Primaire du PS: un premier débat laborieux

Au terme d’un débat de plus de deux heures et demie, les sept candidats se sont démarqués sur leur projet économique et social. Ils ont en revanche fait preuve d’une grande unanimité sur la lutte antiterroriste, et notamment sur les exécutions extrajudiciaires.

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La question reste ouverte : combien d’électeurs se déplaceront au premier tour de la primaire du PS ? Le premier débat, de plus de deux heures et demie, organisé mercredi soir pour départager les sept candidats, n’aura pas apporté de réponses, tant il fut souvent laborieux. Sur le fond, si les concurrents se sont démarqués sur la loi El Khomri, la politique de l’offre ou le revenu universel, ils ont fait preuve d’une grande unanimité sur la lutte antiterroriste, et notamment sur les exécutions extrajudiciaires. 

Sur la forme, aucun candidat ne semble s’être réellement détaché. D’abord parce qu’ils se ressemblent beaucoup : six hommes sur sept, tous blancs, tous professionnels de la politique depuis de longues années – Sylvia Pinel (PRG) s’est présentée en « candidate singulière » et a rappelé que « la politique n’est pas réservée aux hommes »

Les candidats sur le plateau de TF1 pour le premier débat de la primaire du PS © Reuters Les candidats sur le plateau de TF1 pour le premier débat de la primaire du PS © Reuters

Manuel Valls est resté dans son couloir, empêtré dans sa défense permanente du bilan du gouvernement sur les questions économiques, et revigoré sur les questions de sécurité (« Nous sommes en guerre », a-t-il répété à deux reprises en introduisant son propos). Il a aussi eu cette drôle de phrase : « Je reste marqué par mon propre discours. » Une référence aux propos qu’il a tenus devant l’Assemblée nationale après les attentats de janvier 2015. 

Sylvia Pinel (Radicaux de gauche) et François de Rugy (Le parti écologiste) sont, sans surprise, apparus comme ses meilleurs alliés. Jean-Luc Bennahmias (Front démocrate), lui, a surjoué bien souvent un rôle de clown, parfois drôle, parfois pathétique. À plusieurs reprises, l’ancien camarade de François Bayrou a ainsi semblé découvrir son propre programme. Ces trois candidats participent à la primaire du PS au titre des partis partenaires choisis par le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis dans sa “Belle alliance populaire”.

Quant aux trois anciens ministres, Benoît Hamon, Arnaud Montebourg et Vincent Peillon, ils ont tenté, plus ou moins habilement selon les moments, de dérouler leurs propositions pour rééquilibrer vers la gauche la politique du quinquennat. Vincent Peillon est celui qui, parti le dernier, a sans doute pris le plus de risques, en s’attaquant parfois frontalement aux propositions de ses camarades – essentiellement Valls et Hamon. Au détour d’un développement sur la lutte contre l’islamisme radical, qu’il veut sans stigmatisation, il a évoqué une supposée « origine musulmane ».

Le bilan

« En un mot », les concurrents ont dû dire ce qu’ils pensent du bilan du quinquennat. Arnaud Montebourg le juge « difficile à défendre ». Benoît Hamon évoque un « sentiment d’inachevé ». Vincent Peillon parle d'une « profonde incompréhension, parfois injuste ». Plus clément, François de Rugy le trouve « contrasté ». Sylvia Pinel estime qu’il « convient de le porter ». Manuel Valls est le seul à l’assumer avec « fierté ». Sauf lorsqu’il est interrogé sur les hausses d’impôt menées entre 2012 et 2014 par un gouvernement dont il était ministre de l’intérieur. 

Le revenu universel

La proposition, portée par Benoît Hamon, occupe depuis des jours le débat économique entre les candidats. Le représentant de l’aile gauche l’a de nouveau défendue, de même que Jean-Luc Bennahmias. « À cette table, on va dire cap sur la croissance, a expliqué Hamon. Sauf que depuis des décennies elle ne revient pas. »

Son projet a derechef été attaqué par la plupart des candidats. Manuel Valls, pour qui cette proposition est la porte ouverte à l’« assistanat » et au « farniente », a vanté « la continuité et le sérieux » et plaidé pour sa proposition d’un « revenu décent », sorte de fusion des minima sociaux sous condition de ressources. « Une belle idée défendue par François Chérèque », l’ancien secrétaire général de la CFDT récemment décédé, a-t-il précisé. « Quand Michel Rocard a mis en place le revenu minimum d’insertion, nous avons entendu des arguments semblables, de même que quand Martine Aubry a mis en place la couverture maladie universelle », a rétorqué Hamon. 

Sans suivre Valls sur ce registre, Peillon et Montebourg partagent une double objection commune : la faisabilité et l’objection de fond. « Philosophiquement, c’est une idée qui pose un gros problème, a dit l’ancien ministre de l’éducation. La solidarité est basée sur l’idée que ceux qui ont le plus donnent le plus à ceux qui ont moins. » Il a aussi évoqué une mesure « pas praticable ». Avant d’insister : « La gauche ne va pas gagner en disant plus de croissance, moins de chômage, des robots, 400 milliards d’impôts en plus. » Moins disert sur le sujet lors du débat, Montebourg s’est contenté d’appeler à « ne pas baisser les bras » face au chômage et a réaffirmé sa volonté de retour au plein emploi. 

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