En Ile-de-France, Valérie Pécresse dégaine le programme de la droite dure

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Après dix-sept ans de gestion socialiste, l'Île-de-France a basculé à droite, dimanche soir. À quoi ressemblera la “région capitale” avec l'ex-ministre de Nicolas Sarkozy à sa tête ? Pour le savoir, Mediapart s’est plongé dans son programme et ses principales propositions.

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Elle rêvait de conquérir la région Île-de-France depuis si longtemps, qu’il est assez difficile de dater le début de sa campagne. Dès mars 2010, arguent certains, au lendemain de sa défaite contre le président sortant socialiste Jean-Paul Huchon. À l’époque, Valérie Pécresse était arrivée légèrement en tête au premier tour, avant de s’échouer sur l’union de la gauche au second. Affaiblie par la violente primaire qui l’avait opposée un an plus tôt au sénateur UMP Roger Karoutchi, l’ex-ministre de Nicolas Sarkozy avait eu bien du mal à faire l’unanimité autour de sa candidature.

Mais cette fois-ci, elle en était convaincue, son tour était venu. Après dix-sept ans de gestion socialiste, le conseil régional d’Île-de-France a basculé, dimanche 13 décembre, à droite. Valérie Pécresse y a rassemblé 43,80 % des voix, contre 42,18 % pour le PS Claude Bartolone et 14,02 % pour le Front national (qui, avec 6,10 % des suffrages, n'avait pas passé le premier tour aux régionales de 2010).

 © Reuters © Reuters

Pour gagner, la députée LR (ex-UMP) des Yvelines, que beaucoup – y compris chez ses opposants – présentent comme « une bosseuse », avait misé sur une série de mesures rassemblées dans son « plan d’action pour l’Île-de-France ». Un document tiré à 4 millions d’exemplaires et diffusé dans autant de boîtes aux lettres franciliennes. « Nous menons une campagne de propositions, axée sur le projet », affirmait dans l'entre-deux tours son directeur de campagne, l’ancien préfet Patrick Stefanini, ex-bras droit d’Alain Juppé, aujourd’hui dans l’équipe rapprochée de François Fillon. Un principe sérieusement remis en cause la dernière semaine, où seules les attaques et les polémiques politiciennes ont occupé les candidats.

Ces derniers jours, l’Île-de-France avait en effet été couverte de nouveaux slogans pour le moins douteux, tels que « Nous ne voulons pas devenir la Seine-Saint-Denis de Bartolone ! » ou encore « Voter Saint-Just [le candidat FN – ndlr] = voter Bartolone ». « Elle fait un gros appel du pied aux électeurs du Front national, reconnaîssait à ce moment-là un membre de son équipe de campagne. Elle espère que la “jurisprudence Limoges” s’appliquera… » Aux municipales de 2014, dans cette ville de Haute-Vienne, le FN avait perdu plus de 6 points entre le premier et le second tour, permettant ainsi la victoire surprise de la droite sur la gauche.

Valérie Pécresse, Wallerand de Saint-Just et Claude Bartolone. © Reuters Valérie Pécresse, Wallerand de Saint-Just et Claude Bartolone. © Reuters

Une interview accordée par Claude Bartolone à L’Obs a également agité les derniers jours de campagne. Le président de l’Assemblée nationale y répondait aux attaques de son adversaire LR en expliquant qu'elle « tient les mêmes propos que le FN » et qu’elle « utilise une image subliminale pour faire peur ». « Avec un discours comme celui-là, c'est Versailles, Neuilly et la race blanche qu'elle défend en creux, disait-il. On ne peut pas faire confiance à une telle personne. » Valérie Pécresse joue-t-elle vraiment le jeu de l'extrême droite ? Et à quoi ressemblera l'Île-de-France dirigée par ses soins ? Pour le savoir, Mediapart s’est plongé dans son programme, afin d’en décrypter les principales propositions, mais aussi les plus gros paradoxes. Car pour l'emporter, l'ancienne ministre n'a pas lésiné sur l'opportunisme.

  • « Une présidente à 100 % sans cumul des mandats »

Elle le répète depuis le lancement de sa campagne : si elle est élue à la tête de la région Île-de-France, non seulement Valérie Pécresse abandonnera son siège à l’Assemblée nationale, mais elle ne sera ni candidate à la primaire de 2016 ni ministre en 2017. « Ah enfin, enfin ! Vous avez compris que ça ferait la différence », a-t-elle lancé dans un sourire moqueur à Claude Bartolone, le 9 décembre, lors du débat d’entre-deux-tours organisé par iTélé et Europe 1.

La députée des Yvelines n’a pas toujours tenu le même discours. Bien avant de voter contre la loi sur le non-cumul des mandats, l’ancienne ministre fut l’une des premières à monter au front, fin 2012, contre les préconisations élaborées par la commission Jospin sur le sujet. « On va déconnecter le député du mandat électif d'un territoire, c'est-à-dire des électeurs », regrettait-elle à l’époque. Mais entretemps, Pécresse a observé la campagne des municipales de Paris et les vives critiques énoncées à l’encontre de Nathalie Kosciusko-Morizet, à qui l’on reprochait de mélanger les ambitions locales et nationales. C'est à ce moment-là qu'elle a compris que « ça ferait la différence ».

Trois des principaux membres de son équipe, les députés Thierry Solère, David Douillet et Jérôme Chartier, seront eux aussi touchés par le non-cumul des mandats en 2017. S’ils veulent conserver un éventuel poste de vice-président au-delà des quinze prochains mois – Chartier est notamment pressenti pour s’occuper des questions économiques –, ils devront démissionner de leur mandat de parlementaire. Une hypothèse d’ores et déjà écartée par Solère, qui devrait prendre la tête du groupe LR au conseil régional, tandis que son colistier dans les Hauts-de-Seine, Geoffroy Didier, fondateur du courant ultra-droitier “La Droite forte”, deviendrait vice-président en charge du logement.

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Mise à jour : ce papier a été actualisé le dimanche 13 décembre au soir, après la victoire de Valérie Pécresse en Île-de-France.