Dans la Nièvre, des socialistes se reprennent à y croire avant leur congrès

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Dans cette fédération traditionnellement à la gauche du PS, une bonne moitié des militants sont partis ces dernières années. Mais pour ceux qui restent, le temps est (peut-être) venu d’un nouveau départ.

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Nevers (Nièvre), de notre envoyé spécial. - À Nevers, lundi soir pluvieux, avenir radieux ? Sur la place du Champ-de-Foire, le grand Mac Donald’s tout illuminé voit passer son cortège de voitures au « drive-in ». Un peu plus loin, un immeuble à l’abandon présente ses fenêtres cassées à la place. De l’autre côté de la rue, des immeubles bas en enfilade, magasins aux rez-de-chaussée, semblent endormis. À l’exception d’une vitrine protégée par une grille qui laisse passer la lumière. Le local de la section Pierre-Bérégovoy de Nevers accueille la réunion des soutiens de la motion Emmanuel Maurel dans le département. 

À quatre jours du vote des militants pour départager les quatre « textes d’orientation » (le nouveau nom des motions) signés par Luc Carvounas, Olivier Faure, Stéphane Le Foll et Emmanuel Maurel, dans toute la France, les mêmes réunions ou presque se tiennent. Ce qu’il reste du PS après la débâcle électorale de 2017 – 6,35 % à la présidentielle, et 30 députés contre 300 lors du précédent quinquennat – s’agite et cogite.

Pour le seul département de la Nièvre, celui de François Mitterrand et de Pierre Bérégovoy, le PS n’a pas fait mieux qu’ailleurs. Benoît Hamon a recueilli 6,52 % des voix au premier tour de la présidentielle. Gaëtan Gorce, ancien député devenu sénateur en 2011, et Christian Paul, députés, ne sont pas parvenus à regagner leur siège. Gorce a été éliminé dès le premier tour (12,99 %). Paul, pourtant l’une des figures des frondeurs à l’Assemblée face à François Hollande, est parvenu au second tour mais n’a obtenu que 45,38 %. Dans les deux cas, le département a envoyé des députés LREM au Palais-Bourbon.

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Neuf mois plus tard, une vingtaine de militants sont assis en cercle dans le local et débattent à huis clos, ce qui n'est pas le meilleur signe d'ouverture vers la société. De l’avis de nombreux socialistes locaux interrogés, la motion d’Emmanuel Maurel, située à l’aile gauche du PS, devrait ici l’emporter très largement lors du vote organisé ce jeudi 15 mars. La fédération de la Nièvre a certes perdu la moitié de ses membres – ils sont environ 500 aujourd’hui – tout au long du quinquennat Hollande et encore récemment. Ceux qui restent semblent prêts à relever la tête. Du moins à arrêter de la baisser.

À 63 ans, Didier – il préfère en rester au seul prénom – est installé depuis deux ans dans la Nièvre, après avoir passé sa vie en Seine-et-Marne et y avoir milité au PS en même temps qu’à la CFDT. Il plaide pour un retour aux origines du PS et reste en colère, très en colère contre ceux qui l’ont dévoyé. Il parle des « sociaux-libéraux » qui ont « manipulé le parti et fait un coup d’État interne », des « pervers narcissiques qui ont tout noyauté », des « espèces de mariolles » qui ont perdu le PS « à partir du moment où il s’est embourgeoisé ». « C’est dans l’opulence que les plus grandes dérives se sont faites. »

Pour lui, la faute originelle vient de cette étude de Terra Nova qui suggérait au PS d’abandonner le vote ouvrier au FN en se concentrant sur un nouvel électorat, la « France de demain ». « Le PS s’est presque retrouvé à créer du national-socialisme avec les ouvriers qui votent Le Pen », enrage-t-il. Il poursuit : « Dès 2010 quand on a commencé la campagne, mon premier fédéral m’avait dit “si on remporte l’élection, le parti se mettra en sommeil”. Le problème, c’est qu’il n’avait pas mis non plus de réveil. »

