Chez les Balkany, même les bijoux passent par les paradis fiscaux

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Les juges vont de surprise en surprise dans leur enquête sur les élus de Levallois et leur patrimoine caché. Ils ont découvert qu'Isabelle Balkany avait perçu au Liechtenstein 240 000 € provenant de la vente, en Suisse, d'un diamant de 13 carats. Rien n'a été déclaré.

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Selon le bon vieux principe de la pelote que l’on dévide, les juges anticorruption Renaud Van Ruymbeke et Patricia Simon vont de surprise en surprise dans leur enquête sur les Balkany. Après avoir mis au jour l’étourdissant patrimoine caché (villas aux quatre coins du monde, comptes en banque et fondations exotiques, dépenses en espèces…) des célèbres époux de Levallois-Perret – Patrick est député et maire de la ville ; Isabelle, sa première adjointe –, les magistrats ont récemment découvert que, chez les Balkany, même les bijoux passent par les paradis fiscaux et ne sont pas déclarés en France.

Le diamant de Mme Balkany. © DR Le diamant de Mme Balkany. © DR
L’histoire tient dans deux bagues. La première est un diamant de 13 carats de chez Van Cleef & Arpels. « Un brillant », comme le dira Isabelle Balkany devant les juges, le 26 octobre, à l’occasion d’un interrogatoire qui se terminera pour l’élue LR des Hauts-de-Seine par une nouvelle mise en examen, pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée par le caractère habituel ».

Dans les montagnes de documents revenus des multiples demandes de coopération judiciaire internationale, les enquêteurs ont découvert qu’Isabelle Balkany a perçu, le 22 mars 2011, sur le compte n° 115780 à la Neue Bank, au Liechtenstein, la coquette somme de 260 000 francs suisses, soit 240 000 €. L’argent a atterri sur le compte d’une société offshore, la Real Estate French West Indies, qui avait déjà permis aux Balkany de s’offrir une somptuaire villa, baptisée Pamplemousse, sur l’île de Saint-Martin dans les Antilles. 

Patrick et Isabelle Balkany, le 2 juillet, aux obsèques de Charles Pasqua.  © Reuters Patrick et Isabelle Balkany, le 2 juillet, aux obsèques de Charles Pasqua. © Reuters

Les 240 000 € correspondent à la part d’Isbaelle Ballany sur la vente d’un diamant de 13 carats, qui aurait initialement appartenu à la mère de l’élue LR. « Ma mère possédait un brillant que mon frère et ma sœur ont emmené en Suisse dans les années 85 quand ils ont quitté la France. Ils ont eu la délicatesse d’attendre que Maman soit décédée pour vendre ce bijou », a expliqué Mme Balkany devant les juges. Le diamant avait été vendu fin 2010 aux enchères à Genève pour un montant total de 920 000 francs suisses, soit 860 000 €, somme que la fratrie s’est ensuite partagée.

Le « brillant » a donné lieu à quelques explications embarrassées d’Isabelle Balkany face aux magistrats lors de l’interrogatoire du 26 octobre dernier.

— Question des juges : « Ce bijou, en avez-vous fait la déclaration ? »
— Réponse de Mme Balkany : « Non, car mon frère et ma sœur ne souhaitaient pas que je “rapatrie” cet argent, car ils ne souhaitaient avoir aucun lien avec la France […]. »
— Relance des juges : « Vous étiez pourtant libre de le faire ? »
— Isabelle Balkany : « Oui, certainement, mais comme c’était la condition, j’ai accepté. »

Les “brillantes” aventures des Balkany ne s’arrêtent pas là. La justice s'est également aperçue que la même société du Liechtenstein Real Estate French West Indies a payé en Suisse pendant sept ans, entre 2006 et 2013, de copieux frais d’assurance pour une autre bague, évaluée à 100 000 dollars. « Il s’agit d’une bague que m’avait offerte mon mari pour nos dix ans de mariage », a affirmé Isabelle Balkany. Pas de chance, la bague a été perdue en 2014 sur l’île de la Jatte, à Neuilly-sur-Seine, à en croire l’élue de Levallois.

Une fois encore, les juges n’ont pas caché leur étonnement de voir qu’une bague ait pu être assurée par l’intermédiaire d’une structure domiciliée dans les paradis fiscaux.

— Question : « Pourquoi faites-vous payer l’assurance de cette bague par la société du Liechtenstein FWI ? »
— Réponse d’Isabelle Balkany : « Parce que je trouvais que c’était cher. » Sous-entendu en France.

Quand il y a de la gêne, il n’y a pas de plaisir.   

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Une première version de cet article indiquait qu'Isabelle Balkany avait été mise en examen pour « blanchiment de corruption et de fraude fiscale aggravée par le caractère habituel ». C'était l'objet de sa convocation. Elle est en fait ressortie mise en examen pour « blanchiment de fraude fiscale aggravée par le caractère habituel ».