Les fréquentations d’extrême droite de François-Xavier Bellamy

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La tête de liste LR aux européennes, que son parti présente comme le « nouvel intellectuel » de la droite, a du mal à assumer sa fréquentation assidue de cercles d’extrême droite profondément hostiles à la République, voire à la démocratie. Ses équipes ont méthodiquement nettoyé la toile de certaines de ses interventions.

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Visage poupin et voix posée, François-Xavier Bellamy, tête de liste de LR aux européennes, a, a priori, tout du nouveau gendre idéal de la droite française. Face à Emmanuel Macron qui a cannibalisé l’espace de la droite libérale, Laurent Wauquiez pense avoir trouvé en Bellamy le jeune représentant de « la droite des valeurs », celle qui avait si massivement suivi François Fillon avant les affaires. Celle qui était descendue dans la rue par milliers contre le mariage pour tous.

Le président des Républicains l’a encore répété mercredi lors du premier meeting de campagne des européennes à Paris, le choix de ce professeur de philosophie de 32 ans – « un philosophe, un sage » – est « un choix très profond », « parce que notre nouvelle droite a besoin de savoir ce qu’elle a au fond du cœur ».

Ce soir-là, la salle est comble, et tout acquise au candidat. « Il se passe quelque chose », veut croire Laurent Wauquiez qui regarde frémir les courbes des sondages en l'attribuant au choix disruptif de sa tête de liste.

Sur le fond, le jeune conservateur que la presse a tôt fait d’ériger en « nouvel intellectuel » de la droite ne dit rien de plus que ce que dit depuis quarante ans la droite Figaro magazine sur l’éducation (qui ne sait plus « transmettre »), la famille (qui se désagrège sur l’autel de l’individualisme) ou le progrès (qui est souvent un leurre).

Qu’importe, le trentenaire écrit avec élégance et ses livres, parfaitement dans l’air du temps quoiqu’il s’en défende, se vendent comme des petits pains.

Les polémiques nées sur son opposition « personnelle » à l’avortement ou sur sa conception traditionnelle de la famille servent parfaitement la stratégie de Wauquiez consistant à faire hurler « les bien-pensants ». Accusé au sein même de sa famille de pencher à la droite de la droite, il a plusieurs fois expliqué ces dernières semaines qu’il n’avait rien de commun avec le RN.

« Si une personnalité comme François-Xavier Bellamy se confirme à la tête de la liste européenne, je ne vois pas ce qui demain, à travers ce type de personnalité, empêcherait qu'il puisse y avoir des alliances pour défendre le plus efficacement les Français », lançait en novembre sur BFM Marion Maréchal. Une déclaration pour rappeler leur longue fréquentation commune des milieux d’extrême droite, identitaires catholiques que Bellamy s’est appliqué depuis quelques mois à faire disparaître.

Depuis 18 mois, comme l’a découvert Mediapart, François-Xavier Bellamy, qui donne depuis le succès de son premier livre Les Déshérités (Plon, 2014) moult conférences, a méthodiquement nettoyé la toile de certaines de ses interventions. Il faut dire que pour un candidat Les Républicains certains propos sont difficiles à assumer. Tout comme l’est sa fréquentation assidue de groupuscules d’extrême droite qui ont théorisé leur haine de la République et de la démocratie.

Vidéo  supprimée d'une conférence de Bellamy à Ichtus © Ichtus Vidéo supprimée d'une conférence de Bellamy à Ichtus © Ichtus

« On n’a rien à attendre de la politique. La politique ne changera pas l’Histoire, elle n’en a pas le pouvoir. Elle ne l’a jamais eu, elle ne l’aura jamais. » Le 3 juin 2014, François-Xavier Bellamy est invité à discourir sur « l’engagement en politique » au Forum Zachée, une manifestation organisée par une association catholique, la Communauté de l’Emmanuel, à Paray-le-Monial (Saône-et-Loire).

Le jeune élu à Versailles (Yvelines) tient un discours pour le moins radical, selon la responsable de la Ligue des droits de l'homme (LDH) à Paray-le-Monial Germaine Lemétayer. C'est elle qui a méthodiquement pris des notes à partir de la vidéo diffusée sur le site de la Communauté de l’Emmanuel – avant qu’elle ne soit retirée. Ces propos ont été en grande partie confirmés par François-Xavier Bellamy auprès de Mediapart.

