. S'il n'est encore qu'un cartel d'organisations, il a exprimé sa volonté de s'ouvrir.

Nous avons donc lancé une consultation interne à la Fase pour savoir si nous voulions travailler avec le Front de gauche ou intégrer ce cadre pour contribuer à le changer : c'est la deuxième option qui l'a emporté. Partout où cela sera possible, nous chercherons à
fédérer plus largement, comme en Limousin ou en Aquitaine. Quant à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon apparaît comme le candidat qui peut porter cet espace commun. Sa candidature présente un atout de taille, historique : elle est en passe d'obtenir l'accord du PCF.
La Fase appelle de ses vœux à un «Front de gauche transformé». Qu'entendez-vous par là?

Ne pas en rester à une alliance de partis. Le Front de Gauche s'est engagé à lancer des assemblées citoyennes et à s'ouvrir à d'autres forces. Cela doit se traduire dans les faits. Il faut impérativement s'adresser à tout l'arc des forces, du NPA à la gauche d'EELV, en passant par les déçus du PS.

Selon nous, ce rassemblement ne doit pas être seulement organisationnel, il doit viser tous ceux et celles qui sont en dehors des partis, qui partagent nos convictions mais ne souhaitent pas adhérer au PG ou au PCF. Il faut dépasser la frontière entre le social et le politique, et permettre à des syndicalistes, des militants et des personnalités du mouvement social d'en faire partie. Pas seulement pour distribuer des tracts ou remplir une salle de meetings mais pour être pleinement acteurs d'un nouvel espace politique.

Les principales composantes du Front de gauche refusent pourtant de faire de ce rassemblement une nouvelle force à part entière, avec des adhésions directes...

Elles appellent à des assemblées citoyennes. Bien sûr, il y a des ambiguïtés et toutes les composantes du Front de Gauche ne sont pas
forcément sur la même longueur d'onde à ce sujet. Il faut trouver ensemble les formes concrètes de l'inclusion des individus et de l'élargissement. Du côté du Front de gauche, des pas significatifs ont été franchis, et la Fase veut participer à ce travail d'invention d'un espace politique à la hauteur des enjeux.

Nous vivons un terrible paradoxe : on voit une droite très contestée, une social-démocratie en échec, une crise du capitalisme, des
luttes sociales, et une gauche radicale qui ne casse pas la baraque. On n'a pas encore trouvé le sésame. Tout comme dans le reste de l'Europe, où l'on plafonne aux alentours de 5%. Ce qu'il faut fédérer, ce n'est pas simplement nos organisations, mais le peuple.

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L'entretien a eu lieu dimanche 12 juin par téléphone. Il a été relu et amendé par Clémentine Autain.

Par ailleurs, l'abréviation “ndlr” dans le texte signifie “note de la rédaction” – soit une précision ajoutée par le/la journaliste aux propos de l'interviewé(e).