Tarnac: une reconstitution pour rien

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Les avocats de Julien Coupat et d'Yildune Lévy contestent la façon dont la justice antiterroriste a procédé à la reconstitution du sabotage d'une caténaire de TGV. Ils menacent maintenant de faire dessaisir le juge Fragnoli.
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Les avocats de Julien Coupat et d'Yildune Lévy, membres du fameux «groupe de Tarnac» soupçonnés d'avoir saboté une caténaire de TGV, montrent à nouveau les dents. Devant faire face à une instruction démarrée au pas de charge et sous la pression de l'exécutif, pour des faits qualifiés de terroristes, mais qui a accouché d'un dossier quasiment vide de preuves et entaché d'erreurs qui ressemblent fort à des trucages, Thierry Lévy, William Bourdon et Jérémie Assous concentrent aujourd'hui leur tir contre le juge d'instruction Thierry Fragnoli : ils menacent de lancer une demande en récusation du magistrat, dont ils mettent ouvertement en doute l'impartialité.

Les avocats de la défense, qui bataillent dur contre les spécialistes de l'anti-terrorisme (la SDAT, le parquet de Paris et le juge d'instruction), avaient demandé de longue date une reconstitution des faits. Ils ont fini par obtenir du juge Fragnoli une simple «mise en situation», qui s'est déroulée dans la nuit de jeudi à vendredi dans la région de Dhuisy, en Seine-et-Marne.

«Malgré l'incroyable déploiement de policiers et de militaires, avec la présence d'un hélicoptère, le juge n'a même pas convoqué les témoins auxquels nous avions des questions à poser, c'est-à-dire les policiers qui avaient pris Yildune et Julien en filature», s'indigne Thierry Lévy, contacté par Mediapart. Fulminant, il dénonce «un véritable simulacre de reconstitution».

Pis : les avocats ont appris que ces mêmes policiers avaient été entendus «en catimini» par le juge, le 4 janvier dernier, sans qu'il leur soit possible de leur poser des questions qui fâchent. Une atteinte aux droits de la défense, accusent-ils.

Selon Thierry Lévy, l'intention des magistrats dans ce dossier «n'est pas d'examiner les points critiques mais de verrouiller la discussion». Ainsi, «au lieu de reprendre l'intégralité de la scène, dans sa dynamique, et en présence de tous ses acteurs, le juge Fragnoli s'est contenté d'examiner deux points». Il s'agissait de vérifier si les saboteurs présumés avaient pu agir à l'aide d'une lampe frontale (Julien Coupat en possédait un emballage) et si les policiers avaient pu suivre la voiture de Coupat à distance, depuis un autre chemin, pour ne pas se faire repérer, comme ils l'assurent. «Pour nous, qui avons essayé, avec une petite route sinueuse, dans une région vallonnée et boisée, c'est impossible», affirme Thierry Lévy.

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Sollicité vendredi par Mediapart pour commenter cette reconstitution nocturne, le parquet de Paris n'a pas donné suite.