Une nomination choquante à la présidence de l'AMF

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Ancien transfuge de la gauche, ex-secrétaire d'Etat aux affaires européennes, Jean-Pierre Jouyet prend ce lundi 15 décembre la présidence de l'Autorité des marchés financiers. En faisant ce choix, Nicolas Sarkozy viole les règles qu'il avait lui-même édictées, prévoyant que toutes les nominations importantes devraient se faire sous le contrôle du Parlement. Cette promotion est révélatrice de ce capitalisme consanguin français, qui autorise le mélange des intérêts entre pouvoirs politiques et milieux d'affaires. Parti pris.
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L'Autorité des marchés financiers (AMF), qui est le gendarme des marchés financiers français, est dotée depuis ce lundi 15 décembre d'un nouveau président, en la personne de Jean-Pierre Jouyet, qui était jusqu'à ces derniers jours secrétaire d'Etat aux affaires européennes et que Nicolas Sarkozy a promu à cette nouvelle fonction. Cette nomination choquante est révélatrice des graves dysfonctionnements qui affectent le système économique français, en même temps que, plus généralement, des dysfonctionnements dont souffre notre démocratie.

 

Lors de la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy avait pourtant fixé une règle claire. Affichant sa volonté de rompre avec une tradition très française, celle de la monarchie républicaine, au terme de laquelle le chef de l'Etat procède à plus de 3.000 nominations (préfets, recteurs, magistrats, Pdg d'entreprises publics, présidents des autorités indépendantes, etc.) – ce qui n'a d'équivalent dans aucune autre grande démocratie –, il avait annoncé dans son programme (voir notre onglet "Prolonger") que, devenu chef de l'Etat, il aurait une conduite beaucoup plus respecteuse des règles d'une démocratie équilibrée.

 

Au chapitre "une démocratie irréprochable", il l'avait clairement consigné: «Je veux que les nominations aux fonctions les plus importantes de l'Etat se fassent sur des critères de compétence et de hauteur de vue et non pas sur des critères de proximité avec le pouvoir politique en place. Les candidats à ces nominations seront auditionnés publiquement par le Parlement et celui-ci pourra mettre son veto à leur nomination

 

Las! Maintenant qu'il est élu, le voilà qui prend toutes les libertés avec les principes qu'il a lui-même fixés. On s'en était déjà rendu compte pour la présidence de France Télévisions: alors que le président de la holding de tête de la télévision publique était jusqu'à présent choisi par le collège du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA), Nicolas Sarkozy a pris la décision de faire inscrire dans la nouvelle loi sur l'audiovisuel que cette nomination lui appartiendrait. Le retour au fait du Prince!

 

Dans le cas de l'AMF, il en a été de même: plutôt qu'un ou des candidats au poste de président soient entendus par le Parlement et que ce dernier puisse éventuellement fasse jouer son veto, le chef de l'Etat a encore fait acte d'autoritarisme! Et par surcroît, lui qui avait annoncé que les nominations ne se feraient pas "sur des critères de proximité", il a fait, là aussi, l'exact contraire de ce qu'il avait suggéré, en promouvant un ancien haut fonctionnaire de gauche, qui s'est distingué en trahissant son camp.

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