Suicide de Venner: un inquiétant « parfum de martyre » dans l'extrême droite

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Quel sens et quelle portée donner au suicide de l'essayiste d'extrême droite Dominique Venner ? Pour le politologue Jean-Yves Camus, le présenter comme un opposant au mariage pour tous « occulte la dimension principale, le volet anti-immigration ». Mais le chercheur en convient : « un parfum de martyre souffle depuis quelque temps » sur le mouvement des anti.

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Mardi, l'essayiste d'extrême droite Dominique Venner, 78 ans, s'est suicidé devant l’autel de la cathédrale Notre-Dame de Paris en se tirant une balle dans la bouche. Dans la précipitation, nombre de médias titrent sur le « suicide d'un anti-mariage gay ». Sur Twitter, des opposants à la loi Taubira tentent de rattacher cet acte à leur mobilisation, comme ce conseiller national de l'UMP, membre actif de la Manif pour tous :

Les anti veulent-ils se trouver un martyr ? Dimanche, des opposants au mariage pour tous ont créé de faux articles du Monde et de TF1 pour faire croire à la mort d'un des leurs dans le rassemblement près du Panthéon, à Paris. Mercredi, au lendemain du suicide de l'essayiste, le Printemps français, frange radicale des opposants à la loi Taubira, a publié un communiqué intitulé « Ordre du jour numéro 1 ». Sous forme de manifeste fondateur d'une « nouvelle résistance », il annonce de nouvelles actions (« la bataille ne fait que commencer » et « se prolongera jusqu'à la victoire ») et liste ceux qui seront « tenus pour cibles ».

Mais de son côté, Pierre-Guillaume de Roux, éditeur et ami de Dominique Venner, tempérait : « Je ne crois pas que l'on puisse lier son suicide à cette affaire de mariage, cela va bien au-delà. » Ce que confirme une lettre laissée sur l'autel par l'essayiste, dans laquelle il juge « nécessaire de (se) sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable ». Il écrit : « Je me donne la mort afin de réveiller les consciences assoupies. Je m'insurge contre la fatalité », « contre les poisons de l'âme » et « les désirs individuels envahissants qui détruisent nos ancrages identitaires et notamment la famille, socle intime de notre civilisation multimillénaire. Alors que je défends l’identité de tous les peuples chez eux, je m’insurge aussi contre le crime visant au remplacement de nos populations ».

Les hommages de la droite et l'extrême droite pleuvent. Marine Le Pen la première :

 Avant de tenter de rectifier le tir :
 

Jean-Marie Le Pen parle d'un « geste de désespoir positif », d'une « interpellation », dont la « motivation » est « l'invasion migratoire massive de la France ». Bruno Gollnisch déplore lui « un acte de désespoir et de protestation ». Sur Nouvelles de France, Christine Boutin estime que c'est « une responsabilité qui incombe en partie à François Hollande » car il a « participé avec la loi Taubira au déclin de la civilisation qui a conduit Dominique Venner à ce geste désespéré ».

Mardi soir, une trentaine de militants d'extrême droite lui rendaient hommage devant le parvis de la cathédrale. Parmi eux, des anciens du GUD gravitant dans l'entourage de Marine Le Pen (Frédéric Chatillon, son conseiller officieux, Axel Loustau, prestataire pour la sécurité du FN), le responsable du FNJ Julien Rochedy, l'ex-FN Jacques Bompard, député et maire d'Orange.

À l'UMP, Hervé Mariton, pilier de l'opposition au mariage pour tous, fait une étrange déclaration sur BFM-TV : « Je dis qu'un homme est mort et que je le respecte. Je ne partage pas la totalité » de son message final, a-t-il dit, « il y a quelques points sur lesquels je peux m'accorder et d'autres sur lesquels je suis en désaccord ». Dominique Venner « avait des convictions et une vraie conception de la France », estime Thierry Mariani, autre député UMP, sur Nouvelles de France. Le fondateur de la Droite populaire se dit « consterné » et incrimine également François Hollande.

Quel sens donner au suicide de Dominique Venner ? À quelques jours d'une nouvelle manifestation nationale des opposants au mariage pour tous, quelles seront les conséquences de cet acte sur le mouvement des anti ? Pour Jean-Yves Camus, chercheur associé à l'IRIS et spécialiste de l’extrême droite, cet acte est « inédit » mais ne peut être résumé à l'opposition à la loi Taubira : « On occulte la dimension principale de l'idéologie de Dominique Venner : le volet sur l'immigration. » Entretien.

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