Face à Bertrand, Pécresse se lance et joue (très) à droite

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La présidente de la région Île-de-France a annoncé jeudi sa candidature à l’élection présidentielle de 2022. En attendant de savoir comment la droite d’opposition désignera son candidat, Valérie Pécresse a choisi de défier Xavier Bertrand sur les thématiques identitaires et sécuritaires du moment.

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Valérie Pécresse avait promis de « passer l’été » à « consulter » et à « réfléchir ». La réflexion a visiblement été plus courte que prévu. Après avoir envisagé de déclarer fin août une candidature dont personne ne doutait, la présidente de la région Île-de-France a annoncé jeudi, sur le site internet du Figaro, sa volonté de participer à l’élection présidentielle de 2022.

Une accélération du calendrier qui n’a rien d’un mouvement de panique, jure-t-on dans l’entourage de la présidente du parti Libres!, qu’elle a fondé en quittant Les Républicains. « Elle a fait les choses par étapes, explique un de ses proches. D’abord, la réélection à la région. Ensuite, le lancement de son second mandat. Et enfin, la candidature à la présidentielle. » Mercredi, Valérie Pécresse a dirigé une séance de près de 12 heures au conseil régional, au cours de laquelle elle a assuré faire voter « 80 % de son programme », moins d’un mois après sa réélection.

Valérie Pécresse lors d’un meeting au Cirque d’hiver à Paris lors de la campagne pour les élections régionales, le 24 juin 2021. © Serge Tenani / Hans Lucas via AFP Valérie Pécresse lors d’un meeting au Cirque d’hiver à Paris lors de la campagne pour les élections régionales, le 24 juin 2021. © Serge Tenani / Hans Lucas via AFP

Le storytelling a du sens mais il cache une réalité sensiblement différente. Autour de Valérie Pécresse, beaucoup plaidaient pour une candidature fin août, lors de sa traditionnelle rentrée politique à Brive-la-Gaillarde (Corrèze). La conclusion d’un été passé à arpenter la France, à envoyer quelques cartes postales tout en assurant que « le temps de la campagne » n’était « pas venu ».

Le plan n’a pas survécu à la conjoncture politique du moment. Comment rester à quai pendant que son concurrent principal, Xavier Bertrand, poursuit tambour battant une campagne qui a commencé au printemps ? « [Xavier] Bertrand allait passer tout l’été à formuler des propositions, à faire le tour des plateaux de télévision et à se poser en candidat de l’alternance. Valérie ne pouvait pas passer un ou deux mois de plus à le regarder sans rien faire », souffle un élu LR qui voit sa candidature d’un bon œil.

Ces derniers jours, les bruits de couloir à droite avaient tout des discussions de bistrot à l’heure des courses hippiques. « Un sondage fracassant va sortir », murmuraient certains soutiens de Xavier Bertrand, jurant que leur champion y talonnait de près Emmanuel Macron. Mardi, les (probables) candidats de droite se sont réunis autour de la direction de LR – y étaient Valérie Pécresse, Laurent Wauquiez, Bruno Retailleau, Philippe Juvin et Michel Barnier. Mais pas Xavier Bertrand, qui a eu le droit à une rencontre dédiée le lendemain.

C’est dans ce contexte que Valérie Pécresse a choisi de rendre publique sa candidature ; une manière d’« installer le match », dit un de ses proches, face à un Xavier Bertrand actuellement seul sur la piste. Et l’occasion, déjà, d’exprimer sa différence. Contrairement à son homologue des Hauts-de-France, la présidente de la région Île-de-France a annoncé sa volonté de passer par une primaire ouverte aux sympathisants de la droite et du centre. « Je n’ai pas peur de la primaire, a-t-elle assuré. Je ferai tout pour gagner et rassembler. »

Sur le fond, en revanche, Valérie Pécresse a choisi d’adopter la même stratégie que son concurrent. Une entrée en campagne – très – à droite, axée sur la sécurité, l’autorité et la lutte contre l’immigration. Une façon de donner des gages à un électorat LR, qui n’a pas oublié son départ en juin 2019 et ses propos très durs à l’égard d’un parti « cadenassé […] dans ses idées », auquel elle reprochait de « ne pas souhaiter ouvrir une réflexion sur la France d’aujourd’hui ».

