Alexandre Benalla mis en examen pour l’interpellation du Jardin des plantes

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En plus de sa mise en examen pour les « violences volontaires » de la place de la Contrescarpe à Paris, le 1er mai, Alexandre Benalla a été de nouveau mis en examen pour des faits similaires commis dans l’enceinte du Jardin des plantes le même jour. Mediapart avait révélé la vidéo qui accable l’ancien collaborateur d'Emmanuel Macron.

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En plus de sa mise en examen pour les « violences volontaires » de la place de la Contrescarpe à Paris, le 1er mai, Alexandre Benalla a été de nouveau mis en examen, le 29 novembre dernier, pour des faits similaires commis dans l’enceinte du Jardin des plantes le même jour.

L’information a été révélée, dimanche 16 décembre, par l’Agence France Presse (AFP).

Mediapart avait révélé la vidéo du Jardin des plantes, qui accable aujourd’hui l’ancien collaborateur d’Emmanuel Macron. Nous republions ci-dessous notre article du 30 juillet. La victime du Jardin des plantes s’était par ailleurs longuement confiée à Mediapart (à lire ici).

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1er mai : deux nouvelles vidéos montrent l'implication de Benalla et Crase dans une autre interpellation

Dimanche 29 juillet, dans un long entretien accordé au Journal du dimanche, Alexandre Benalla commente la vidéo publiée vendredi 27 juillet sur le site de Libération. Sur les images tournées le 1er mai au Jardin des plantes, Alexandre Benalla et Vincent Crase, employé de La République en marche, se comportent comme deux policiers et cela, trois heures avant d’intervenir violemment sur la place de la Contrescarpe, située à quelques centaines de mètres du jardin.

Alexandre Benalla confirme au JDD qu’il est bien présent dans le Jardin des plantes : « J’étais derrière les policiers, en tant qu’observateur. On peut le voir distinctement. Je n’ai ni casque, ni brassard, ni radio. » Mais il dément toute participation aux interpellations : « Aucune intervention de ma part à ce moment-là. »

Contacté par BFM TV, Laurent-Franck Liénard, avocat d’Alexandre Benalla, affirme qu’« on ne voit strictement rien sur cette vidéo. Monsieur Benalla ne fait strictement rien à cet endroit et sur personne ». De son côté, et à la suite de cette vidéo, le parquet de Paris a annoncé, lundi 30 juillet, l'ouverture d'une nouvelle enquête pour des violences commises par Alexandre Benalla et Vincent Crase au Jardin des plantes le 1er mai.

Une nouvelle vidéo que Mediapart diffuse confirme la participation d'Alexandre Benalla et de Vincent Crase à des interpellations. On identifie très clairement les deux hommes qui interviennent lors de l’arrestation d’un manifestant par des CRS. Difficile pour leur défense d’affirmer qu’ils ne font rien, puisque ce sont eux-mêmes qui procèdent à l’opération en tirant, avec force, le jeune homme par les bras.

Au moment où nous publions cet article, l’identité du manifestant est encore inconnue.

Didier (*), 27 ans, professeur de sciences économiques et sociales, est l’auteur de cette vidéo. « Le 1er mai, j’étais venu manifester mais voyant la tournure des choses, j’ai préféré fuir les affrontements du boulevard de l’Hôpital et les gaz lacrymogènes. Nous étions nombreux à avoir trouvé refuge à l’intérieur du Jardin des plantes », témoigne-t-il auprès de Mediapart. 

« On s’est éloignés de l’entrée du parc. Il y avait des touristes, des familles avec des enfants et des manifestants. L’ambiance était étrange parce que les CRS étaient tendus alors qu’il n’y avait aucun jet de projectile. Je me rappelle même de touristes espagnols, étonnés par la situation. Puis un garçon est sorti, semble-t-il, d’un bosquet en hurlant. Il était poursuivi par des CRS qui l’ont plaqué au sol. Là, il y avait environ quatre policiers qui le tapaient alors qu’il était à terre. C’est à ce moment-là que je me suis dit qu’il fallait filmer parce que c’était très violent. »

