Afghanistan: l'embarras et le silence du pouvoir

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Trois jours après l'embuscade et les combats qui ont causé la mort de dix soldats parachutistes français en Afghanistan, le gouvernement et l'armée française continuent à distiller avec parcimonie les informations concernant les circonstances de l'attaque, mais aussi l'identité et les biographies des militaires tombés au front. Tous étaient-ils suffisamment formés? Y a-t-il eu erreur d'évaluation, défaillance dans la chaîne de commandement? Sur fond de polémique, des responsables de l'UMP expriment leurs interrogations à Mediapart.

Lire également notre enquête : "Cinq questions sur la mort des dix soldats français".

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Nicolas Sarkozy est, paraît-il, un président «américain». Pourtant, s'il est un domaine dans lequel il n'a pas appris des Etats-Unis, c'est bien la transparence. Alors que le voyage du chef de l'Etat à Kaboul, mercredi, puis la cérémonie d'hommages aux dix soldats morts en Afghanistan, jeudi matin aux Invalides, ont donné lieu à une opération de communication intensive sur le mode « le chef des armées compatit mais porte haut le flambeau de la défense des libertés dans le monde » (voir la Une du Figaro), les militaires tombés au front n'ont pas eu droit aux même efforts de promotion, même si leurs noms ont tous été cités dans la cour d'honneur des Invalides par le président de la République.

 

C'était la première fois. Car jeudi matin, le ministère de la défense n'avait toujours pas communiqué une liste complète des dix soldats décédés, pas plus que leur âge, leurs états de service ou des éléments de biographie, laissant le soin à la presse régionale de compiler elle-même ces informations auprès des régiments concernés.

 

La différence est marquée avec les Etats-Unis. Lors de chaque mort militaire américaine, le Pentagone publie un communiqué du genre de celui présenté ci-dessous, dans un délai de 24 à 72 heures.

 

Mediapart propose dans l'onglet Prolonger une liste des soldats tués, avec des liens aux articles ad hoc dans la presse locale.

 

 

 

Communiqué de presse du Pentagone

 

Le mutisme est le même concernant ce qui s'est réellement déroulé sur le terrain, entre lundi et mardi, dans ce col à une cinquantaine de kilomètres de Kaboul.

 

La première version des faits, présentée par le chef d'état-major, le général Jean-Louis Georgelin, n'était pas très riche en détails et semble contredite depuis par des témoignages de soldats recueillis par le quotidien Le Monde. Les militaires qui ont survécu évoquent des renforts qui ont mis du temps à arriver, des soldats qui sont morts au fur et à mesure des affrontements avec les talibans, et même des « tirs amis » de la part des avions de l'appui aérien finalement arrivés sur place.

 

Sur RTL ce matin, le ministre de la défense Hervé Morin a affirmé : « Nous n'avons aucun élément d'information de la sorte. » Nicolas Sarkozy, interrogé ce matin sur le perron de l'Elysée sur cette « polémique », a choisi la morgue : « Vous n'avez pas honte, le jour du recueillement ? » a-t-il répliqué aux journalistes avant de monter dans sa voiture et de partir.

 

Quelques minutes plus tard, le porte-parole du gouvernement, Luc Chatel, toujours de l'Elysée, est revenu sur le conseil des ministres et les interventions de Bernard Kouchner et de Nicolas Sarkozy. Selon lui, ni l'un ni l'autre ne sont rentrés dans le détail de l'accrochage. Le porte-parole a renvoyé sur l'enquête qui sera conduite par l'OTAN en précisant qu'en plus des commissions des affaires étrangères et de la défense qui entendront Hervé Morin et Bernard Kouchner la semaine prochaine ( sans doute mardi), François Fillon fera une communication devant l'Assemblée nationale rassemblée en session extraodinaire, sans en préciser la date.

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