A l’est de la Nouvelle-Calédonie, le désespoir des jeunes Kanak

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Exploitation minière à ciel ouvert et à grande échelle, territoire sous-doté en infrastructures de base, exode rural, échec scolaire massif, suicides : la côte Est de la Nouvelle-Calédonie est un concentré des inégalités qui déchirent l’archipel. La région est peuplée presque exclusivement de Kanak.

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Nouvelle-Calédonie, de notre correspondant.-  « C’est le bout du rouleau : le suicide ou la prison, les addictions, trop d’alcool, on se noie dedans. » Le cri du cœur de John Poupoorou, jeune Kanak habitant les environs de Thio, village minier de la côte Est de la Nouvelle-Calédonie, ne correspond pas à un cas isolé ou individuel. D’un ton décidé mais sans colère, le jeune homme continue de témoigner : « La question des repères, du manque de repères, c’est un problème entre deux cultures : on est à cheval sur la culture kanak et la culture occidentale. Le jeune, il grandit en tribu, il vit dans la maison et on lui apprend à parler français, à s’habiller comme un Blanc. Si tu cherches du travail, on te dit que tu es mal formé, que tu ne parles pas assez bien, que tu n’es pas dans le modèle calédonien français comme il faut. Notre génération est au milieu. On te dit : “Tu ne travailles pas bien, tu ne respectes pas le règlement intérieur, tu as du caca dans le nez…” Et tu rentres dans ta tribu et on te dit que tu ne parles pas ta langue, que tu ne sais pas faire la coutume. Tu perds des deux côtés. Même les vieux, ils ne savent pas comment on est. Personne n’en parle, mais il y a beaucoup de suicides. »