© Mediapart

Il est 16 h 52 lorsque les faits sont filmés. Entourés de CRS, Alexandre Benalla et Vincent Crase se chargent du jeune homme. « Quand j’ai tourné ces images, je ne me posais pas de question sur qui s’occupait de ce jeune, mais j’étais choqué de la violence avec laquelle il avait été frappé. C’est là que j’allume la vidéo de mon téléphone, lorsqu’il a été amené par des policiers vers l’entrée du jardin. Puis un CRS nous a demandé de partir dans l’autre sens, vers une autre sortie du parc. »

Didier se souvient encore de l'ambiance anxiogène qui régnait dans le parc : « Sans mettre en joue, un CRS tenait son Flash-Ball de façon assez menaçante. Ce qui fait d’ailleurs que plusieurs manifestants ont levé les mains en l’air en passant près des CRS. »

Mardi 31 juillet, Mediapart a reçu une seconde vidéo. Elle a été tournée à 16 h 53, soit une minute après la précédente, par un autre témoin qui souhaite garder l’anonymat. Il s’agit de la même interpellation réalisée par Alexandre Benalla et Vincent Crase. Le premier prend soin de remettre sa capuche sur la tête.

© Mediapart

Dans la vidéo publiée par Libération vendredi 27 juillet, Vincent Crase et Alexandre Benalla procèdent à l’interpellation de Noémie, 24 ans et Romain, 23 ans, deux manifestants. Noémie, fonctionnaire du ministère de la justice, filme la scène. Mais la vidéo s’interrompt lorsqu’elle est interpellée par l’un des faux policiers. Elle est ensuite ceinturée, tandis que Romain est mis au sol et menotté. Romain a été conduit au commissariat et placé en garde à vue. Il aurait commis des « violences contre une personne dépositaire de l’autorité publique ».

« La garde à vue de mon client a été prolongée pour qu'il soit procédé à une confrontation qui n'aura jamais lieu », explique à Mediapart Nadja Diaz, avocate de Romain. Aucune poursuite n’a été engagée contre son client.

« Cette nouvelle vidéo publiée par Mediapart laisse clairement apparaître que messieurs Crase et Benalla procèdent à une interpellation dans le Jardin des plantes, le 1er mai, à proximité immédiate du lieu où mon client a, lui-même, été interpellé, commente Nadja Diaz. Cela démontre que monsieur Benalla, contrairement à ce qu’il a affirmé par l’intermédiaire de son conseil, n’a pas “strictement rien fait à cet endroit et sur personne”, ce jour-là. Il a donc menti. Cela démontre qu’ils ont, cet après-midi-là, agi comme des policiers au vu et au su de tous. »

Le 1er mai, aucune suite n’a été donnée aux interpellations auxquelles ont participé Alexandre Benalla et Vincent Crase. Pourtant, lors d'interpellations, une fiche de mise à disposition doit être remplie par l’autorité civile, un policier en charge des opérations. Dans cette note doivent figurer l’identité de la personne interpellée, le lieu, la date, l’heure ainsi que les circonstances et le motif. Qu'en est-il des interpellations menées par l'ancien collaborateur de l’Élysée et l'employé du parti LREM, censés être observateurs ? Ces notes ont-elles été rédigées ? Mentionnent-elles la présence d’Alexandre Benalla et de Vincent Crase ?

S’agissant des interpellations place de la Contrescarpe, François Molins, procureur de la République de Paris, s’en était lui-même étonné. Dans un courrier adressé le 25 juillet au directeur de la DSPAP (Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne), publié par Le Monde, le procureur demande pourquoi aucune poursuite n’a été engagée à l’encontre du couple violemment interpellé par Alexandre Benalla.

Cette nouvelle vidéo montre que les violences exercées par Alexandre Benalla ne sont pas un dérapage mais qu’il a pris part très tôt aux opérations de maintien de l’ordre. Mediapart a contacté son avocat Laurent-Franck Liénard, afin de lui demander qui avait donné à son client l’autorisation de se comporter comme un policier. Il n’a pas donné suite à notre appel.

« Ces faits réitérés dans la journée du 1er mai au moins trois fois par un fonctionnaire de la sécurité personnelle du président et un salarié de son parti n'ont pu être ignorés de tous. Après la communication, doit venir le temps d'établir les responsabilités et complicités », estime Grégory Saint Michel, avocat de Noémie, interpellée au Jardin des plantes.

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(*) Le prénom de Didier a été changé afin de préserver son anonymat.

L’article a été modifié le 31 juillet à 19 h 30 avec l’ajout de la seconde vidéo.