mot de passe oublié
onze euros les trois mois

Restez informé tout l'été avec Mediapart

Profitez de notre offre d'été : 11€ pour 3 mois (soit 2 mois gratuits) + 30 jours de musique offerts ♫

Je m'abonne
Mediapart jeu. 28 juil. 2016 28/7/2016 Édition du matin

Tapie s'apprête à investir massivement dans le poker en ligne

22 septembre 2011 | Par Laurent Mauduit

Selon nos informations, Laurent Tapie, fils de Bernard, est en négociation secrète pour racheter la société Full Tilt Poker, numéro deux mondial du poker en ligne et qui est au cœur d'une immense escroquerie aux Etats-Unis. Cet argent est-il vraiment le sien?

La lecture des articles est réservée aux abonnés.

C'est une histoire qui risque de faire jaser bien des contribuables : Laurent Tapie, le fils de Bernard Tapie, veut se lancer dans le poker. Selon une source bancaire française confidentielle, il est en effet en négociation secrète pour prendre le contrôle de la société Full Tilt Poker, numéro deux mondial du poker en ligne et qui est au cœur d'un immense scandale aux Etats-Unis, à la suite d'une fraude faramineuse. Il fait en effet partie d'un groupe d'investisseurs ayant déposé une offre.

Depuis la sentence controversée – qui vaut à la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Christine Lagarde, d'être visée par une enquête de la Cour de justice de la République pour « complicité de détournement de fonds publics » et « complicité de faux » –, Bernard Tapie est en effet un homme richissime, puisque les arbitres lui ont alloué, sans doute indûment, 403 millions d'euros prélevés sur fonds publics. 304 millions d'euros sont tombés en net dans son escarcelle personnelle, après règlement de ses dettes fiscales et sociales.

Dans ce montant figurent en particulier 45 millions d'euros au titre du préjudice moral. Cette indemnité a particulièrement choqué l'opinion, puisque le record en la matière avait été attribué auparavant au jeune pâtissier, Patrick Dils, victime d'une dramatique erreur judiciaire qui lui a valu de passer 15 ans en prison et pour laquelle il avait perçu une indemnité de seulement 1 million d'euros. Soit 45 fois moins que Bernard Tapie.

Disposant d'un tel magot prélevé dans la proche des contribuables, dans des conditions aussi controversées, Bernard Tapie semble déterminé maintenant à en trouver rapidement l'utilisation la plus rentable possible. Est-ce donc son argent – c'est-à-dire celui des contribuables – qui va être utilisé pour financer cet investissement?

Dans son entourage, on se refuse à confirmer l'information, et on assure que Laurent Tapie fait les investissements qu'il veut, sans la bénédiction de son père. L'argument risque de ne pas emporter la conviction de tous ceux qui connaissent le dossier. D'autant que la société sur laquelle Laurent Tapie a jeté son dévolu risque d'accroître le trouble des mêmes contribuables. Car c'est visiblement dans le secteur des jeux en lignes, au cœur de très nombreuses dérives, que Bernard Tapie a choisi maintenant d'investir. Et c'est plus précisément l'une des sociétés qui a la réputation la plus trouble qu'il convoite.

Il s'agit en effet, selon nos informations, de Full Tilt Poker, qui est au cœur d'un immense scandale aux Etats-Unis. A la suite d'une plainte collective («class action») déposée à l'encontre de la société, qui a été créée par les plus grands joueurs de poker au monde, Howard Lederer et Christopher « Jesus » Ferguson notamment, la société, comme vient notamment de le raconter Les Echos, « se retrouve désormais accusée par le bureau du procureur de New York d'avoir détourné quelque 390 millions de dollars au détriment de ses clients. En substance, le département de la Justice accuse la société d'avoir détourné les sommes provenant des paris au profit de ses propres administrateurs, au lieu de conserver les mises sur des comptes appropriés ».