« Les responsables politiques correspondent à l’opinion majoritaire. Ce qui peut changer l’histoire, c’est la parole du Christ. » « L’événement le plus important de l’histoire, le plus décisif, c’est la parole du Christ (…) même si on n’est pas catholique, on est obligé de le reconnaître », avance alors également le jeune professeur de philosophie, pourtant présenté récemment comme un « fervent défenseur de la laïcité » par le Journal du dimanche.

Bellamy, qui s’est fait connaître pour avoir fondé les Veilleurs et avoir activement participé à la Manif pour tous, est alors maire-adjoint de Versailles depuis 2008. 

À l’entendre, le jeu démocratique serait assez vain. Agir dans la cité, c’est mener un combat culturel, c’est-à-dire évangéliser, comme il l'a dit sans détour à d'autres occasions.

Ce jour-là, à Paray-le-Monial, il aurait affirmé « porter un témoignage de la parole de Dieu dans les lieux où elle a disparu ». En particulier dans les banlieues françaises où l’islam aurait tant progressé, se serait-il désolé, avant d'inviter certains à y aller « en martyrs », selon la retranscription faite par la militante de la LDH contactée par Mediapart.

Bellamy ne se souvient plus aujourd'hui d'avoir prononcé ces phrases. La vidéo d'origine, elle, a disparu. Elle a été retirée il y a 18 mois, ont confirmé à Mediapart les organisateurs du Forum Zachée, « à la demande des équipes de François-Xavier Bellamy ». Ce que reconnaît auprès de Mediapart la tête de liste LR.

« Mon équipe a pris l’initiative il y a plus d’un an de demander le retrait de quelques vidéos en ligne, soit parce qu’elles avaient été diffusées sans autorisation, soit parce que la qualité de la vidéo ou du propos ne justifiait pas leur diffusion », explique-t-il. « J’assume bien sûr toutes mes prises de parole », affirme-t-il. Ainsi, « la politique ne change pas le monde à elle seule, elle n’en a pas le pouvoir, je l’ai dit de très nombreuses fois. C’est par l’engagement de chacun qu’une société mûrit et change, non par la décision des gouvernants », nuance-t-il.

« Je ne veux pas assumer en revanche ce que je n’ai jamais dit », précise celui qui se dit «  absolument certain de n’avoir jamais prononcé ces mots » sur le martyr en banlieue.

« Ce que j’ai pu dire peut-être, comme je l’ai écrit à propos d’Arnaud Beltrame, c’est que le martyr (qui veut dire “témoin” en grec) dans notre civilisation a toujours été celui qui donne sa vie, par opposition aux djihadistes qui appellent “martyrs” des criminels. Cela n’a rien à voir avec le propos qu’on me prête », assure-t-il, dans un mail adressé à Mediapart.

Le 12 octobre 2014, dans le cadre de débats organisés par le mouvement catholique Ichtus, François-Xavier Bellamy déclare : « Il n’y a qu’une seule bonne raison de croire au Christ, et cette seule raison c’est la certitude que le christianisme dit la vérité », comme l’avait relevé le compte Twitter Parispasrose.

Une vidéo là encore supprimée, cette fois, au dire des responsables d’Ichtus à leur propre initiative « pour ne pas se retrouver dans le tourbillon d’une campagne électorale », indique à Mediapart Bruno de Saint-Chamas qui partageait l’affiche en novembre dernier avec la jeune retraitée de la vie politique Marion Maréchal à l’université d’automne de l'association Notre-Dame de Chrétienté (qui organise le pèlerinage de Chartres). 

Affiche de l'université d'automne montrant le président d'Ichtus et Marion Maréchal © DR Affiche de l'université d'automne montrant le président d'Ichtus et Marion Maréchal © DR

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François-Xavier Bellamy, contacté il y a plusieurs semaines par Mediapart, a finalement répondu à nos questions par mail ce vendredi. Nos questions et ses réponses en intégralité sont à lire dans la boîte "Prolonger".