Nouveau suicide sur le parvis de la BNF, la direction promet une sécurisation des lieux

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Un suicide a encore une fois endeuillé la bibliothèque François-Mitterrand, au cœur de l’été. Une enquête est ouverte sur les conditions du décès de cet agent de la BNF. La transformation architecturale du parvis semble désormais inéluctable.

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Un suicide, un de plus, depuis le parvis de la bibliothèque François-Mitterrand, à Paris. Il s’agissait cette fois-ci d’un agent de l’établissement public, travaillant au sein du département droit et politique, qui s’est donné la mort le 3 août 2020. Une enquête de police est en cours, et une enquête paritaire, mêlant représentants syndicaux et de la direction, doit être également menée en interne à partir de septembre, sur un éventuel lien avec le travail.

Ce nouveau drame a relancé le débat de la sécurisation du parvis, réclamée avec force depuis 2015 par les représentants du personnel (lire ici notre enquête publiée en décembre 2019). Depuis une dizaine d’années, sept chutes volontaires ont eu lieu, vers le jardin-forêt central. Aucune de ces personnes n’a survécu. Deux autres chutes ont eu lieu, sans entraîner de décès, des « rues jardin » dans la bibliothèque. Un agent s’est également donné la mort en 2015, depuis l’une des quatre tours.

La direction de la Bibliothèque nationale de France (BNF), interrogée par Mediapart, souhaite désormais « avancer le plus rapidement possible sur ce projet ». La ministre de la culture Roselyne Bachelot a confirmé, au journal en ligne Actualitté, une « nécessité ». Dans l’urgence, l’accès a été interdit, et demeure surveillé, avant que des palissades de chantier ne soient installées temporairement devant les garde-corps.

Depuis le parvis de la bibliothèque François-Mitterrand, à Paris. Depuis le parvis de la bibliothèque François-Mitterrand, à Paris.

C’est tout l’enjeu de cette affaire qui s’enlise depuis des années. La bibliothèque François-Mitterrand, chef-d’œuvre architectural imaginé par Dominique Perrault, est célèbre pour ses quatre tours en forme de livres ouverts, mais aussi pour sa magnifique canopée, que l’on surplombe depuis le dernier étage, ouvert au public. Le problème réside dans les garde-corps du parvis, à hauteur de hanche, sur lesquels il est très facile de grimper, mais jusqu’ici intouchables afin ne pas briser l’unité visuelle du bâtiment.

En 2017, une première étude de faisabilité est commandée pour éviter les chutes. Un plan de travaux à 3 millions d’euros est enfin proposé. Le projet propose de rehausser les garde-corps du parvis par un haut mur en verre. Il est vite abandonné pour des raisons tout à la fois architecturales et budgétaires.

Les syndicats obtiennent en octobre 2019, faute de mieux, et quelques semaines seulement après un nouvel événement dramatique, la mise en place d’une signalétique spécifique sur le parvis, le renforcement du nombre de vigiles et un système d’alarme dans le périmètre des garde-corps. Ce chantier, qui devait démarrer au printemps, a été reporté à l’automne, en raison du Covid-19.

La BNF a également demandé, en fin d’année dernière, une nouvelle étude de faisabilité, cette fois-ci directement à l’agence de Dominique Perrault, qui possède un « droit moral » sur l’ouvrage. Le drame d’août a là encore bousculé ce calendrier, et l’institution devrait rencontrer fin août l’architecte pour « aller plus vite » sur la modification structurelle du bâtiment, qui, « manifestement », admet Kevin Riffault, directeur de l’administration et du personnel de la bibliothèque, « est devenu un spot ».

« Il y ces incidents et ces décès, accidentels ou non, la BNF qui pousse, le ministère qui s’en mêle… Dominique Perrault se retrouve cerné de toute part, confirme Gaël Mesnage, secrétaire adjoint de la CGT à la Bibliothèque nationale de France, il ne pourra pas résister comme il le faisait jusqu’ici à toute modification. » Selon plusieurs sources, la direction de l’établissement serait même prête à assumer le risque juridique et passer outre le droit moral du concepteur, devant cette avalanche de décès. Interrogé sur le sujet, Dominique Perrault n’a jamais répondu à nos sollicitations.

Sur place, outre la tristesse d’avoir perdu un collègue estimé, « les gens sont très choqués, en colère », explique Fabrice Larcade, de SUD Culture Solidaires, qui a déposé le 14 août un droit d’alerte pour danger grave et persistant. « On ne souhaite bien sûr pas tout mélanger, mais chaque nouvelle chute ravive des angoisses antérieures chez les agents, et c’est exponentiel », insiste Fabrice Larcade, qui évoque aussi l’angoisse du retour au travail après le confinement, souligné dans un rapport rédigé par la psychologue de l’établissement.

Pour faire face, les syndicats militaient notamment pour un renforcement du service médical et de l’accompagnement psychologique, renforcement qui a finalement eu lieu après l’événement du mois d’août, par l’arrivée de vacataires. « Si c’est possible, en plein été, de trouver des médecins et des infirmières, pourquoi ne pas l’avoir fait avant ? », argue Sud Culture. « C’est avant tout un problème de recrutement, se défend Kevin Riffault. Nous avons, comme dans le reste de la fonction publique, du mal à trouver du personnel médical titulaire. » La direction explique enfin qu’elle va poursuivre le travail en cours sur la prévention des risques psychosociaux, « y compris chez les encadrants ».

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Nous avons contacté les syndicats CGT et Sud Culture, la direction de la BNF et l’agence de Dominique Perrault. Seul ce dernier ne nous a pas répondu.

« La couverture médiatique d’un suicide est susceptible d’inciter certaines personnes vulnérables à passer à l’acte par imitation, prévient l’Organisation mondiale de la santé. Le risque est d’autant plus grand que la couverture est vaste, que le sujet occupe le devant de la scène médiatique, qu’il est sensationnaliste ou qu’il comporte une description détaillée de la manière dont la personne s’est suicidée. En revanche, une information responsable permet de soutenir un effort d’information auprès du public et d’encourager les personnes vulnérables à avoir recours à de l’aide. »

Dans ce cadre, nous avons décidé, à l’issue d'une discussion sur le sujet à Mediapart, de mettre à disposition de nos lecteurs ces références, sans rien céder sur nos exigences d'information.

S.O.S Amitié : 09 72 39 40 50

Suicide Écoute: 01 45 39 40 00

Le site de l’Union nationale pour la prévention du suicide (UNPS). https://www.unps.fr/