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Mediapart mer. 4 mai 2016 4/5/2016 Édition du matin

Les chiffres (détraqués) de la délinquance en 2012

19 janvier 2013 | Par Louise Fessard

Le bilan 2012 de la délinquance révèle l'ampleur des manipulations statistiques de ces dernières années. La gendarmerie ouvre le bal : l'adoption d'un nouvel outil d'enregistrement des infractions a suffi à provoquer une explosion de certains faits.

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S'il était encore besoin d'illustrer le manque de fiabilité des chiffres de la délinquance enregistrés par les forces de l'ordre, le pataquès que la gendarmerie nationale a connu en 2012 y suffirait. À la suite de l'adoption, l'an dernier par les gendarmes, d'un nouveau logiciel automatisé d'enregistrement des infractions, dit Pulsar, certains faits de délinquance, stables en zone police, ont tout bonnement explosé en zone gendarmerie. Les faits de « violences, mauvais traitements et abandons d'enfant » (oui, tout cela est bien compilé de façon indifférenciée sous le même index) enregistrés par les gendarmes ont ainsi plus que doublé en douze mois.

Toujours en zone gendarmerie et sur la même période, les « harcèlements sexuels et autres agressions sexuelles envers des mineurs » ont eux aussi connu une hausse vertigineuse de 75,5 %, tandis que ceux commis envers des majeurs progressaient de 47,8 %. Au moins une douzaine d'indicateurs sont concernés par des évolutions du même ordre, « jamais arrivées » depuis la création de l'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) en 1996, a précisé son nouveau président, Stefan Lollivier, un inspecteur général de l'Insee qui a pris la succession d'Alain Bauer*.

Devant de telles aberrations statistiques, l'Observatoire, qui présentait vendredi matin, à l'Ecole militaire à Paris, son bilan annuel de la délinquance, a dû, pour la première fois, séparer les chiffres de la gendarmerie et ceux de la police. Après moult échanges avec la gendarmerie nationale, l'ONDRP a fini par conclure « que ces ruptures étaient dues au déploiement des nouveaux systèmes d'information de la gendarmerie ».

Alors que les gendarmes tapaient autrefois leur procédure sans forcément comptabiliser immédiatement l'infraction, cet enregistrement est désormais automatisé. Ce à quoi s'ajoute une qualification beaucoup plus fine des infractions, les menus déroulants du nouveau logiciel laissant peu de place à l'approximation. Plus moyen de garder des infractions sous le coude pendant des semaines, et surtout plus moyen de les requalifier sous des index moins visibles, car peu pris en compte par l'ONDRP. L'entourloupe, décryptée par Le Monde, est assez simple.

L'état 4001, qui recense les infractions constatées, compte 107 index ou catégories d'infractions. Pour en faciliter la lecture, l'ONDRP regroupe ces index sous quatre grands indicateurs : atteintes volontaires à l'intégrité physique, atteintes aux biens, infractions révélées par l'action de services (stupéfiants et séjour irrégulier), ainsi que les escroqueries et infractions économiques et financières.