À l’époque, Valérie Pécresse incarnait l’aile « modérée » d’un parti qu’elle jugeait phagocyté par la frange identitaire incarnée par Laurent Wauquiez. Mais cette époque est révolue. Épousant l’air du temps, l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy a opéré sa propre mue. « Je suis candidate à la présidence de la République pour restaurer la fierté française, a-t-elle clamé dans Le Figaro. Je veux remettre le pays en ordre. » 

Longtemps citée comme première ministre potentielle d’Emmanuel Macron, Valérie Pécresse s’évertue à droitiser son image. Elle connaît trop bien une famille politique dont elle a été la porte-parole et une des dirigeantes pour ne pas le savoir : auprès des militants, il n’est plus très vendeur de se revendiquer d’une droite « modérée » devenue synonyme de droite « molle », sinon de droite « macroniste ». « J’ai plus d’autorité que Marine Le Pen », s’est-elle enorgueillie jeudi soir sur TF1.

En 2016, elle avait assisté de l’intérieur à la défaite de son champion, Alain Juppé. Après avoir longuement hésité, Valérie Pécresse avait décidé de soutenir le maire de Bordeaux contre François Fillon, dont elle disait pourtant dès 2012 qu’il était « le meilleur pour faire gagner » la droite. À l’époque, c’est la ligne radicale qui l’a emporté, face à celle plus modérée qu’incarnait Alain Juppé, pourtant favori des sondages. Cinq ans plus tard, l’ancienne ministre a retenu le message.

Sécurité, immigration et autorité au programme

Sur le fond, ses propositions ressemblent à celles que l’aile droite du parti était longtemps seule à porter. Elles rejoignent aussi, à bien des égards, celles formulées par Xavier Bertrand fin mars dans Le Point.

Elle veut « restaurer la fierté française » ; il dessinait « [sa] » France « fière et redressée ». Elle dénonce une « immigration incontrôlée » qu’il faut « stopper » ; il appelait à « reprendre le contrôle » sur l’immigration et à cesser les régularisations. Elle déplore qu’il n’y ait « plus de respect du maître » et, soutenant que « tout commence par la discipline » ; il dénonçait « l’effondrement de l’autorité » et rappelait le « préalable à tout », « la restauration de l’autorité de l’État ».

Les mots et les thématiques se confondent. Et l’énumération pourrait se poursuivre. Sur la sécurité, Valérie Pécresse veut fixer comme « priorité » l’augmentation des moyens de la justice et la « culture du résultat » pour appliquer les peines en trois mois. Xavier Bertrand, lui, promettait une sécurité « quoi qu’il en coûte » et l’exécution de toutes les peines. Sur les finances publiques, autre antienne de droite, elle veut « faire la chasse à tous les gaspillages » et « remettre de l’ordre dans les dépenses ». 

Entre les deux présidents de région, la comparaison est évidente mais elle n’est pas de nature à rassurer les soutiens de Valérie Pécresse. Autour d’elle, on sait que Xavier Bertrand a pris de l’avance. Il a déclaré sa candidature il y a plusieurs mois, il occupe le terrain médiatique, il a largement mis en scène son opposition avec le chef de l’État.

Alors, Valérie Pécresse tente de cultiver sa singularité. En taclant, d’abord, son camarade sur son refus de participer à une primaire. « C’est aux Français de la droite et du centre de décider, a-t-elle lancé. Personne n’a la légitimité de les priver de ce choix. » En mettant en avant son bilan, aussi. « Je veux faire plutôt que chercher à plaire », « je fais de la politique par la preuve », « je ne supporte plus qu’on parle au lieu d’agir » : la candidate a multiplié les formules pour construire son image de « dame de faire », un surnom qu’elle a aimé répéter pendant la campagne des régionales.

Enfin, Valérie Pécresse tente de cultiver sa fibre sociale. Dans Le Figaro, elle a formulé quelques propositions en ce sens : création d’une réserve d’enseignants retraités pour l’aide aux devoirs, de classes de rattrapage contre l’échec scolaire, d’établissements d’excellence dans les territoires défavorisés, d’un statut pour les aidants familiaux… Une manière d’investir des thématiques moins marquées à droite, du social à une écologie « qui ne laisse personne sur le bord du chemin ».

C’est là un autre pan de sa stratégie de campagne. D’une part, aller conquérir les voix d’un électorat centriste déçu par la politique d’Emmanuel Macron ou du million et demi de Français qui avaient voté pour Alain Juppé en 2016. D’autre part, parler à la France des quartiers populaires, en mettant en avant « l’ascenseur social » et la « mixité » face aux « ghettos ». Le socle est mince mais c’est bien celui sur lequel va s’appuyer la course contre la montre qu’a entamée Valérie Pécresse.

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