Comment Nicolas Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite

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Chronologie des propos à tonalité raciste ou véhiculant des stéréotypes sur les immigrés (pour accéder aux vidéos, aux sources audio ou aux textes, cliquez sur les liens):

- Le chef de file des sénateurs UMP, Gérard Longuet, estime, le 10 mars 2010, qu'il vaut mieux nommer quelqu'un du «corps français traditionnel» plutôt que le socialiste Malek Boutih, dont le nom est évoqué pour remplacer Louis Schweitzer à la présidence de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde). Invité de l'émission Questions d'Info LCP/France Info/AFP, il affirme que Malek Boutih est «un homme de grande qualité mais ce n'est pas le bon personnage» pour cette instance. «La Halde, cela veut dire que c'est la France qui s'ouvre aux populations nouvelles. Schweitzer, c'est parfait! Un vieux protestant, parfait! La vieille bourgeoisie protestante, parfait!», poursuit-il. «Si vous mettez quelqu'un de symbolique, extérieur, vous risquez de rater l'opération», insiste Gérard Longuet. En réponse à la polémique suscitée par ses propos, le sénateur publie un communiqué dans lequel il ne retire rien mais se dit «désolé d'avoir choqué (son) compatriote Harlem Désir, tout comme» il est «désolé d'avoir sans doute choqué Malek Boutih dont (il) a reconnu volontiers les qualités personnelles». Le député PS du Gers Philippe Martin annonce, le 11 mars, avoir saisi la Halde.

- Ancien député et actuel maire (UMP) de Franconville (Val-d'Oise), Francis Delattre, le 28 janvier 2010, déclare à propos d'Ali Soumaré, tête de liste PS aux élections régionales dans ce département: «Au début, j'ai cru que c'était un joueur de l'équipe réserve du PSG. Mais en réalité, il est premier secrétaire de la section de Villiers-le-Bel. Ça change tout!» Ces propos sont tenus lors d'un meeting auquel assistent les ministres Valérie Pécresse, Rama Yade, candidate dans les Hauts-de-Seine, et le numéro un de l'UMP Xavier Bertrand. Le 19 février, Francis Delattre récidive. Il accuse Ali Soumaré d'être un «délinquant multirécidiviste chevronné». Dans un communiqué, l'élu détaille les condamnations dont aurait écopé le candidat socialiste. Il s'avère que l'une de ces accusations était prescrite et qu'une autre visait en réalité un homonyme. Ayant pris connaissance de ces «inexactitudes», Valérie Pécresse, la chef de file UMP pour les régionales en Ile-de-France, condamne les propos de Francis Delattre.

- Jean-Claude Gaudin, maire UMP de Marseille et vice-président de l'UMP, dénonce, le 15 janvier 2010, le «déferlement des musulmans» sur la Canebière, lors d'une rencontre avec les militants UMP au stade Vélodrome à propos de la victoire de l'équipe d'Algérie contre l'Egypte. «Nous nous réjouissons que les musulmans soient heureux du match, déclare-t-il, sauf que, quand après ils déferlent à 15.000 ou à 20.000 sur la Canebière, il n'y a que le drapeau algérien et il n'y a pas le drapeau français, cela ne nous plaît pas.»

- L'ancien garde des Sceaux, Pascal Clément aurait déclaré, selon la secrétaire d'État aux aînés, Nora Berra, lors d'une réunion des députés de la majorité à l'Assemblée, le 22 décembre 2009, que «le jour où il y aura autant de minarets que de cathédrales en France, ce ne sera plus la France».

- Nadine Morano, secrétaire d'État chargée de la Famille et de la solidarité, déclare, le 14 décembre 2009, lors d'un débat sur l'identité nationale dans la ville de Charmes (Vosges): «On ne fait pas le procès d'un jeune musulman. Sa situation, moi je la respecte. Ce que je veux, c'est qu'il se sente français lorsqu'il est français. Ce que je veux, c'est qu'il aime la France quand il vit dans ce pays, c'est qu'il trouve un travail, et qu'il ne parle pas le verlan, dit-elle, selon un enregistrement de France Bleu. C'est qu'il ne mette pas sa casquette à l'envers. C'est qu'il essaie de trouver un boulot, et qu'on l'accompagne dans sa formation. C'est tout ça. Et je crois que si on veut être porteur de paix, on doit accepter l'autre dès lors qu'il respecte les lois.»

- Le maire UMP de Gussainville (Meuse), André Valentin, invité par le préfet au débat local sur l'identité nationale, déclare le 1er décembre 2009 devant les caméras de France 2 qu'il «(était) temps qu'on réagisse, parce qu'on va se faire bouffer. Par qui? Par quoi?... Il y en a déjà dix millions, alors il faut bien réfléchir. Dix millions qu'on paie à rien foutre».

