Perte du triple A: Nicolas Sarkozy face au réel

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La dégradation de la note de la France vient détruire le “storytelling” déployé depuis deux semaines par le président. En annonçant sur à peu près tout et n'importe quoi, mesures, réformes et projets de loi, le candidat Sarkozy pensait faire oublier l'essentiel : la crise et ses échecs répétés, au niveau national et européen.

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La dégradation de la note de la France n’est pas une surprise. Dès novembre, nous l’annoncions comme imminente (lire ici l'article de Martine Orange), tant l’évolution de la crise des dettes publiques en Europe et l’incapacité du couple franco-allemand à l’endiguer la rendaient inéluctable. Elle peut même apparaître comme logique, voire bienvenue si l’on veut bien considérer qu’enfin, le vrai débat va pouvoir commencer. Combien de gesticulations politiques, de compromis médiocres et de confiscations démocratiques (lire ici) ont-ils été effectués ces derniers mois au seul prétexte de ne pas « agacer » les marchés et ces chères agences de notation ?

Au moins le paysage est-il éclairci. L’ampleur de la crise, comme nous n’avons cessé de le répéter dans nos éditoriaux et analyses, ne peut se satisfaire d’une gestion désordonnée faite sur fond de calendrier électoral en France, mais aussi en Allemagne. Cette perte du triple A de la France vient à point nous rappeler comment l’Europe, faute de volonté et d’ambition politique depuis deux ans, a été incapable de forger des accords qui auraient permis d’imposer aux banques, aux marchés et par conséquence aux agences de notation une politique basée sur la régulation, la solidarité et l’ambition sociale.

Nicolas Sarkozy, le 9 décembre, conférence de presse. © (Elysée.fr) Nicolas Sarkozy, le 9 décembre, conférence de presse. © (Elysée.fr)

Puisque ce même vendredi les représentants des banques ont en plus suspendu les négociations sur la restructuration de la dette grecque, c’est donc tout le village Potemkine construit à coup de « sommet européen de la dernière chance » qui s’écroule. Nous en étions restés au faramineux conseil européen du 9 décembre, et à son accord censé sauver l'euro et éteindre la crise des dettes souveraines. Comme prévu (lire ici notre article : Sarkozy et l’« accord européen », les dessous d’une supercherie), il n’en reste rien.

Avant cette nouvelle initiative de Standard and Poor’s, l’Europe elle-même s’employait à détricoter habilement ce que Nicolas Sarkozy et Angela Merkel avaient imposé en décembre : un nouveau traité européen définissant une nouvelle gouvernance européenne. A Bruxelles, notre collègue Ludovic Lamant (lire ici son confidentiel) a justement constaté que le processus de ratification de ce texte par les Etats membres pourrait être bien plus long que prévu : même s’il était formellement adopté par les chefs d’Etat et de gouvernement avant mars – voire dès la fin janvier –, la ratification s’échelonnerait jusqu’en… 2013.

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