Comment Nicolas Sarkozy a rendu possible la dérive raciste à droite

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Après l'avalanche, ce week-end, de déclarations sur l'insécurité, la nationalité française et l'immigration, nous vous proposons de (re)lire notre enquête, réalisée en mars dernier, montrant comment les propos à tonalité raciste ou stigmatisant les immigrés, mis bout à bout, constituent un ensemble cohérent aux limites de la légalité. Plutôt qu'une suite de dérapages, ces déclarations témoignent d'une véritable rupture à droite.

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En mars dernier, nous avions publié une enquête montrant comment les propos à tonalité raciste ou stigmatisant les immigrés, mis bout à bout, constituent un ensemble cohérent aux limites de la légalité. Plutôt qu'une suite de dérapages, ces déclarations témoignent d'une véritable rupture à droite. Nous la republions aujourd'hui.

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Pas sûr que la nomination, par Nicolas Sarkozy, de la juriste Jeannette Bougrab, fille de harkis, à la tête de la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde), mardi 23 mars, suffise à effacer la succession de propos à tonalité raciste ou xénophobe, ou véhiculant des stéréotypes sur les immigrés, tenus principalement par des responsables de la majorité présidentielle ces derniers mois. Mises bout à bout, ces déclarations, qui avaient globalement disparu de l'espace public, constituent un ensemble cohérent aux limites de la légalité (la chronologie est sous l'onglet Prolonger).

Plutôt qu'une succession de dérapages, elles témoignent d'une rupture à droite, pour reprendre le terme cher à Nicolas Sarkozy, rendue possible par l'affirmation d'une pensée opposant les Français aux étrangers mais aussi les supposés «vrais Français» à ceux qui ne le seraient pas tout à fait, en raison, en priorité, de la couleur de leur peau ou de leur religion.

Le chef de file des sénateurs UMP, Gérard Longuet l'a formulé explicitement en déclarant, le 10 mars 2010, qu'il valait mieux nommer à la tête de la Haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l'égalité (Halde) quelqu'un du «corps français traditionnel» plutôt que Malek Boutih, un temps pressenti pour remplacer Louis Schweitzer, érigé en représentant de la «vieille bourgeoisie protestante». Qualifiant ce propos de «normal», Jean-Marie Le Pen a jugé utile de préciser que «M. Malek Boutih est un homme d'origine immigrée, on le sait».

Lorsque, le 30 novembre 2009, Dominique Paillé, porte-parole adjoint de l'UMP, affirme qu'il n'est «pas sûr» qu'il faille des minarets «au-dessus des salles de prière», même s'«il y a évidemment des clochers sur les églises, mais c'est un héritage historique», il appuie son raisonnement sur la distinction fantaisiste entre les «religions qui étaient là avant l'avènement de la République» et «celles qui sont arrivées après».

Fondé sur la croyance en l'existence de différents groupes humains, appelés «races», ainsi qu'en la supériorité de certains d'entre eux par rapport à d'autres, le racisme, qui repose, aujourd'hui, sur la définition imaginaire d'une supériorité sociale sur une base physique, se nourrit de ce type de clivages arbitraires. «L'opposition entre le “eux” et le “nous” constitue la matrice de ces déclarations. On commence par distinguer les Français des immigrés, on finit par tracer des frontières entre les Français», note le sociologue Éric Fassin, dont les recherches portent sur l'actualité des questions sexuelles et raciales.

«Il y aurait d'un côté les Français français, autrement dit les Français blancs, et de l'autre les Français “dubitables”, ceux qui n'ont pas l'air de l'être, qui ne sont pas comme il faut et auxquels il faudrait demander des comptes», renchérit l'historien Pap Ndiaye, auteur de La Condition noire, essai sur une minorité française (Calmann-Lévy, 2008).

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