- Le vote suisse, le 29 novembre, donne lieu, dans les rangs de l'UMP, à une série de déclarations en faveur de l'interdiction des minarets en France. «Est-ce qu'on a forcément besoin de minarets pour le faire? Ça, je n'en suis pas persuadé!», explique Xavier Bertrand, le patron de l'UMP, au sujet de la pratique de l'islam, dans le Grand jury RTL, le 29 novembre au soir. Le 30 novembre, Dominique Paillé, le porte-parole adjoint du mouvement, lui emboîte le pas, en disant n'être «pas sûr» de la nécessité de construire des minarets en France. «Les salles de prières sont tout à fait indispensables mais pour autant faut-il des minarets au-dessus de ces salles de prière? Moi je n'en suis pas sûr», explique-t-il au micro de France Info. «Il y a évidemment des clochers sur les églises mais c'est un héritage historique», souligne-t-il, en opérant une distinction entre les «religions qui étaient là avant l'avènement de la République» et «celles qui sont arrivées après». Sur son blog, le député UMP des Alpes-Maritimes, Lionnel Luca, écrit que «jusqu'à preuve du contraire, les Suisses acceptent le principe de lieux de culte - ce qui n'est pas toujours le cas en France - mais ils refusent une ostentation considérée comme une provocation. C'est parfaitement leur droit. Et ce qui est vrai pour la Suisse, l'est aussi pour la France». Sur le blog de la fédération UMP du Finistère, on trouve un billet intitulé «Les minarets en Suisse... c'est non... et chez nous ...à Barbès...?». Son auteur, Jean-René Le Léanec, délégué UMP de la 2e circonscription du Finistère, se plaint des «musulmans qui confisquent les trottoirs (lors de leur prière) chaque vendredi» à Barbès (à Paris), vidéo à l'appui. «Ils forcent les piétons à marcher sur la chaussée et (...) bloquent l'entrée de la rue des Poissonniers avec une barrière, empêchant ainsi tout véhicule de l'emprunter, écrit ce responsable local. Cela dure depuis des mois, sans aucune intervention des forces de l'ordre pour faire cesser cette manifestation religieuse illégale [loi de 1905] et ce trouble à l'ordre public.»

- Le 5 septembre, Brice Hortefeux, ministre de l'intérieur, se trouve à l'université d'été de l'UMP à Seignosse (Landes), en compagnie de Jean-François Copé, le président du groupe UMP de l'Assemblée nationaleet d'un militant de l'UMP, Amine Benalia-Brouch, alors que cedernier se fait prendre en photo avec les deux hommes. Voici la retranscription de leurs propos:

Jean-François Copé: N'oubliez jamais un truc, il est auvergnat.
Brice Hortefeux: Je suis auvergnat.
Jean-François Copé: Il est auvergnat, c'est un drame. C'est un drame.
Brice Hortefeux:... Enfin, bon, je vais faire une exception.
Amine Benalia-Brouch: Mais je me mets entre les deux.
Brice Hortefeux: Voilà, entre les deux.
Jean-François Copé: Oui... parce que moi il n'y a aucun problème. Moi, je suis très facile.
Des participants: Amine, Amine...
Un participant: Ah ça, Amine, c'est l'intégration, ça, c'est l'intégration.
Une participante: Amine, franchement...
Brice Hortefeux: Il est beaucoup plus grand que nous en plus [à propos du jeune homme].
Un autre participant: Lui, il parle arabe, hein.
(Rires de l'assemblée)
Jean-François Copé: Ne vous laissez pas impressionner, ce sont des socialistes infiltrés.
Une participante: Il est catholique, il mange du cochon et il boit de la bière.
Amine Benalia-Brouch: Ben oui.
Brice Hortefeux: Ah mais ça ne va pas du tout, alors, il ne correspond pas du tout au prototype, alors. C'est pas du tout ça.
(Rires de l'assemblée, dont Jean-François Copé)
Une participante: C'est notre... C'est notre petit Arabe.
Brice Hortefeux:... Il en faut toujours un. Quand il y en a un ça va. C'est quand il y en a beaucoup qu'il y a des problèmes. Allez, bon courage, hein.

- À l'aéroport d’Orly, le 31 juillet, Paul Girot de Langlade, préfet hors cadre et coordinateur local pour La Réunion des états généraux de l’outre-mer, aurait lancé à un agent de la société Securitas, une femme d'origine antillaise: «On est où là? On se croirait en Afrique ici!» Devant plusieurs témoins, il aurait ajouté: «De toute façon, il n’y a que des Noirs ici!». La femme dépose plainte, le 4 août, pour injures racistes. Suspendu par le ministre de l'intérieur, Brice Hortefeux, de sa fonction de coordinateur local le temps de l'enquête, il est placé d'office en position de retraite et radié du corps préfectoral le 11 septembre 2009.

 

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