Le FN étale ses divisions sur l'Europe

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Au contraire de Marine Le Pen, qui a plaidé jeudi soir sur France 2 pour une nouvelle approche de l'Europe et de l'euro, les eurodéputés frontistes contactés par Mediapart nient un quelconque changement de programme. Sur la méthode, tout sera fait pour cacher sous le tapis les sujets qui ont pu fâcher leurs électeurs potentiels, la sortie de l'euro en tête.

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« J’ai entendu ce que m’ont dit les Français. Ils ont exprimé une crainte », explique Marine Le Pen, invitée de « L’émission politique » de France 2, au sujet de la sortie de l’euro, point phare de son programme présidentiel de 2017. La présidente du Front national faisait son grand retour médiatique après le débat raté qui l’avait opposée à Emmanuel Macron lors de l’entre-deux-tours de la présidentielle. Quelques jours plus tôt, le 12 octobre, à Valeurs actuelles, Marine Le Pen tenait ce langage : « Dans de nombreux domaines, on peut améliorer la vie quotidienne des Français sans quitter l'Europe ni l'euro. » Une phrase qui semblait annoncer une petite révolution dans la ligne frontiste sur l’Europe après avoir entendu le FN, des années durant, tancer sur tous les tons ce « projet technocratique, totalitaire et nuisible à nos libertés » (on peut écouter ici Marine Le Pen en 2011) que serait l’Union européenne. Une mise au point de la présidente du FN était attendue sur ces sujets.

Interrogée à propos de la sortie de l’euro par François Lenglet et Léa Salamé, Marine Le Pen fait l’anguille pendant plusieurs minutes, paraphrasant le bref communiqué publié par son parti à l’issue de son « séminaire de refondation » du 21 juillet : « Je pense que plutôt qu’une sortie brutale, il faut retrouver nos souverainetés les unes après les autres. La récupération de la souveraineté territoriale nous apparaît comme prioritaire […] et la souveraineté monétaire clôturera ce processus. »

Devant l’insistance des journalistes, Marine Le Pen finit par lâcher : « Je n’ai pas une vision idéologique de la monnaie. Si l’euro était positif pour la France, après tout, je m’en contenterais, mais je considère qu’il continue d’être négatif, explique-t-elle. Si la souveraineté monétaire n’est pas rendue à la France, si l’Allemagne ne souhaite pas reverser ce qu’elle doit en vertu de ce que devrait être la solidarité européenne, si la banque centrale européenne continue à financer l’économie virtuelle et pas l’économie réelle, alors il n’y aura pas d’autre choix que de terminer ce processus par le recouvrement d’une monnaie nationale. » Avec des si, le Front national proposerait de quitter l’euro.

Une « révolution copernicienne » sur l'euro, applaudissait Robert Ménard avant le débat de jeudi soir. © Twitter Une « révolution copernicienne » sur l'euro, applaudissait Robert Ménard avant le débat de jeudi soir. © Twitter

Robert Ménard, le maire de Béziers, avait célébré ces derniers jours une « révolution copernicienne » sur l’euro, mais plusieurs eurodéputés frontistes contactés par Mediapart ont nié vouloir abandonner le projet de sortie de la monnaie unique. « Pour tenir compte de l’opinion publique, nous repoussons la sortie de l’euro en fin de quinquennat », répond par exemple Gilles Lebreton, qui reprend, comme Marine Le Pen, les termes du communiqué de juillet. À l'écouter, le FN proposerait juste une nouvelle chronologie pour préparer la sortie de l'euro (quand par le passé, il en faisait un point de départ de sa politique économique).

Pour l’un des stratèges de la campagne de Marine Le Pen, le passage à une monnaie commune, c’est-à-dire le retour au franc à l’intérieur du pays, adossé à l’euro (ou à l'écu ?) pour les échanges extérieurs, a toujours été le programme du FN et continue de l’être : « Nous faisons grief à Florian Philippot d’avoir caricaturé ce versant de notre programme, qui date d’il y a huit ans, en exigeant la sortie immédiate inconditionnelle de la France de la zone euro sans savoir où on allait. »

Durant la campagne présidentielle de 2017, Marine Le Pen a d’abord fait la promotion d’un « rétablissement d’une monnaie nationale », soit un retour strict au franc comme l’indique le point 35 de son programme. Ce n’est qu’après l’accord passé avec Nicolas Dupont-Aignan à l’entre-deux-tours que la présidente du FN a évoqué la transition vers une « monnaie commune européenne ». Un revirement opéré dans une grande confusion, criante lors du débat qui l’a opposée à Emmanuel Macron. La candidate avait alors mélangé système monétaire européen et ECU, donnant à voir une franche impréparation sur le sujet, comme Mediapart l’avait exposé. « Comment voulez-vous négocier un tel virage à une semaine du second tour ? », déplore un cadre frontiste.

Le changement de calendrier désormais promulgué par les cadres frontistes ressemble pourtant à un enterrement de première classe. Deux semaines avant le séminaire, Bernard Monot, eurodéputé et économiste, disait ceci à L'Express : « Techniquement, nous avons raison. L'euro est un fardeau énorme pour l'économie française. Mais politiquement, nous avons tort. À deux reprises déjà, en 2012 et 2017, les Français n'ont pas validé notre mesure ainsi que la question du Frexit. » […] Dès lors, ce n'est pas la peine de s'obstiner à faire de la pédagogie. […] Cela nous barre l'accès au pouvoir. » « Il y a un changement de méthode. Mais sur le fond, nous étions des souverainistes et nous le sommes toujours », se défend Gilles Lebreton.

La présidente du Front national était également attendue sur la question de l’appartenance de la France à l’Union européenne : « Je ne suis pas la seule à penser qu’on peut négocier et qu’on peut faire le bras de fer », a indiqué Marine Le Pen, semblant abandonner l’idée longtemps exposée de quitter l’Union. Elle s’est félicitée de « l’affaiblissement de madame Merkel, la montée en puissance en Autriche d’une contestation à l’égard des règles de l’Union européenne, [du] bras de fer du groupe de Visegrad [qui réunit de manière informelle Hongrie, Pologne, Slovaquie et République tchèque – ndlr] qui permettrait peut-être de réfléchir à un renversement des alliances ».

Bernard Monot salue l'« euroréformisme » du FN © Twitter Bernard Monot salue l'« euroréformisme » du FN © Twitter

Ainsi, ils se proposent désormais de « réformer » l’Europe plutôt que de claquer la porte : les eurodéputés frontistes planchent actuellement sur la rédaction en petit comité d’une ébauche de « traité simplifié », coordonnée par Gilles Lebreton. « Un traité assez bref qui ira à l’essentiel », dans le but de construire une « alternative à l’Union européenne. Entre le choix d’une UE inchangée et des nations isolées et repliées sur elles-mêmes, il y a ce chemin médian qu’on est en train de prendre », indique l’eurodéputé.

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