Contre la haine, nos fraternités

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Une haine meurtrière défie la France, sa République et sa campagne présidentielle. Précédée des meurtres de militaires à Toulouse et Montauban auxquels elle serait reliée, la tuerie antisémite de Toulouse est peut-être l’œuvre d’un fou. Mais, dans ce cas, sa folie est d’époque. D’une époque où l’on s’habitue à diviser l’humanité plutôt qu’à la rassembler.

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Une haine meurtrière défie désormais la France, sa République et sa campagne présidentielle. Précédée des meurtres de militaires à Toulouse et Montauban auxquels elle serait reliée, la tuerie antisémite de Toulouse est peut-être l’œuvre d’un fou. Mais, dans ce cas, sa folie est d’époque. D’une époque où l’on s’habitue à diviser l’humanité plutôt qu’à la rassembler, où l’on attise les violences plutôt que d’apaiser la société. Et c’est cette folie qu’il importe de conjurer d’urgence, en convoquant la raison contre la peur et la fraternité contre la haine.

« Un dieu rôde derrière le fait divers », a un jour écrit Roland Barthes, pour souligner sa force énigmatique, ravageuse et irrationnelle, qui nous désarçonne tant nous nous sentons impuissants à le déchiffrer. Mais ce dieu du fait divers est aussi bien un diable, capable de faire basculer nos destins en nous plongeant dans l’aveuglement et l’effroi, rompant les amarres de la raison pour les flots d’une déraison apeurée. Depuis les terrifiants assassinats ayant visé les enfants et les enseignants d’un établissement scolaire juif toulousain, ce diable s’est invité dans la campagne présidentielle sous l’apparence d’un tueur de sang-froid, casqué et motorisé.

Il faut espérer qu’enquêtes policières et instructions judiciaires réussissent à éclairer au plus vite l’énigme de ces meurtres dont ont été victimes trois enfants et un adulte parce qu’ils étaient juifs, ainsi que quatre militaires qui, outre leur uniforme, avaient en commun de témoigner de la diversité de notre peuple, par leurs origines maghrébine ou antillaise – le quatrième étant toujours entre la vie et la mort. Sommes-nous bien en présence des actes d’un individu isolé, comme le laissent supposer les premières constatations ? A-t-il agi par antisémitisme d’un côté et, de l’autre, par détestation d’une armée française engagée en Afghanistan face à un peuple musulman ? Ou bien agit-il par racisme dans les deux cas, contre l’école juive et contre les militaires, comme le suggère l’évocation par Le Point d’une piste néo-nazie ?

A ce stade, nous n’en savons rien. Mais, quelle que soit l’hypothèse retenue, nous pressentons qu’une haine inextinguible est au ressort de ces meurtres. Ce tueur est peut-être un fou solitaire, sans autre motivation que la folie criminelle qui l’habite. Malgré l’horreur de ses actes, peut-être n’est-il qu’un spécimen isolé d’une humanité perdue au point de nier l’humanité elle-même, un assassin dont les crimes n’ont d’autre signification que sa folie. Mais peut-être est-il aussi un fou d’idéologie, un fou saisi par ces passions meurtrières qui, ces dernières années, n’ont cessé de travailler notre modernité, diffusées et alimentées par les tenants des guerres d’identités, chocs de civilisations et affrontements de religions.

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Cette réflexion à voix haute est un appel à toutes les forces de la société – politiques, syndicales, associatives, culturelles, intellectuelles, confessionnelles, etc. – qui n'ont pas cédé au langage de la xénophobie et du racisme, pour qu'elles se rassemblent autour de nos fraternités contre la haine. Sous le choc des tueries de Toulouse et Montauban, ne pourrait-on pas imaginer une initiative commune qui, par sa dynamique unitaire et sa solidarité communicative, se dresse contre toutes les idéologies qui exploitent la peur de l'Autre ?

Les victimes des tueries sont Gabriel Sandler, 4 ans, Arieh Sandler, 5 ans, Jonathan Sandler, 30 ans, Myriam Monsonego, 7 ans (à Toulouse, le 19 mars); Abel Chennouf, 25 ans, Mohamed Legouad, 24 ans (à Montauban, le 15 mars); Imad Ibn Ziaten, 30 ans (à Toulouse, le 11 mars).

Cet article est aussi le quatrième d'une série d'analyses sur la situation politique française dans la perspective de l'élection présidentielle de 2012 et dans le contexte de la crise historique européenne. Intitulée « Où va la France ? », elle se déclinera en plusieurs épisodes jusqu'aux lendemains de l'élection présidentielle. La clôture de la liste définitive des candidats a été officiellement annoncée le 19 mars – jour de la tragédie de Toulouse –, quelques jours après le dépôt de leurs parrainages par les candidats, fixé au vendredi 16 mars, soit précisément le jour anniversaire de Mediapart qui a eu alors quatre ans. La campagne officielle s'ouvre le 9 avril, le premier tour ayant lieu le dimanche 22 avril et le second le dimanche 6 mai.