Régionales: les alliances écologistes-Front de gauche toujours en débat

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Lors de leurs journées d’été, les écologistes d’EELV ont tenté de mettre en scène une hypothétique dynamique électorale, et des accords avec tout ou partie du Front de gauche, peut-être dans la moitié des régions. Mais le chemin est semé d’embûches.

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Lille, de notre envoyé spécial.-  L’idéal est possible, mais le compliqué est probable. Lors de leur université d’été sur le campus de Villeneuve-d’Ascq, en banlieue de Lille, les écologistes mettent la touche finale à leur dispositif électoral en vue des régionales de décembre. Sur le papier, le contexte est idéal. Les premier et second tours ont lieu en même temps que la conférence sur le réchauffement climatique à Paris (COP 21), un grand raout assurant à peu de frais une campagne médiatique maximale en faveur de l’écologie.

Mais la réalité est aujourd’hui bien loin de l’idéal pour Europe Écologie-Les Verts (EELV). Le parti dérive à vue, faute d’orientation stratégique claire, divisé entre une base militante radicalisée et des parlementaires enclins à « la responsabilité » et à la participation gouvernementale à tout prix. Par la grâce d’une direction ayant choisi de ne jamais arbitrer ni en fin de compte diriger, chaque rassemblement écologiste ressemble au précédent, et celui-ci ne déroge guère à la règle.

Comme l’an dernier à la même époque, les élections locales et la perspective de rassemblements avec le Front de gauche (parfois avec le PCF, parfois sans) animent les débats, provoquant de vives critiques chez les tenants d’une écologie pro-Hollande (parmi lesquels les présidents des groupes parlementaires), inquiets d’un virage « gauchiste » alors que grandit la menace du Front national. Mais dans chacune des régions où un tel accord entre concurrents à gauche du PS est possible, on vante la qualité des discussions (« dès qu’on se parle, en fait, ça se passe bien ») et l’évidence de ne pas s’allier aux socialistes. Cette dernière solution serait massivement rejetée par les militants comme les électeurs, à en croire les diverses têtes de liste (ou conseillers de celles-ci) interrogées.

Jean-Charles Kohlhaas et Corinne Morel-Darleux © dr Jean-Charles Kohlhaas et Corinne Morel-Darleux © dr

En Rhône-Alpes-Auvergne, l’accord est déjà scellé, dans la foulée des municipales grenobloises. Calqué sur le « modèle isérois » et bénéficiant d’une mise en œuvre remontant à plus de deux ans, le binôme Jean-Charles Kohlhaas (tête de liste et EELV) et Corinne Morel-Darleux (porte-parole de campagne et PG) s’appuie sur « un rassemblement citoyen » mettant en avant écologie et éthique (qui bloque pour l’heure les discussions avec le PCF, qui ne veut pas renoncer au cumul des mandats de ses candidats), en surmontant divergences et désaccords pour « jouer la gagne », en tout cas espérer finir devant le PS au premier tour.

Ensemble ils vantent leur « assemblée représentative citoyenne » (environ 80 personnes, dont la moitié de non-encartés) qui coordonnera la campagne et prendra les décisions stratégiques, et se félicitent de se voir rejoindre « par des gens qui avaient jusque-là toujours refusé de s’engager dans nos organisations respectives, mais le font désormais parce que nous sommes ensemble ».

En Nord-Picardie, un rapprochement similaire est en bonne voie (même si le PCF souhaiterait pour l’instant mener la liste). « Sur le terrain, des pêcheurs, des agriculteurs ou des représentants d’association m’ont dit “si vous partez avec le PS, on ne votera pas pour vous” », assure Sandrine Rousseau, porte-parole d’EELV et tête de liste dans le Nord. Elle assume le « gros pari » tenté face à Marine Le Pen et Xavier Bertrand, favoris pour emporter une région historique de la gauche française. « La seule solution aurait été une liste d’union de toute la gauche, mais les socialistes ne veulent pas du Front de gauche, dit-elle. L’objectif va donc être que le total de nos listes arrive devant la droite et l’extrême droite. »

En PACA, le raisonnement est similaire, ainsi que l’explique l’un des responsables locaux, Bruno Delport. « La région est perdue pour la gauche à 95 %, dit-il. La seule façon de la conserver, c’est de créer un électrochoc en arrivant au premier tour devant un PS local qui est dans une situation catastrophique, et en créant une dynamique de rassemblement au second. » Là encore, les discussions sur le fond avec le PCF ne vont pas de soi (elles sont plus « faciles » avec le PG et Ensemble, les autres composantes du Front de gauche), mais « quand on en parle sérieusement, on trouve des points d’équilibre, dit Delport. On y arrivait bien avec le PS, c’est pas plus compliqué ».

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