Pour Didier, comme pour une large majorité des militants nivernais, le choix d’Emmanuel Maurel est une évidence : « Maurel, je l’ai toujours vu aux côtés de Montebourg et moi je reste un “montebourgelien”. » Les autres candidats au poste de premier secrétaire ne trouvent guère grâce à ses yeux. « Carvounas, je n’y crois pas ; Le Foll, c’est un cynique ; Olivier Faure est dans une construction plus positive, mais bon… » C’est surtout Le Foll qui fait figure d’épouvantail. « À lui, je ne lui donnerai pas cet héritage qu’est le socialisme. »

Pour autant, Didier ne se voit pas hors du PS. La campagne de Benoît Hamon reste rédhibitoire : « C’était totalement désorganisé. On était face à un petit groupe de politicards sortis de Sciences-Po. » Quant à Jean-Luc Mélenchon, Didier le qualifie de « grand pervers » qui veut « mobiliser les jeunes sur l’insoumission pour avoir la reconnaissance du système qu’il dénonce »

À la sortie de la réunion, lundi soir, Sylvain Mathieu, premier fédéral et mandataire d’Emmanuel Maurel dans le département, pense lui aussi que l’avenir du socialisme se joue au sein du PS, et particulièrement dans cette « bonne terre de gauche » qu’est la Nièvre. « L’usure du vieux PS, on l’a vue dès 2014 ici », lors des municipales, où Nevers s’est retrouvé, pour la première fois depuis des décennies, avec un maire non estampillé PS – il a depuis rejoint LREM, nous y reviendrons. 

Mais Sylvain Mathieu estime que sa fédération a très tôt résisté à la dérive sociale-libérale de François Hollande : « On a réussi à retourner la table depuis une dizaine d’années », « le PS des notables, on l’a retourné », explique-t-il, rappelant qu’au moment de son élection au poste de premier fédéral, il n’était pas élu. « Le PS de la Nièvre est convalescent, on ne fait pas exception à la règle », dit-il, mais il rappelle que le parti a plutôt bien résisté localement ces dernières années : en 2015, aux élections départementales où le parti a gardé le département, puis aux régionales où le PS est sorti en tête au premier tour, et même fin 2017, où LREM a vu ses deux candidats aux sénatoriales échouer, donnant un siège au socialiste Patrice Joly et un autre à la divers-droite Nadia Sollogoub.

Alain Lassus, président socialiste du conseil départemental en remplacement de Patrice Joly parti au Sénat en septembre, rappelle lui aussi les « quelques victoires électorales » dont beaucoup de départements ne pourraient pas se targuer. « Dans la Nièvre, on s’est bien démarqué, dit-il, on a sauvé un certain nombre de choses, sans doute parce que l’on fait de la politique au sens noble du terme. » La chute de la maison socialiste pendant le quinquennat Hollande, Alain Lassus pense qu’on peut l’expliquer par la « construction sociologique du PS au moment de l’élection de François Hollande, et l’incapacité à travailler avec l’aile gauche du parti, contrairement aux expériences Jospin ou Mitterrand ». Alors il met en garde sur l’issue du congrès : « Un PS à 5 % et social-libéral, qui ça va intéresser ici ? » Et ce au moment où, après plusieurs années, Lassus n’a « plus du tout honte d’être socialiste à présent »

Sébastien Poupon, mandataire d’Olivier Faure dans la Nièvre, parle lui aussi de « convalescence ». Interrogé peu avant un débat entre représentants de motion, il voit chez les militants « une envie de changer les choses, de se remettre au travail » et en même temps « beaucoup d’interrogations ». « Il n’y a pas beaucoup de monde à nos réunions mais ceux qui viennent ont la volonté de reconstruire les choses », ajoute-t-il. « Les militants sont un peu passés par tous les sentiments : la colère, la résignation, et là j’ai l’impression d’un petit frémissement, et en même temps je sens une exigence. »

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