Le quotidien économique ajoute : «"Full Tilt n'était pas une société de poker légitime, mais une chaîne de Ponzi globale. Ils ont abusé leurs propres joueurs à hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars", a déclaré hier le procureur du Southern District de New York, Preet Bharara, spécialisé dans la lutte contre la criminalité en col blanc. Cette nouvelle plainte a été enregistrée comme un amendement à un recours civil déjà déposé par 4 joueurs, le 30 juin, qui vise à recouvrer plus de 150 millions de dollars. Selon le bureau du procureur, Full Tilt Poker aurait dû reverser quelque 390 millions de dollars aux joueurs (dont 150 millions de dollars aux Etats-Unis), alors qu'elle ne disposait que de 60 millions de dollars sur ses propres comptes.»

La chaîne de Ponzi qui est évoquée par la justice américaine est un système d'escroquerie très connu, dans lequel l'argent des "entrants" sert à rembourser partiellement les "sortants". C'est la mécanique de fraude dont s'était en particulier servi Bernard Madoff, aux Etats-Unis.

Laurent Tapie à Dublin

L'affaire a donc pris aux Etats-Unis une grande ampleur. D'autant que le secteur des jeux en ligne ne cesse d'être le théâtre de scandales. « Full Tilt n'est pas la seule société de paris en ligne dans le collimateur de la justice américaine, Absolute Poker et PokersStars.net faisant également l'objet de poursuites », disent encore Les Echos.

Le Wall Street Journal a publié une enquête, la plus complète de toutes, qui présente tous les détails de l'escroquerie, en même temps que ses acteurs : la voici en langue anglaise.

Dans ce contexte de tourmente financière et de poursuites judiciaires, de nombreux investisseurs, notamment européens, ont commencé à s'intéresser à Full Tilt Poker, estimant que la société devenait une proie facile. Au diable la morale ! Vive les profits alléchants ! Des offres, nombreuses, ont donc commencé à être déposées. Et le petit monde du poker a commencé à bruisser de rumeurs. L'un des sites Internet les plus connus dans ce microcosme du jeu, Subject Poker, a ainsi révélé le 21 septembre (l'article est ici en anglais) que des investisseurs français étaient sur les rangs.

Un autre site en langue française, Webdo Poker (l'article est ici), résume : « Subject Poker, souvent à la base de nombreuses news ces derniers mois, vient d'annoncer dans ses colonnes qu'un groupe d'investisseurs français considérerait sérieusement le rachat de Full Tilt Poker. Cette information émane directement de l'un des avocats de Full Tilt, Jeff Ifrah, qui déclare dans une interview donnée à SubjectPoker : "Les investisseurs français travaillent sur un deal potentiel avec Full Tilt Poker depuis quelques semaines déjà. Ils se sont rendus à Dublin pour la première fois le 24 août, 8 jours après l'expiration de la période de discussion exclusive avec le précédent groupe intéressé." L'auteur de l'article affirme qu'il existe une lettre d'intention ainsi qu'un document détaillant les conditions nécessaires pour que le rachat puisse avoir lieu. Dans ces documents, il serait expressément indiqué que tout accord de rachat inclurait la provision des fonds nécessaires au remboursement de tous les joueurs. »

Or, qui est cet investisseur sur les rangs ? On l'aura compris : c'est Laurent Tapie, déjà à la tête du site Bernardtapie.com. Mediapart a obtenu l'information d'un banquier parisien, qui est au courant des tractations secrètes. Selon notre source, le fils de Bernard Tapie aurait même fait le déplacement de nouveau en début de semaine pour faire avancer la finalisation de l'accord à Dublin, au siège de Pocket Kings, qui est la holding irlandaise de la société. Il investit à partir d'une société qu'il contrôle, dénommée BLT, et apporterait environ 10% de la somme nécessaire pour acquérir la société.

Mais cet argent est-il vraiment le sien? N'est-il pas plutôt celui de son père, c'est-à-dire celui qui a été prélevé sur fonds publics? Si tel est le cas, les contribuables apprécieront sûrement...