Des journalistes du «Figaro» dénoncent une «mise en scène de l’information»

Par
Soixante journalistes du Figaro (sur 281) ont répondu à un questionnaire sur le traitement de l'information par le quotidien appartenant à Serge Dassault.
Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Un article de David Medioni

Ce lundi 13 décembre, la société des journalistes du Figaro a tenu une réunion interne. L'objet de cette rencontre : la synthèse du questionnaire (consultable sous l'onglet “Prolonger”) qu'elle avait fait parvenir à l'ensemble des 281 journalistes du journal. Il leur était demandé de se prononcer sur la façon dont ils percevaient la ligne éditoriale du Figaro, tant sur ses unes que sur ses articles.

Avec 60 réponses sur 281 journalistes, la participation est en deçà des espérances de la SDJ qui s'est dite « un peu déçue » lors de la réunion interne. Toutefois, elle a pu en retirer quelques enseignements. Les critiques les plus vives portent « sur une gêne réelle quant à la mise en scène de l'information » en une du Figaro.

Certains, dans les textes envoyés à la SDJ, ont même déploré une « dérive faisant du journal un bulletin de l'UMP ». De même, les journalistes ont pointé le traitement par le journal de l'affaire Woerth-Bettencourt ou celui de l'affaire Karachi. Ainsi, l'épisode du PV d'audition tronqué de Claire Thibout, la comptable des Bettencourt, publié sur le Figaro.fr le 8 juillet, où elle dénonçait la soi-disant « romance de Mediapart »,a été cité à plusieurs reprises dans les réponses comme illustration des dérives éditoriales du Figaro.

La SDJ avait d'ailleurs publié un communiqué à l'époque, dans lequel elle dénonçait « la publication d'un PV tronqué assorti d'un article non signé, participant à l'évidence de la stratégie de communication élaborée à l'Elysée ».

L'autre grief fait à la ligne éditoriale, par ceux qui ont bien voulu répondre aux quelques questions soumises par la SDJ, porte sur la question des articles sur le Brésil, la Libye ou la Suisse, pays avec lesquels le groupe Dassault (propriétaire du titre) est en affaires. Ces articles sont « scrutés à la loupe au sein du quotidien » et certains ont profité du questionnaire pour dire qu'il était « embêtant de ne pas réellement traiter ces sujets ».

Enfin, il est également apparu au dépouillement que de nombreux collaborateurs du journal avaient regretté la « multiplication des sujets futiles lors des mois d'été ».

Restait une question dont on attendait le résultat avec intérêt. « Lors de la prochaine élection présidentielle, souhaitez-vous que Le Figaro prenne explicitement parti pour un candidat ? », avait demandé la SDJ. Et les réponses ont étonné. En effet, près de 20% des journalistes qui répondent estiment que le « journal peut tout à fait soutenir un candidat ». Voilà qui fera plaisir au directeur des rédactions, Etienne Mougeotte, qui déclarait le 12 octobre devant l'association des journalistes médias (AJM) que « Le Figaro prendrait position au moment de l'élection présidentielle, c'est clair, net et précis ». Ajoutant que Le Figaro est un « journal d'opinion de tradition libérale proche de la droite et du centre et qu'il allait continuer à l'être ».

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale