Millon et Bannon, les deux fées de la «Marion Maréchal Académie»

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L’ancienne députée FN du Vaucluse a dévoilé l’organigramme de sa future école des droites, qui ouvrira ses portes à la rentrée 2018 à Lyon. Les réseaux lyonnais de l’ancien président de région Charles Millon, grand avocat de l’union des droites, ont été mis à contribution.

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Avec un sens aigu de la communication, la jeune retraitée de la vie politique Marion Maréchal-Le Pen, qui a annoncé ce week-end ne plus vouloir se faire appeler par le patronyme de son grand-père, a dévoilé mardi le nom et l’organigramme de l’« école des droites » qu’elle s’apprête à lancer à Lyon.

L'Institut des sciences sociales économiques et politiques (Issep), qui ouvrira ses portes en septembre, accueillera pour la première année une trentaine d’étudiants de niveau master en formation initiale mais dispensera également des cours en formation continue, a indiqué dans un communiqué son équipe dirigeante. 

L’ancienne députée FN du Vaucluse avait annoncé il y a quelques mois, dans Valeurs actuelles, qu’elle souhaitait créer une école capable de cultiver « le terreau dans lequel tous les courants de la droite pourront se retrouver et s’épanouir », le sens de cette « académie » étant d’être capable de « détecter et former les dirigeants de demain ».

Depuis octobre, sa garde rapprochée, à l’image du rédacteur en chef de L’Incorrect, Jacques de Guillebon, nommé codirecteur du comité scientifique, a été chargée de recruter les enseignants. L’ancien député européen du MPF Patrick Louis, professeur d’économie à Lyon III et qui va codiriger le comité scientifique, a apporté ses réseaux bien fournis à la droite de la droite. L’ancien conseiller régional, élu sur la liste de Charles Millon en 1998, est aussi le père d’Anne Lorne, figure de la Manif pour tous à Lyon, élue LR sur la liste de Laurent Wauquiez en 2015 et membre d’un think tank aux côtés de Charles Millon. 

L’ombre de l’ancien président de région, qui milite de longue date pour l’union des droites, plane manifestement sur l’école puisque le chef d’entreprise Gérault Verny, nommé « ambassadeur des entreprises auprès de l’Issep », est lui aussi un proche de Millon qui figure au « board » de son entreprise, Mont Blanc Composite. 

« Lyon a cette particularité qu’il y a des passerelles souterraines ou amicales entre ces droites », se réjouit Jacques de Guillebon, qui souhaite rappeler que l’école n’est « pas au service d’un parti », en l’occurrence du FN, « puisque les partis sont selon nous à bout de souffle. Il s’agit plutôt de former une certaine élite alors que la plupart des formations politiques manquent de profondeur », affirme-t-il. 

Le comité scientifique, qui compte neuf hommes – la parité n’a jamais été une valeur défendue par l’extrême droite –, a été composé pour laisser une place aux différentes sensibilités de l’extrême droite. On y trouve ainsi pour représenter la frange identitaire un ancien d’Ordre nouveau, Pascal Gauchon. Aujourd’hui prof en prépa privée, il a été le rédacteur en chef de Défense de l’Occident et a notamment écrit avec Patrick Buisson OAS : histoire de la Résistance française en Algérie. Le courant « royaliste » est représenté par Yves-Marie Adeline. Ancien directeur de cabinet de Jean Arthuis au conseil général de la Mayenne, il fait partie de la rédaction du Légitimiste et, auteur prolifique de théâtre, a notamment écrit Marie-Antoinette, un drame en cinq actes (Éditions de Paris, 2005). Le philosophe Thibaud Collin, qui enseigne en classe préparatoire au lycée privé parisien Stanislas, représente lui la branche « catho tradi ». Ce pourfendeur du droit à l’avortement a récemment publié sur son blog une intéressante « Philosophie de la colonisation », invitant à réévaluer le processus colonial sous son angle missionnaire. Guillaume Drago, prof de droit à Assas, vent debout contre le mariage pour tous, occupe sensiblement le même créneau.

Marion Maréchal devant la Conservative Political Action Conference (CPAC), dans le Maryland (États-Unis), en février 2018. © REUTERS/Kevin Lamarque Marion Maréchal devant la Conservative Political Action Conference (CPAC), dans le Maryland (États-Unis), en février 2018. © REUTERS/Kevin Lamarque

Comble du chic, l’école aligne même quelques personnalités étrangères comme la figure de l’alt-right américaine Paul Gottfried, qui se définit comme « paléoconservateur », ou Raheem Kassam, éditeur du Breitbart News London et proche de Nigel Farage, le héros britannique du Brexit. Un choix qui rappelle la proximité de la nièce du fondateur du FN avec le sulfureux conseiller déchu de Trump, Steve Bannon, qui a longtemps dirigé Breitbart News et qualifiait son média de « pro-Amérique blanche, anti-homosexuels, anti-féminisme, anti-réfugiés et pro-armes ».

Le financement de l’école, assure Jacques de Guillebon, est en revanche composé de « dons privés intégralement français ». 

Le statut de « l’académie » de Marion Maréchal ne lui permet pas de délivrer des diplômes d’enseignement supérieur, mais l’équipe dirigeante laisse entendre que des accords sont en train d’être passés avec des universités européennes pour obtenir des équivalences. 

Pour le cadre du FN Bruno Gollnisch, également prof de droit à Lyon, ce lancement est une très bonne nouvelle. « Former des cadres est effectivement une priorité pour notre famille politique, qui a besoin de personnes bien formées avec une colonne vertébrale doctrinale et morale. » Et cela d’autant plus, ajoute-t-il, que « la rue Saint-Guillaume [Sciences-Po – ndlr] a évolué d’une façon détestable ».

L’inauguration de l’école aura lieu le 22 juin. 

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