«Comédie fiscale»: Dany Boon veut s’attaquer aux sources de Mediapart

Par

Dany Boon a déposé plainte contre Mediapart pour « vol », « atteinte au secret des correspondances », « violation du secret professionnel » et « recel » après la diffusion d’une enquête-vidéo sur ses acrobaties fiscales. Une procédure qui n’a qu’un objectif : trouver nos sources. En vain.

Cet article est en accès libre. Découvrez notre offre spéciale ! S'abonner

Dany Boon ne rit plus. Le comique, acteur, réalisateur et producteur français de renom a déposé plainte contre Mediapart pour « vol », « atteinte au secret des correspondances », « violation du secret professionnel » et « recel » après la diffusion, fin janvier, d’une enquête-vidéo qui a révélé plusieurs acrobaties fiscales de l’artiste, en parfaite contradiction avec ses prises de parole publiques sur le sujet.

Le parquet de Paris a ouvert une enquête préliminaire et deux journalistes de Mediapart, Michaël Hajdenberg et moi-même, ainsi que le réalisateur du film, Antoine Guerre, ont été entendus sous le régime du « suspect libre », lundi 15 avril, par la Brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP) de la police judiciaire de Paris.

© Mediapart

Le type de procédure choisi par Dany Boon et ses conseils relève de la mauvaise plaisanterie. Il est normal que des journalistes doivent rendre compte, y compris devant la justice, de leurs écrits, mais à une condition : que cette discussion judiciaire ait lieu dans le cadre législatif prévu à cet effet depuis bientôt 140 ans, à savoir la loi sur la liberté de la presse du 29 juillet 1881.

Or, en choisissant délibérément de contourner le droit de la presse pour poursuivre Mediapart de délits tels que le « vol » ou l’« atteinte au secret des correspondances », Dany Boon n’a qu’un objectif : trouver nos sources.

Il faut rappeler que le comédien, qui a refusé de répondre pendant des mois à nos questions, ne conteste aucune des informations que nous avons rendues publiques dans cette enquête-vidéo intitulée La comédie fiscale de Dany Boon ; il conteste le fait que nous ayons pu les rendre publiques. En d’autres termes, d’avoir fait notre métier sur un enjeu d’intérêt public : le consentement à l’impôt et les manœuvres pour s’y soustraire.

Dany Boon, en mars 2018. © Reuters Dany Boon, en mars 2018. © Reuters
Depuis une dizaine d’années et l’immense succès de la comédie Bienvenue chez les Ch’tis (20 millions d’entrées), Dany Boon s’est construit à longueur d’interviews et de prises de parole publiques l’image d’un patriote fiscal, démentant avec constance se prêter au jeu de l’optimisation et de l’évasion ou avoir un quelconque lien avec les paradis fiscaux.

L’enquête de Mediapart, qui a reposé sur le recueil de nombreux documents et témoignages, a permis de révéler trois informations d’intérêt général, dévoilant le fossé qui existe entre la communication de Dany Boon (comprendre : la valeur d’exemple qu’il veut se donner aux yeux de son public et des citoyens français) et la force contraignante de la réalité :

  • 1) Dany Boon a réclamé en 2016 que le droit fiscal français sur l’héritage ne s’applique pas à son patrimoine.
  • 2) Il a multiplié les résidences fiscales à l’étranger ces dernières années dans des pays où, parfois, la fiscalité est beaucoup plus douce qu’en France.
  • 3) Il a investi des millions d’euros dans des hedge funds domiciliés dans les pires paradis fiscaux de la planète, comme les îles Caïmans.

Devant les enquêteurs de la police judiciaire, Mediapart a par conséquent refusé de se prêter au jeu d’une procédure qui vise simplement à « criminaliser » le journalisme.

Comme la loi nous y autorise, nous avons donc opposé aux questions des policiers le secret des sources, c’est-à-dire la protection que nous offrons en toutes circonstances à ces personnes sans qui le journalisme ne serait rien et l’information ne serait qu’un pâle reflet de la communication.

Prolongez la lecture de Mediapart Accès illimité au Journal contribution libre au Club Profitez de notre offre spéciale